‹ La plume des oiseauxChapitre 16 sur 110 · SEPT · texte numérisé non relu

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trou, sous les bûchettes, des morceaux de vieux linge, ou de petites pierres.

Les Corbeaux vivent par paires, et lorsqu'ils ont adopté une localité pour y nicher, ils y reviennent tous les ans. Du lieu qu’ils ont choisi, et des environs, ils chassent les Corneilles, leurs proches parentes. L’animosité qu’ils montrent à l’égard d’une espèce si voisine s’accuse bien davantage lorsque les Corbeaux se trouvent en présence de certains animaux tout à fait différents et beaucoup plus gros.

Malignité d'un Corbeau. — Il est rare qu'ils vivent en bonne intelligence avec les chiens et les chats. Nous avons eu, autrefois, un de ces oiseaux, pris au nid et élevé de jeunesse à la maison; il habitait une courette dans laquelle, soir et matin, quatre grands chiens courants venaient manger une soupe dans laquelle étaient jetés les débris de la table. Dès qu’ils arrivaient, le Corbeau se jetait sur l’un d’eux et lui piquait les reins à coups de bec, au point de l’affoler. Mais, quand ces pauvres bêtes mettaient le nez dans la gamelle, c'était toute une autre affaire. L'oiseau batailleur passait del’un à l’autre de ces chiens, piquait celui-ci, puis celui-là, tout en guettant le moment où, le bouillon baissant, les os allaient apparaître au fond du chaudron. A cet instant précis, il sautait hardiment dans la gamelle, dispersait les dîneurs à coup de bec, s’emparait du meilleur morceau, et s’échappait lestement. Deux fois par jour, cette cérémonie singulière se renouvelait sous nos yeux.

Astuce d’une Corneille. — La Corneille, paraît-il, n’est ni moins astucieuse, ni moins perfide.

On avait donné à M. Collenot une Corneille du pays, très privée, dont on s'était défait à cause de sa malfaisance. Il l'avait reléguée dans son jardin, et, dès qu’elle le voyait assis sur un banc, elle venait se placer à côté de lui pour être grattée. Il était curieux de la voir baisser la tête, ramener sur son bec les plumes de la tête, en couvrant ses yeux

d’une membrane blanche, et cela, même avant d’être grattée.

« J'avais souvent à mes côtés, dit M. Collenot ‘, sur le banc, une chatte très familière, et à mes pieds, un vieux chien de chasse qui dormait ordinairement. C'étaient, pour l'oiseau, deux sujets de jalousie qu'il voulait éloigner.

F1G. 17. — La Corneille cendrée.

« En ce qui concerne la chatte, pas de difficultés ; la Corneille l’attaquait franchement à coups de bec et la mettait en fuite. Mais, le chien n’était pas si facile à déloger, et voici la ruse parfaitement réfléchie employée par l'oiseau pour arriver à ses fins.

« Il approchait lentement de mon fidèle compagnon et

1 Collenot, Revue scientifique, année 1885, n° 11.

toujours par derrière, puis frappait la queue de celui-ci d’un fort coup de bec. Furieux, le chien se levait d’un bond et poursuivait son adversaire qui fuyait en criant et se perchait aux environs.

« Le chien reprenait sa place et son somme. Il n'avait pas plus tôt fermé les yeux que son ennemi descendait de son arbre et se rapprochait avec précaution.

« Je surveillais sa manœuvre et, dès que la Corneille (fig. 17) avait presque rejoint le chien, je réveillais celui-ci par un petit sifflement. Il levait la tête et regardait l'oiseau qui, prenant un air indifférent, sans paraître s'occuper du chien qu'il ne perdait pourtant pas de vue, ramassait aussitôt un objet quelconque, ordinairement un gravier, qu'il tournait en tous sens dans son bec, semblant uniquement occupé de sa trouvaille.

