SYMPTOMES
La symptomatologie de l’épanchement pleural hémorrh agique d’origine cancéreuse est assez complexe : il nous faut distinguer les symptômes qui sont en rapport avec l’épanchement, ceux qui sont dus au cancer pleuropulmonaire, et ceux qui sont communs aux deux.
A. — Symptômes dus a l’épanchement.
Ce sont les signes des épanchements pleuraux, quelle qu’en soit la nature : ce sont presque tous des signes d’exploration physique.
a). — On constate la matité hydrique à la partie inférieure et postérieure du thorax : sur les limites de cette matité, une zone de submatité due aux fausses
membranes pleurales. Quand l’épanchement est considérable et qu’il siège à gauche, la sonorité normale de l’espace de Traube, fait place à la matité.
La percussion dans la région claviculaire du côté malade, donne moins souvent que dans la pleurésie séro-fibrineuse, cette résonance exagérée, nommée « son skodiqae » : cela tient aux adhérences et aux fausses membranes qui se sont également développées au sommet du poumon.
b) . — Dans toute cette zone de matité, les vibrations thoraciques sont diminuées ou abolies.
11 y a une immobilité plus ou moins complète de toute la moitié du thorax correspondant à la pleurésieet souvent même l’immobilité est absolue, ce qui n’a jamais lieu dans les pleurésies séro-fibrineuses quelle que soit l’abondance de l’épanchement (1).
c) . — 11 y a une déviation considérable et permanente du cœur dans les cas de pleurésie gauche. De plus, les
battements cardiaques s’entendent dans toutes les régions de la poitrine, en avant et en arrière, du côté droit et du côté gauche, comme si ces battements étaient transmis à l’oreille par un poumon densifié, bon conducteur de son (Dieulafoy).
cl). — L’auscultation pratiquée.
1° A u-dessiis de V épanchement , et à ses limites, fait parfois percevoir des frottements.
2° Dans la région de U épanchement, fait constater :
a) . — L’absence de murmure vésiculaire.
b) . — La présence du souffle pleurétique, plus ou moins modifié.
Mais le plus souvent l’égophonie et la pectoriloquie aphone, symptômes si précieux dans le diagnostic des épanchements séro-fibrineux, font défaut ici ou manquent de netteté.
e). — Dans un quart des cas environ, il y a dilatation
1. Ce fait est noté dans notre observation I, sans que nous y attachions une grand importance : notre malade avait en effet un cancer en cuirasse, surtout développé à gauche et pouvant à lui seul expliquer ce phénomène.
— aides veines sous-cutanées avec œdème de la paroi thoracique.
f). — La ponction fait tout d’abord constater que l’aiguille traverse un tissu d’une épaisseur et d’une dureté inaccoutumées ; on est souvent obligé de se servir de trocarts assez volumineux : on ramène alors par aspiration un liquide dont nous avons indiqué les caractères, au chapitre de l'anatomie pathologique. Chose assez particulière ici, la ponction n’amène souvent aucun soulagement : la dyspnée persiste ou augmente, la matité ne diminue pas, les vibrations thoraciques restent abolies, le cœur ne reprend pas sa position normale, preuves que ces symptômes relèvent plutôt des adhérences que de l’épanchement.
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B. — Symptômes dus a la fois a l’épanchement et au
CANCER PLEUROPULMONAIRE.
a). — Les douleurs sont fréquentes, tantôt sourdes et profondes, tantôt superficielles et diffuses, tantôt vives, persistantes, tantôt d’allure névralgique, paroxystiques, et ne ressemblant pas au simple « point de côté » de la pleurésie vulgaire. Souvent elles sont étalées à la base du thorax, ou bien elles irradient aux épaules, aux bras, aux poignets, si bien que quelques malades se croient atteints de rhumatisme (Dieulafoy). Ces douleurs même s’étendentparfois jusque dans lés jointures (i). On a vu
1 « Dans plusieurs de mes observations j’ai noté des douleurs dans les jointures, de sorte que je me demande s'il n’existe pas un pseudo-rhumatisme associé aux manifestations du can-
le zona accompagner la douleur intercostale (Ollivier).
Ces douleurs ne se retrouvent pas au même titre dans la pleurésie hémorragique tuberculeuse, et dans l’hématome simple (2).
2° La dyspnée , est un symptôme habituel de la pleurésie associée au cancer pleuro-pulmonaire. Cette dyspnée continue ou avec paroxysmes ressemble parfois à une véritable anhélation, et elle n’est que peu ou pas soulagée par la thoracenthèse, ce qui tient à ce qu’elle est due plus au cancer du médiastin et du poumon, qu’à l’épanchement. En quelques cas cependant elle relève d’autres causes : compressions bronchiques ou trachéales, et dans ce cas elle peut s’accompagner d’un bruit de cornage : compression vasculaire ou cardiaque et le malade présente un aspect cyanotique, l’habitus général d’un asystolique.
Une dyspnée aussi vive ne se rencontre pas dans la pleurésie tuberculeuse hémorragique à forme chronique : elle peut se voir aussi violente cependant dans certaines pleurésies hémorragiques associées à la tuberculose aiguë du poumon et de la plèvre ; mais dans ce cas la fièvre est élevée, ce qui n’a pas lieu pour la pleurésie cancéreuse.
cer ». (Dieulafoy). Un malade de M. Lancereaux accusait une vive douleur dans le côté gauche du cou et dans l’épaule du même côté, et plus tard survint un gonflement des articulations du bras et du poignet gauche. \
2. D’après Walshe, la douleur serait propre au cancer primitif, et manquerait dans le cancer secondaire, ce qui n’est pas constant : elle est toutefois moins prononcée dans ce dernier, les noyaux cancéreux étant habituellement moins volumineux.