‹ La plume des oiseauxChapitre 22 sur 110 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES TROUPIALES. — LES CAROUGES. — LES BALTIMORES LES CASSIQUES. — LES MARTINS Es

Les Troupiales. — Distribution géographique. — Les Troupiales ont beaucoup de rapports avec nos étourneaux d'Europe; ils peuvent, à bien des égards, être regardés comme les représentants de ces oiseaux en Amérique, concurremment avec les étourneaux de la Louisiane et des

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terres magellaniques, quoique, cependant, ils aient des habitudes très différentes ne fût-ce que dans la manière de censtruire leurs nids.

« Le nouveau continent, dit Guéneau de Montbéliard, est la vraie patrie, la patrie originaire des Troupiales et de tous les autres oiseaux qu'on a rapportés à ce genre, tels que les Cassiques, les Baltimores et les Carouges. »

Les Troupiales (A gelaïus ; xyshños, qui vit par bandes) sont, dans le nouveau monde, répandus aussi bien dans les pays froids que dans les pays chauds ; on les trouve dans la Virginie, la Caroline, la Louisiane, le Pérou, le Brésil, et bien ailleurs encore. Ils vivent par troupes nombreuses, se joignent souvent, comme font nos étourneaux d'Europe, à d’autres oiseaux maraudeurs, et vont, avec ces associés, piller les moissons, le froment, le maïs et les autres céréales, Quand on tire au milieu de ces volées d’affamés, il tombe des oiseaux de plusieurs espèces, et à peine a-t-on rechargé que de nouvelles bandes donnent l’occasion de faire feu.

Chasse. — Les Troupiales cominandeurs ne paraissent à la Louisiane que l'hiver, mais en si grand nombre, qu’on en prend quelquefois trois cents d’un coup de filet. On se sert pour cette chasse d’un filet de soie très long et très étroit, en deux parties. «Lorsqu'on veut le tendre, dit Lepage-Duprats, on va nettoyer un endroit près du bois ; on fait une espèce de sentier dont la terre soit bien battue, bien unie; on tend les deux parties du filet des deux côtés du sentier, sur lequel on fait une traînée de riz ou d'autre graine, et l’on va de là se mettre en embuscade derrière une broussaille où répond la corde du tirage: quand les volées de commandeurs passent au-dessus, leur vue percante découvre l'appât. Fondre dessus et se trouver pris n’est l'affaire que d’un instant ; on est contraint de les assommer, sans quoi il serait impossible d'en ramasser un si grand nombre. Au reste, dit Guéneau de Montbéliard, on ne leur

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fait la guerre que comme à des oiseaux nuisibles ; car, quoiqu'ils prennent quelquefois beaucoup de graisse, dans aucun cas leur chair n’est un bon manger ; nouveau trait de conformité avec nos étourneaux d'Europe.

D’après Mauduyt, la chasse qu'on leur fait a non seulement pour but d’en diminuer le nombre et par conséquent les dégâts qu'ils peuvent faire, mais encore d’en retirer du profit de deux manières.

Usages. — Voici ce que rapporte Mauduyt : M. Le Beau, médecin du roi à la Louisiane, où il a longtemps exercé sa profession, et où il donnait à l'étude de l’histoire naturelle le loisir que lui laissaient ses occupations, m’a certifié sur les Etourneaux à moignons rouges (Troupiales commandeurs) (fig. 23) les faits suivants: On prend à la Louisiane une prodigieuse quantité de ces oiseaux; les chasseurs les apportent par paquets dans les marchés, comme on expose les … alouettes en vente dans les nôtres : le peuple achète volontiers de ces oiseaux, et les pourvoyeurs ne manquent guère d'en rapporter chez leurs maîtres ; c’est moins pour leur chair qu’on les recherche, quoique M. Le Beau ne m'ait jamais dit qu’elle fût mauvaise, que pour la plaque rouge | qui orne leurs ailes. Avant de préparer ces oiseaux pour la table, on leur enlève la peau sur laquelle est placée la plaque rouge; on a soin d'étendre cette peau et d'empêcher qu’elle ne se retire en séchant. Lorsque les nègres qui servent à la cuisine, ou les pauvres parmi le peuple, ont amassé quelques douzaines de ces moignons ou plaques rouges, ils les vendent à des particuliers connus pour en faire trafic; ceux-ci les collent sur des feuilles de papier par centaines, mettent ces feuilles de papier entre deux cartons, conservent le tout dans des boîtes bien fermées, et, lorsqu'ils ont une occasion, font passer en Europe plusieurs milliers de ces moignons … préparés et conservés comme je viens de le dire. Ces moi- . gnons sont connus de nos plumassiers, qui en font un fré-