« Le chien, tranquillisé, recommencçait à dormir. Aussitôt, l’objet ramassé tombait du bec de la Corneille qui faisait un nouveau mouvement au voisinage de la queue du chien. Je sifflais, le chien relevait la tête, et la Corneille, s’arrétant, ramassait un gravier qu’elle tournait dans son bec avec le même air hypocrite, jusqu’à ce que le chien reprit sa position endormie.

« Le même manège recommencait indéfiniment. Enfin, je laissais faire la Corneille et elle frappait encore la queue du toutou.

« Quand le chien avait recu un nombre suffisant de coups de bec sur la queue, il finissait par déguerpir, et l’oiseau, maître du terrain, venait se faire gratter.

« Il montait sur le banc, poussait un petit grognement amical et se mettait en position pour recevoir mes caresses. Si je ne répondais pas à l'invitation, j'étais averti par un léger coup de bec sur la cuisse. Si je persistais dans mon indifférence, la bête recommencait en accentuant de plus en plus ses avertissements, au point de me faire mal. Quelque-

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fois, je me fâchais, la Corneille s’en allait en criant, mais elle revenait promptement à la charge. Je la grattais alors et jamais elle ne se lassait, Si je m’arrétais, elle répétait ses avertissements.

« Je finis par m’en défaire, car ma fille, alors enfant, était l'objet de la jalousie de l'oiseau et je craignais un accident. »

Comme on le voit, les Corvidés sont faciles à apprivoiser et, en domesticité, ils ne perdent rien de leurs mauvais instincts. Parmi les oiseaux, les Corbeaux sont ceux qui se reproduisent le plus tôt. En janvier l’accouplement a lieu, en février la nidification commence, la ponte au commencement de mars. Le nid est placé sur une roche inaccessible ou sur un arbre très élevé, le plus souvent, en plein bois, au sommet d’un gros chêne. Quelques branches assez fortes forment la charpente, dans laquelle viennent s’entrelacer des brindilles, A l’intérieur, un tissu de filaments d’écorce, d'herbes, de lichens, de mousse et de laine, recevra de quatre à cinq œufs verdâtres, tachetés de brun et de gris. A la fin de mai ou au commencement de juin, les jeunes quittent le nid, mais ils ne se séparent des parents et ne commencent à vivre à leur compte que vers la fin de l’automne.

Chasse. — Les chasseurs au fusil savent, par expérience, combien il est difficile d'approcher les Corbeaux. On dit que ces oiseaux sentent la poudre. Et, sur ma foi! quoiqu'il n’en soit rien, on jurerait que cela est la vérité. Ce qui est certain, c’est que leur défiance est extrême et leur perspicacité sans pareille. Ils savent distinguer, à coup sûr, un innocent piéton d’un ennemi décidé. Et ils agissent en conséquence. Passez, la canne à la main, sur une route, les Corbeaux qui picorent dans les champs voisins, à vingt pas de la bordure, continueront à arpenter le terrain de leur pas grave et majestueux, sans se soucier de votre présence. Venez-y le fusil à la main, ils se lèveront à 200 mètres et iront vous narguer

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du faîte d’un arbre, hors de portée des armes perfectionnées. Il est difficile d'expliquer le fait; le fait est pourtant d’une exactitude absolue. Ces oiseaux sont gardés, en tout temps, par de vigilantes sentinelles qui ne poussent qu’à bon escient le cri d'alarme. Que si, d'aventure, vous avez pu tromper leur surveillance, à la faveur de quelque haie vive bien fourrée, et que le hasard vous ait permis de faire feu utilement, gardez-vous d'aller ramasser aussitôt la bête touchée par le plomb ; toute la volée viendra passer au-dessus du cadavre et vous trouverez l’occasion de faire une seconde fois usage de votre arme.

