‹ La pleurésie hémorragique cancéreuseChapitre 16 sur 24 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

M... Octave, 48 ans, salle Boulay, lit 24, hôpital Lariboisière.

Ne présente rien de particulier dans ses antécédents héréditaires.

Antécédents personnels. — N’a pas eu la syphilis, mais seulement trois blennorrhagies au régiment. La dernière n’a été guérie que vers l’âge de 26 ans. Aucune manifestation articulaire.

Pas de fièvre typhoïde.

Pas de fièvres éruptives : le malade dit d’ailleurs qu’il a toujours été un homme solide.

Au début de septembre 1900, il a ressenti dans le genou gauche de violentes douleurs, survenant par accès, ressemblant à des éclairs dit-il. Elles survenaient de préférence la nuit, mais se produisaient néanmoins quelquefois le jour. Il a consulté plusieurs médecins dont les médications sont restées sans effet.

En mars 1901, il lui parut que la cuisse gauche, à sa partie supérieure était plus volumineuse que la droite. Il fît part de sa

découverte à son médecin qui rengagea à consulter à Lariboisière.

En novembre 1901, il entre à cet hôpital. La cuisse, devenue volumineuse mais jamais ulcérée, fut désarticulée. Le malade guéri, quitta l’hôpital.

Tout alla bien jusqu’en mars 1902. Ace moment le malade se mit à maigrir, à pâlir et commença à tousser. Ces trois phénomènes empirèrent rapidement.

Le 9 juillet 1902. — Le malade entre de nouveau à l’hôpital Lariboisière, et est admis salle Boulay, n° 29

Il est en proie à une dyspnée formidable. L’airentre à peine dans ses poumons.

Les yeux sont grands ouverts, fixes, hagards. La bouche est largement ouverte, les ailes du nez battent à chaque mouvement respiratoire.

La langue est sèche et saburrale.

Le thorax est dilaté : il paraît plus voussuré à droite qu’à gauche ; l’ampliation thoracique donne le même renseignement, d’ailleurs la mensuration accuse 1 centimètre 1/2 en plus de ce côté.

Les mouvements d’ampliation thoracique ne sont pas nettement perceptibles.

L’amaigrissement est assez considérable.

11 n’y a pas d’œdème du membre inférieur droit, ni du scrotum.

Le malade qui n’accuse aucune douleur ne se plaint que de son étouffement considérable.

L’examen des poumons montre des deux cotés, en avant, de nombreux râles sibilants et ronflants entremêlés de sous-crépitants fins.

En arrière, matité absolue, remontant à droite à l’épine de

l'omoplate, à gauche, à l’angle de cet os.

Des deux côtés, absence complète du murmure vésiculaire. Pas de souffle.

11 existe donc une pleurésie bilatérale.

Le cœur est déplacé vers la droite ; la pointe bat à deux centimètres du bord gauche du sternum.

L’espace de Traube est mat.

Il y a de la tachycardie, et pas d'arytmie.

Le pouls est bon.

Température : 38.

Les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine, mais une quantité notable de phosphates. »

Le diagnostic d’épanchement pleural bilatéral s’impose.

Le soir même de son entrée on fait au malade une thoracentèse à droite. La ponction ramène du sang presque pur ; on enlève seulement 500 grammes.

- Le 6 juillet ponction à gauche, de 500 grammes Le liquide, de ce côté aussi, est du sang presque pur. Les jours suivants, le malade bien que toujours très dyspnéique, est soulagé ; l’état général est bien meilleur.

Toutefois la matité persiste des deux côtés en arrière, même après la ponction. L’obscurité respiratoire est toujours complète des deux côtés dans les 2/3 inférieurs du poumon.

Du côté gauche est apparu un léger souffle doux au niveau de l’angle de l’omoplate. On observe une transmission très nette des battements cardiaques de ce côté.

Pas de toux.

Expectoration de bronchite ne présentant rien de caractéris-

Il n’existe aucun signe de compression des organes du médiastin.

La température oscille entre 37°5 et 38°5. Le 13 juillet nouvelle crise de dyspnée. On pratique une thoracentèse bilatérale. Le liquide est toujours aussi fortement hémorragique.

On enlève des deux côtés 500 grammes qu’on recueille aseptiquement pour l’examen.

Le 16 juillet, ce liquide est examiné au point de vue histologique ; nous avons exposé précédemment la technique que nous avons suivie pour cet examen, qui nous a montré la présence à droite et à gauche des mêmes éléments, avec un nombre beaucoup plus considérable à droite de cellules cancéreuses.

Examiné entre lame et lamelle, sans coloration, à l’état humide, le liquide présente, entre les placards endothéliaux, un grand nombre de cellules parsemées de granulations, et présentant pour chaque cellule une ou plusieurs vacuoles qui envahissent même le noyau.

Nous n’avons pas observé toutefois, comme Ravaut, de vacuoles assez nombreuses pour transformer le protoplasma de ces cellules en une sorte d’écumoire ; mais dans plusieurs cellules il suffisait de peu pour qu’il en soit de même.

La forme des cellules est variable. Elles sont parfois accolées par groupes de deux ou trois et semblent déformées par pression réciproque. 1 >

Il y a une majorité de cellules polyédriques à gros noyaux, possédant le plus souvent deux noyaux.

Leur dimension est variable, et il est à remarquer dans nos préparations que le nombre des noyaux n’est en général pas en rapport avec les dimensions de la cellule. Ce qui frappe avant tout, c’est la largeur considérable de ces cellules.

Après coloration, tout cela apparaît plus nettement.

Le nombre des cellules dans le champ du microscope est variable ; on en compte au moins 6 et au plus 19. La moyenne est de 10 à 14.

Les vacuoles cellulaires et celles du noyau sont devenues beaucoup plus visibles.

Les noyaux sont très gros.

Les globules rouges sont abondants.

Les lymphocytes peu abondants.

Le 26 juillet. — Nouvelle ponction à droite suivie le 28 juillet d’une ponction à gauche. Le liquide n’a pas changé d’aspect.

Le malade se cachectise et la mort se fait par consomption et asphyxie le 6 août 1902.

L* autopsie ne montre rien d’intéressant dans la cavité abdominale ni crânienne.

Dans laçage thoracique au contraire, les deux poumons sont le siège d’une dégénérescence sarcomateuse secondaire.

La plèvre est envahie des deux côtés.

Les lymphatiques sont le siège d’une lymphangite cancéreuse généralisée ; ils forment des cordons dilatés, noueux et moniliformes, remplis de suc blanchâtre, formant un réseau surtout visible des deux côtés dans le tiers inférieur de la face postérieure des deux poumons.

Les ganglions du médiastin ont subi la dégénérescence sarcomateuse, mais pas assez pour comprimer les orgahes qu’ils entourent.

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