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quent usage pour des garnitures de robes, de manchons, de diverses parures. Il faut que l’on prenne un bien grand nombre de ces oiseaux à la Louisiane, puisque M. Le Beau, qui se préparait à. son retour, rassembla dans un hiver environ quarante mille moignons, dont il laissa une partie à la Rochelle, et se défit de l’autre à Paris. Dans la première de ces deux villes, où l’on trafique de ces peaux avec l'étranger, le prix, en 1775, était de dix-huit livres le millier, et de douze livres à Paris, où on ne les employait que pour les modes et la pelleterie.

Les Carouges (Ictérus, fxteoos, qui est jaune).

Maœurs.— Ces oiseaux vivent en société, même à l’époque des amours et de l’accouplement. Tandis que les autres oiseaux se séparent par couple, à ce moment, pour nicher à l'écart, les Carouges s’assemblent en grand nombre sur un arbre fort élevé, ordinairement voisin des habitations, et y construisent leurs nids tout près les uns des autres. Ces nids, de forme cylindrique, sont suspendus à l’extrémité des hautes branches et flottent librement dans l'air.

Captivité. — Ces oiseaux s’apprivoisent aisément et s’accoutument vite au régime de la volière.

« Un Carouge que je nourris depuis cinq ans, dit Manduyt, me met en état de confirmer l’assertion de Catesby (qui prétend que cet oiseau s'apprivoise aisément). Get oiseau est aussi familier qu'intelligent; il connaît la voix de ceux, qui le soignent ou qui le caressent souvent, et il y répond en y accourant ou par un petit sifflement; il descend d’un second étage à la voix d’une femme qui a coutume de lui donner à manger ; il la suit dans un jardin sans paraître tenté de prendre son vol et, s’étant échappé sur le toit de la maison, il vola dans le jardin vers cette femme aussitôt qu’elle l’appela ; il a des gestes même et des postures très singulières ; il s'incline et il baisse la tête, comme si on lui eût appris à saluer; puis il se redresse, et, hérissant les

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longues plumes de sa gorge, il fait entendre une sorte de sifflement ; il provoque toutes les personnes auprès desquelles il peut atteindre, il les agace par des coups de bec, On peut le manier de toutes les facons et jouer avec lui de la même manière qu’on a coutume de le faire avec un petit chien; il ne se rebute de rien et on est toujours obligé de le renfermer pour mettre fin à ses jeux; renversé sur le dos, il se défend en jouant du bec et des pieds comme le chien qui mord doucement son maître et repousse sa main avec ses pattes. Nous n'avons aucun oiseau qui devienne aussi familier, et le Perroquet qui l’est le plus, ne l’est pas autant ; je le nourris de mie de pain trempée dans du lait. de soupe, et, en général, il s’accommode de tout; il est très friand de sucre; sa voix est haute, glapissante et désagréable ; il répète le mot Coco, du nom que lui a donné la personne qui le soigne.

« Un oiseau de la même espèce, que j'ai vu chez M. le marquis de Montmireil, était aussi familier que le Troupiale d’après lequel je donne ces notes; il agaçait de même les personnes qui l’approchaient et 1l exécutait les mêmes gestes ou les mêmes jeux. Cette familiarité et ce caractère sont donc, d’après ce que nous apprend Catesby, des facultés

propres à l'espèce, et le Carouge ne les perd point étant en Europe, comme le prouvent les deux exemples que j'ai cités. Cet oiseau est d’ailleurs très facile à transporter, puisqu'il est naturellement fort familier et très aisé à nourrir. Ce serait donc un des oiseaux que, d’après ces raisons et ses habitudes aimables, les voyageurs devraient nous apporter de préférence. »

LE CAROUGE JAMACAI. — Parmi les Carouges se distingue le Carouge Jamacai.

