‹ La pluie et le beau tempsChapitre 12 sur 33 · LA PLUIE S · texte numérisé non relu

LA PLUIE S

Brillant des grands brocs d'étain;

Luid les coqs dorés, les poules noires

Sur faïence au ton de vieil ivoire Et les douces fleurettes que la serpe Colligoa lors des proniosscs du matin.

Eufln ! un vol large de mouettes Et leurs cris d'appels sur la plaine muette De cette terre et cette mer confondues, Par les réseaux d'onde céleste toute vêtue

Du morne voile grisâtre.

Les coureurs des côtes volèlenl incertains

Entre l'herbe perlée et l'algue.

Entre les rivages et les sentiers en flaques, Dans l'infini vague de la lande et du lac.

La pluie sourd comme tristesse de mendiante, La pluie geint comme un enfant maussade. La terre dort sous sa large rasade, Les gouttelettes floches s'écrasent.

Le vent geint dans les bouleaux pliants, La pluie pleure un conte d'enfant, Les mouettes le redisent au vent Et tout se courbe sur la plaine rase.

LIED

A Madame E, K.

■Ame, belle âme, d'où viens-tu, ce soir l* -^Dù plus loin qu'il me souvienne, Oh le pays aimé, qu'il revienne.

Le d.oux pays de rêve, en coteaux près de la mer !

Ame, belle âme, où vas-tu ce soir "?

Dans une ville lointaine et d'aurore (Des fruits de terre chaude éclatent en parfums)

Et près, des fleurs que j'ignore,

Ah ! pauvre âme, âme froide du nord.

Je vais dans une ville, aux fêtes de parfums.

LIEi) 39

Aine, belle âme, où iras-tu demain?

Ici près, par un chemin parc d'cglanlines,

Hrusijue se dcvuilc la mer azurinc ; Des briganlines prêtes vous mènent dans la mer

Et des diamants illusoires Naissent, se jouent, et chantent pour un moment ; Pour les voir s'arrêtent les barques des corsaires ;

Brusque se dévoile la mer azurine.

Ame, pauvre &me, nous irons demain.

LIED

C'est d'une incertaine tristesse Le long de soirs mal flambants De dentelles et de tresses Et de pèlerins au mal lent Sous la lueur qui ne sait vivre Plus monotone que du givre Et plus grêle qu'un soleil levant.

On ne vend que roses coupées.

Roses meurtries d'un sol sanglant Et dois et viols s'en vont traînant Un pas maussade d'à quoi bon Aux boulevards mal sinistrés ; Les reines sont aux rois, aux escrocs le pavé.

LIED 01

C'est d'une fièvre h l'agonie,

Les gens câquisscnl dcâ chansons

Avec des gestes d'échanson

C'est triste à mourir et pourquoi?

Puisque l'essai loyal du moi

Dure depuis des temps, sans choix.

PAYSAGE

A Madame llcnriellc Fretin.

Près de l'église abandonnée L'ombre vaste murmure un chant Un chant lourd de gammes mineures, Une écharpe de brumes enlace le silence, Et la lente randonnée Des passants las s'affaisse aux bornes du chemin —

Des naïves joignent les mains Vers les balcons aux balustres d'ombre de la nuit Vêtue de gel triste et d'étoiles qui meurent.

Près de l'église abandonnée Les sables de la mer se sont mamelonnés —

De frêles arbrisseaux sont nés Qui se penchent sous l'allure lente des nuées —

PAYSAGE 03

L'herbe rare ôloilc la livide tlunc D'un mai^M'C florage lirodu sur un linceul, Et les doiglâ d'enfants des simplettes naïves Tordent amusés en bouquets d'inrorlune Les pauvres folioles des terres de dérive Où le chagrin pesant des choses gravite seul Parmi l'écho frivole des autans sous la lune.

L'orbe d'or éclatant du phare Vit par delà les mers, les mers désertées

Car les barques sont frôles m seules les mouettes aux blanches ailes Savent les nouvelles de la flamme au doux regard Du mirage, miroir d'anciennes roules par les sal»les. Les passants trop las ne le regardent plus C'est un astre chnnère du pays des hasards. La fatigue implacable A raidi leurs membres sur le sable.

La pâle église abandonnée

Se décharné en sa vétusté.

Les maigres fantômes erratiques des plaines Frappées dans leurs entrailles nourricières,

Les phalènes de cimetière

N'en poussent plus les verrières vaines.

&'i LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS

La chanson d'accueil des vieilles pierres Est si basse que nul ne l'entend Parmi les arpèges inconsolés du vent.

Et c'est la mort par les sables

Toujours plus livide et plus inéluctable

Parmi le va-et-vient des simples et des partants

A toute aube vers le même crépuscule fatigant.

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