LES CORBEAUX, — LES PIES. — LES GEAIS
Les Corbeaux. — Distribution géographique. — La famille des corvidés, qui renfermeles plus grands de tous les coracirostres, s'étend sur toutes les parties de la terre. On la trouve sous toutes les latitudes, et, l’on peut dire, à toutes les altitudes. Elle est surtout nombreuse dans les régions glaciales.
Mœuwrs. — La plupart des corvidés sont sédentaires. Ils marchent bien et volent avec aisance. Leurs sens sont affinés, ceux de la vue et de l’odorat surtout. Intelligents, défiants, rusés, voleurs, ils sont, en général, susceptibles d'éducation, et aptes à retenir et à imiter les sons qu'ils ont entendus. (
Classification. — La famille des corvidés se divise en plusieurs genres. Au premier rang se placent les Craves ou
A8 k LA PLUME DES OISEAUX
Corbeaux de montagnes, au corps élancé, aux ailes longues,
à la queue courte, au bec faible, pointu, et légèrement recourbé, de couleur vive, de même que les pattes. Le plumage est noir brillant.
Le Crave ordinaire (fig. 15), dont le bec et les pattes sont d’un beau rouge de corail, habite toute la chaine des Alpes, les Carpathes, les Balkans, les Pyrénées, presque toutes les montagnes de l'Espagne, une partie de celles de l’Ecosse et toutes celles de l’Asie, depuis l’Oural et le Caucase, jusqu’en Chine.
Viennent ensuite les Chocards, plus semblables, par le bec et par le plumage, à des Merles qu’à des Corbeaux.
Le Chocard des Alpes, propre à l'Europe centrale et méridionale habite les Alpes, les Apennins et les Pyrénées. En Italie, on n’en voit guère qu’en Toscane.
A la suite des Chocards se placent les Corbeaux, les Corbiveaux (fig. 16), les Ptérocorax, les Freux et les Choucas. Nous arrêterons là notre énumération pour examiner plus spécialement les mœurs du Corbeau commun.
Habitudes. — Il n’est pas d'oiseau dont on ait dit plus de bien et plus de mal que du Corbeau. Pour les uns, il est un auxiliaire utile, pour les autres un dangereux ennemi. Ses partisans nous le présentent comme le grand destructeur des insectes nuisibles, et de tous les petits rongeurs qui dévorent nos moissons ; ils en font l’agent de salubrité qui se charge du nettoyage de la voirie et qui purge d'immondices les abords des villes. Ses détracteurs nous le montrent se nourrissant des semences des céréales, des blés germés, aussi bien que des grains mûrs; détruisant les œufs dans les basses-cours et dans les champs, dévorant les jeunes des oiseaux domestiques et sauvages; pourchassant les insectes utiles. Qui croire? et que penser? En réalité le Corbeau est omnivore, et le plus omnivore de tous les oiseaux, et on
peut dire, d’une manière générale, qu’il ne cause de grands dommages que là où on le laisse pulluler outre mesure. Il est hors de doute que, dans les pays de grande culture, il
FiG. 15. — Le Crave ordinaire.
détruit un nombre considérable de vers blancs, à l’époque des labours; mais, il est non moins certain qu’il n'existe pas d’ouvrier plus adroit pour profiter des rafales qui écartent la
paille servant de chapeau aux meules de blé. Du moindre petit interstice, fait par le souffle du vent, le Corbeau sait profiter ; il s’insinue dans la meule, les camarades arrivent, et toute la bande se gorge du meilleur grain. Aux yeux de l’agriculteur, comme aux yeux du chasseur, nous estimons que le Corbeau doit passer pour un animal nuisible. Le chasseur, en particulier, ne doit point oublier que le Corbeau est un oiseau de proie des plus dangereux, qu'il tue les levrauts, les jeunes faisans, les poussins des cailles et des perdrix, qu'il fouille les nids et détruit les couvées. « En Espagne, dit Brehm, il prend les poules; en Norvège, les jeunes oies, les canards; en Islande, et au Groënland, il chasse les lagopèdes. »
« Le Corbeau, dit Olafsen‘, ahonde dans toute l'Islande; il y est l’oiseau le plus connu et tellement privé qu’il se promène l’hiver auprès des habitations pour chercher sa nourriture. Il ne diffère du Corbeau que l’on voit en Europe qu’en ce qu'il est plus fort, plus subtil et plus hardi, puisqu'il se mêle parmi les chats et les chiens, pour chercher sa pâture. Cet oiseau est très destructeur ; il tombe sur les poissons, les animaux et tout ce qu'il rencontre, principalement au printemps. On le voit alors guetter les brebis lorsqu'elles jettent leurs agneaux. A peine ont-ils la tête hors du ventre de leur mère, qu'ils vont leur arracher les yeux; ils attaquent même les mères, à moins qu'elles n’aient assez de force pour leur opposer résistance. Ils guettent également le canard à duvet lorsqu'il fait sa ponte et le chassent de son nid pour manger les œufs. Les chevaux ne sont pas plus à l’abri des attaques de cet oiseau carnassier. Lorsqu'ils les trouvent à la pâture, ils observent ceux qui ont quelques plaies ou bosselures sur le garrot et se jettent impitoyablement dessus, pour en arracher quelques morceaux de chair. Le cheval ne
1 Olafsen, Voyage en Islande.
parvient à s’en dépêtrer qu’en faisant des mouvements en avant et en arrière, ou en se vautrant par terre.» Non contents d’être gourmands et cruels, les corbeaux sont encore voleurs. D’instinct, lorsqu'ils sont rassasiés, ils dérobent ce
Fi@. 46.- Le Corbiveau à gros bec.
qui se trouve àleur portée et vont céler en une cachette, pour l'y retrouver plus tard, l'objet qu'ils ont ravi. Les choses brillantes, l’argenterie, les bijoux semblent avoir pour ces oiseaux curieux un attrait particulier ; ils s'en emparent, les emportent au loin, et les dissimulent, en quelque