Caractères et mœurs. — Ce bel oiseau, qui est connu aussi sous le nom de So/fre dans l'Amérique du Sud, est très commun au Brésil et dans la Guyane. Il a la tête, la

gorge, le dos et la queue noirs, la nuque, la partie postérieure du dos, la poitrine, le ventre d’un jaune orangé vif; une partie des pennes postérieures du bras bordées de blanc; les petites couvertures supérieures de l’aile d’un jaune orangé; les couvertures inférieures d’un jaune d'œuf; le bec noir, les pattes couleur de chair. Il mesure en longueur 27 centimètres. « Cet oiseau, dit le prince de Wied, est un des plus beaux ornements des forêts qu’il habite. Son plumage brille comme une flamme se détachant sur le feuillage

foncé, dans lequel il disparaît dès qu’on l’approche. Ses.

mœurs sont fort agréables. Il est vif, agile, toujours en mouvement. Sa voix est très variée, il imite le chant des autres oiseaux, mais en y intercalant des airs qui lui sont particuliers. Il préfère les endroits où les forêts épaisses bordent des lieux découverts. C’est là qu’on le rencontre par paires au moment des amours, plus tard par petites bandes qui errent de côté et d'autre. Dans l'estomac de ceux que je tuai, j'ai trouvé des débris d'insectes ; mais le Soffre pille aussi les arbres fruitiers, surtout les orangers et les bananiers, et cause ainsi certains dégâts. Lorsque les fruits sont mûrs, 1l s'approche souvent très près des habitations. Un de mes chasseurs trouva un nid de cette espèce. Il était à huit ou neuf pieds du sol, sur une branche horizontale, et était assez semblable à celui de notre Loriot. Il en différait toutefois en ce qu’il était entrelacé avec les rameaux de l'arbre, au lieu d'y être suspendu. Il formait une sphère creuse, fermée supérieurement; l'ouverture en était latérale. C'est au milieu de février que ce nid fut trouvé; il était complètement achevé, mais ne renfermait encore aucun œuf. »

Le Jamacai a beaucoup de qualités et de nombreux déauts; vif et gracieux en ses mouvements, beau dans son plumage, il a de plus un chant agréable : « Les épais buissons qui couvrent les rives du fieuve, dit Schomburgk, retentissaient matin et soir des chants harmonieux et plain-

LES BALTIMORES

KG. 24. — Le Baltimore vulgaire,

Lacroitx-DANLIARD, La Plume.

tifs du Soffre » Les habitants des colonies, aussi bien que les Européens le recherchent à cause de son talent de chanteur. Mais si, en regard des qualités, on place les travers de cet oiseau, on peut dire de lui qu’il est lâche et autoritaire, puisqu'en volière il bat, tue et mange les oiseaux plus faibles que lui, qu’il ne souffre pas qu'un autre se perche sur le bâton qu’il occupe, qu’il ne permet à ses compagnons de cage de s'approcher de la mangeoire qu'après qu'il est repu, qu’enfin il mène la vie dure à tous ceux qui l'entourent.

Les Baltimores. — (Yphantes, ‘l'oxvrnc, tisserand).