Il existe un procédé fort amusant pour s’emparer des Corbeaux, dans les endroits où ils se réunissent en grand nombre l'hiver, Dans le fond de cornets de papier de 10 à 12 centimètres de haut et d'un très petit diamètre, on place un morceau de viande; les parois intérieures des cornets sont enduites de glu. On place les cornets, ainsi préparés, sur la neige, aux endroits où les Corbeaux ont l’habitude de

se réunir. Ils essayent de retirer la viande des cornets qui.

leur restent collés sur la tête et les aveuglent. Ge sont alors des contorsions bizarres, des sauts, des soubresauts comiques, des cabrioles et des culbutes fantastiques. Le plus souvent, avec leurs cornets autour du bec, ils piquent droit en l'air, s'élèvent à une grande hauteur et se laissent lourdement retomber sur le sol, à la manière des Perdrix qu’un grain de plomb a touchées à la tête. On les capture alors facilement, tant il est vrai qu’il n’est si rusé compère dont les facultés ne se trouvent parfois en défaut (fig. 18).

Quant aux Corneilles, on exploite, pour s’en emparer, l'antipathie qu’elles nourrissent contre les rapaces nocturnes. A cet effet, non loin d’arbres secs, autant que possible sur le penchant d’une montagne fréquenté par les Corneilles, on établit une hutte, percée de meurtrières capables de donner passage au canon du fusil. Tout près de là, on attache sur

F1G. 18. — Topographie des facultés du Corbeau.

2, Choix des aliments; 8, destruction; 4, ruse; 5, courage; 6, choix des lieux ; 7, concentration; 8, attachement à la vie ; 9, attachement; 10, reproduction; 11, attachement à la progéniture; 12, propriété; 13, circonspection; 14, perception de la substance; 16, étendue; 17, distance; 18,sens géométrique; 19, résistance ; 20, localites ; 22, ordres ; 23, temps; 26, éventualités; 27, construction; 28, talent musical; 29, imitation; 30, comparaison; 35, persévérance; 39, douceur. (Colin, Traité de physiologie comparée des animrux domestiques.)

un poteau un chat-huant vivant. Les Corneilles ne tardent pas à s’acharner sur l’oiseau de proie et à s’exposer ainsi aux coups du chasseur. Les Corneilles passent pour des oiseaux plus utiles que nuisibles, il ne faut donc pas les décimer sans raison.

Les Pies. — Distribution geographique. — Les Pies, qui sont une division générique de la famille des corvidés, sont représentées dans toutes les parties du monde. L’Europe, l'Asie, l’Afrique, l'Amérique, l'Australie ont leurs espèces propres. Nous ne parlerons iei que de la Pie commune, que tout le monde connaît, et à laquelle on à fait, ces années dernières, une guerre acharnée pour satisfaire aux caprices de la mode.

Caractères. — La Pie commune (fig. 19) a la tête, la gorge, le cou, le haut de la poitrine et le dos d’un noir velouté ; la queue d’un noir verdâtre à reflets bronzés ; les scapulaires, la poitrine et le ventre d'un blanc pur; les pieds sont noirs (fig. 20). Gette espèce, abondante surtout dans les pays de plaine, plus rare dans les régions montagneuses, ne se trouve pas exclusivement en Europe; on la rencontre aussi dans plusieurs parties de l'Amérique du Nord.

Mœurs. — Comme les autres corvidés, la Pie se montre d’une défiance extrême à l’égard de l’homme; elle fuit à son approche, surtout s’il porte une arme; on a dit aussi de cet oiseau qu’il sent la poudre de fort loin. Il n’est que fort soupconneux ; voilà tout. En présence des chiens, des renards, et des oiseaux de proie grands et petits, loin de se montrer peureux, il devient agressif, les attaque, les harcèle, les pique de son bec robuste, attire par ses cris tous les petits oiseaux d’alentour et les excite contre l'ennemi commun. Les chasseurs qui ont un peu couru les champs ont pu bien souvent assister à ce curieux spectacle. Il nous a été donné plus d’une fois de voir des renards, qui s'étaient risqués en plaine, pourchassés par ces oiseaux criards, et fuyant devant eux la

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