‹ La pleurésie hémorragique cancéreuseChapitre 19 sur 24 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Communiqué à la Société anatomique par MM. Labbé, Armand Dellile et Aguinet (Bulletin Société anatomique, mai 1902).

Une femme de 67 ans, entre le 10 avril dans le service de M. Barié pour une pleurésie hémorragique. Le début de l’affection était difficile à préciser. Au commencement du mois, la malade avait été prise d'étouffements et avait éprouvé une douleur sourde dans le côté droit du thorax. Les accidents avaient subi une aggravation progressive ; la malade avait dû s’aliter et entrer à l’hôpital. M. Barié constata l’existence d’une pleurésie droite très abondante En avant, la matité remontait jusque sous la clavicule droite; en arrière, elle s’étendait jusqu'à la fosse sus-épineuse ; les vibrations thoraciques étaient à peu près nulles ; le murmure respiratoire très affaibli ; on entendait un souffle tubaire à tonalité basse et une légère bronchophonie. Le poumon gauche ne présentait que les signes d’emphysème.

Le cœur était normal, le foie ne paraissait pas abaissé.

Le 22 avril. — La thoracentèse extrait 1.300 grammes d’un liquide très hémorragique qui, examiné cytologiquement, se montre riche en cellules volumineuses, d’apparence néoplasique que nous décrirons plus loin.

Les jours suivants on explore avec soin l’abdomem, et la palpation combinée au toucher vaginal y montre la présence

d’une tumeur faisant corps avec l’utérus et remontant jusqu’à 1 ombilic.

La dyspnée persiste.

La malade meurt subitement le 28 avril.

A l’autopsie on trouve une abondante quantité de sang dans la plèvre droite ; il n’y a que quelques adhérences des feuillets pleuraux, et le poumon est atélectasié. Le feuillet viscéral aussi bien que le feuillet pariétal de la plèvre ne présente pas de tumeur. Il existe seulement au niveau des derniers intercostaux quelques tractus de lymphangite sous la plèvre pariétale, avec un aspect dépoli de la séreuse.

Le foie est gros et pèse 2 kilogrammes.

Le cœur est gros ; l’aorte athéromateuse.

A la partie inférieure du mésentère existe une tumeur de la grosseur du poing, remplie d’une substance gélatineuse jaune clair, la paroi est végétante avec des points ecchymotiques.

L’ovaire gauche est transformé en une tumeur de la grosseur d’une tête de fœtus ; il pèse 1250 grammes ; la tumeur a l’aspect d’un sarcome ramolli .

Examen histologique. — Les parties de la plèvre qui nous avaient paru dépolies ont subi la transformation néoplasique. Les cellules endothéliales de la couche superficielle sont remplacées par plusieurs couches de cellules irrégulières, ovalaires et arrondies, à gros noyaux, ayant l’aspect de cellules sarcomateuses.

Examen cytoscopique. — L’exsudât pleural a été examiné après centrifugation sur des préparations sèches colorées à l’hé— matine-éosine, au triacide, au bleu d’Unna. Les cellules de l’exsudât sont représentées par des globules rouges en très grande quantité, par une petite portion de lymphocytes polynu-

oléaires, enfin par un hombre considérable de grandes cellules sarcomateuses.

Examinées sans coloration, à l’état humide, entre lame et lamelle, ces cellules apparaissent comme de grandes plaques

arrondies ou ovales, très granuleuses, au milieu desquelles on

distingue un ou deux noyaux plus clairs et non granuleux, pourvus d’un ou deux gros nucléoles ; dans quelques-uns on aperçoit des corps en virgule ou en faucille, moins gros que le noyau, au nombre de un ou deux, inclus dans le protoplasma.

Ces cellules sont immobiles.

Colorées à V hématine-éosine, les grandes cellules se présentent sous des formes et des dimensions très variables : les unes sont rondes en ovales, les autres sont irrégulières, munies de prolongements.

Leurs dimensions varient ; les unes sont à peu près de la grosseur d’un gros leucocyte mononucléaire et par suite assez difficiles à distinguer. Les autres sont beaucoup plus grosses, atteignant trois ou quatre fois le diamètre d’un gros mononucléaire.

Les unes sont isolées dans le liquide ; beaucoup sont réunies formant des plaques plus ou moins larges, de trois ou quatre cellules ou même d’une vingtaine, occupant tout le champ du microscope.

Le protoplasma se teinte par les mélanges colorants neutres ; il ne contient pas de granulations au triacide.

Il présente des inclusions irrégulières contenant soit des globules rouges, soit des globules blancs, ou des débris cellulaires dont quelques-uns, par leur aspect étrange, rappellent les parasites qu’on a décrits dans les cancers. En outre il y a de nombreuses vacuoles petites et multiples ou volumineuses et uniques.

Les noyaux même présentent parfois des vacuoles. Ils sont en général très gros et très apparents, uniques dans les petites cellules, généralement multiples (2, 4 et plus) dans les grandes cellules.

Quelques-uns de ces éléments, parmi les plus gros sont en voie de dégénérescence.

Examinées après l’action des vapeurs d'iode, dans le lévulose, quelques-unes des grosses cellules se montrent infiltrées d’une façon diffuse, ou sous forme de granulations par du glycogène.

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