Maœurs. — Les Baltimores (fig. 24) sont très friands de baies; ils fréquentent les jardins, les cultures; on les voit proche des habitations, dans les villes même, d’où :l emportent ce qui peut leur être utile pour construire leur nid ou pour nourrir leurs petits. Au risque de se faire prendre, ils se disputent entre eux avec acharnement le fil, le chanvre, la soie, le crin, en un mot tout ce qui est de nature à leur servir à édifier leur nid, à le fixer au moyen de fortes ligatures à l'extrémité des branches les plus faibles, et à résister, là, aux violents acoups des vents déchaînés. Il fut un temps où les constructeurs n’avaient à leur disposition que les vé-gétaux indigènes et quelques dépouilles des animaux du pays; depuis l’arrivée des Européens et les importations qu’ils ont faites, l’industrieux Baltimore est devenu plus difficile sur le choix des matières qu’il fait entrer dans ses chefs-d’œuvre ; les apprentis se contentent ordinairement de ce qui tombe sous leurs griffes ou leur bec, pourvu qu'ils puissent en tirer parti et que le but de leur pénible travail soit atteint passablement; les maîtres de l’art sont plus exigeants et n’épargnent ni recherches, ni fatigues pour se procurer des ‘matériaux dont l'excellence leur soit bien connue. Quelques-uns des nids suspendus dont il s’agit étonnent par leur extrême perfection, et. d’autres laissent apercevoir des traces de négligence ou de maladresee; on

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attribue ces derniers à de jeunes oiseaux encore inhabiles, et les plus parfaits à la maturité de talents exercés par une pratique de plusieurs années. Au printemps, époque des travaux de ces architectes ailés, les ménagères veillent soigneusement à la conservation du fil et des matières filamenteuses dont la préparation exige qu’on les expose à l’air : Les voleurs sont aux aguets et ne manquent point d'audace.

Ce nid est plus solide qu’un simple feutrage, parce qu’il est entremélé de fibres longitudinales qui s’opposent à toute déchirure. La capacité intérieure est mesurée pour une jeune famille de quatre ou cinq petits. Une ouverture latérale est prolongée au dehors par un tube d’environ un centimètre et demi de longueur, et celui-ci est fortifié à son extrémité par une espèce de bourrelet. Le diamètre de cette ouverture est suffisant pour laisser libre accès aux parents, et une sorte de porte la ferme, s’ouvrant également en dedans et en dehors.

Les nids sont ordinairement établis sur des arbres fruitiers

ou sur des peupliers élevés.

Caractère et distribution géographique du Baltimore vulgaire. — Le Baltimore vulgaire ressemble beaucoup au Troupiale Jamacaï; il est répandu dans toute l'Amérique du Nord. Le noir, le jaune orangé brillant et le rouge écarlate sont les couleurs qui dominent dans le plumage de cet oiseau. Il a 21 centimètres de long et une envergure de 30 centimètres.

Les Cassiques. — Jstribution géographique; caraclères ; mœurs. — Les Cassiques sont propres au nouveau continent ;1ils représentent,en quelque sorte, nos corbeaux en Amérique. Ils vivent dans les bois, nichent sur les arbres, en colonies; reviennent, plusieurs années de suite, dans le même nid qu'ils réparent avec soin à chaque ponte. Ces nids, en forme de bourses, sont, pour ainsi dire, à claire-voie, en sorte que l’on peut, au travers des parois, apercevoir l'oiseau couver. À la base, ils sont fortement dilatés. A ce que rap-

porte d’Azara, les Cassiques choisissent pour nicher « les arbres qui sont à la lisière des bois, dont la tige est lisse et droite, qui ont 30 ou 36 pieds au dessus du sol, des branches horizontales, rameuses et pas trop rapprochées les unes des autres ; c’est à l'extrémité de ces branches et très loin de la tige qu’ils suspendent leur nid dont voici la construction. Le mâle et la femelle entrelacent, attachent des brins d’écorce de caraguata (espèce d’aloès), de petits jones et beaucoup de filaments noirs, absolument semblables aux crins des chevaux et qu'une plante produit. Avec ces matériaux, ils for : ment une bourse ou poche longue de 36 pouces (1 mètre) et large de 10 à sa partie inférieure, qui est hémisphérique; l'entrée est vers le haut, et le fond est garni d’une couche épaisse de grandes feuilles sèches de l’arbre même. »

Les Cassiques sont de beaux oiseaux, vifs et agiles. Ils se nourrissent d'insectes, de graines, de fruits, parfois de petits mammifères ; on les considère, non sans raison, comme de redoutables dévastateurs des moissons et des plantations. Leur voix n’est point sans agrément ; ils sont capables, paraîtil, d'imiter les chants et les cris de tous les animaux qu’ils sont sujets à entendre.

« On ne peut imaginer, dit Schomburgk, d'animal moins tranquille et plus bruyant que ces oiseaux moqueurs. Au milieu du silence général, un seul fait entendre son chant, qui n'a rien de désagréable : tout à coup un Toucan pousse son cri guttural, l'oiseau moqueur devient un Toucan; les Pics se font entendre, l’oiseau moqueur devient Pic à son tour; les Moutons se mettent à béler, il leur répond en bélant. Puis, si tout redevient tranquille, il reprend sa propre chanson, pour répondre, l'instant d’après, au gloussement des Dindons ou au caquetage des Oies de la ferme voisine. En même temps qu’il imite tous les sons, l'oiseau prend les postures les plus singulières; il tourne et retourne sa tête, son cou, son corps en entier, et tout cela

d’une façon si comique, que souvent je ne pouvais retenir un éclat de rire. »

Parmi les Cassiques, se distingue le Cassique huppé, aussi nommé Japu. C’est un oiseau au plumage noir brillant, avec la partie postérieure du dos et le croupion d’un rouge brun foncé. Les rectrices externes sont jaunes, les deux médianes noires. Le mâie a 42 à 47 centimètres de long ; la femelle en a au plus 38. « Les Botokudes, dit le prince de Wied, tuent ces oiseaux à coups de flèches, soit pour les manger, soit pour se procurer leurs belles plumes jaunes. Ils aiment beaucoup celles-ci, les agglutinent avec de la cire, pour en former une sorte d’éventail, qu'ils portent sur le front, en guise de diadème. »

Les Martins. — Mœurs. — Par leurs mœurs les Martins se rapprochent sensiblement de nos étourneaux, avec lesquels ils voyagent et vivent d’ailleurs volontiers. Ils ont des étourneaux vulgaires les habitudes, les allures et la docilité. Essentiellement sociables, on les voit en troupes plus ou moins nombreuses, même à l’époque de la reproduction. Durant le jour, au lieu de former une bande unique, les Martins d’un même canton se divisent en plusieurs escouades qui vont, chacune de leur côté, exploiter les environs ; vers le soir, tous ces détachements se réunissent en un seul groupe, qui, après avoir fait dans les airs quelques évolutions, s’abat sur l'arbre le plus élevé et le plus touffu qu’il a pu rencontrer. Dès que les Martins se sont entassés sur l’arbre de leur choix, ils commencent à jacasser, et continuent ce concert de cris discordants jusqu’à ce que le sommeil leur ait imposé silence.

D’après M. Nordmann, qui a étudié avec soin les mœurs du Martin Roselin (fig.25), lorsqu'une volée de cette espèce descend à terre, tous les individus qui la composent se dispersent bientôt dans toutes les directions, si bien qu’il est rare d’en apercevoir plus de quatre ou cinq très rapprochés. Ils marchent dans l’herbe, observant une direction qui pa-

raît avoir été déterminée d'avance. « Les Roselins, ajoute-t-il, sont très adroits à enlever, en sautant, les insectes de dessus les brins d’herbes; quelquefois aussi, mais rarement, ils saisissent de cette façon les sauterelles qui volent bas. Celui : d’entre eux qui vient de faire une bonne trouvaille pousse un cri de joie qui attire sur-le-champ quelques-uns de ses compagnons désireux de partager sa bonne fortune. Dans un pareil cas, surtout lorsqu'il s’agit d’une grosse sauterelle ou de quelque autre morceau friand, on voit souvent de petites disputes s'élever entre ces oiseaux, d’ailleurs paisibles, toujours de bonne humeur, gais et d’une grande agilité. »' Utilité des Martins. — Les Martins peuvent étre classés parmi les oiseaux les plus utiles à l’agriculture ; ce sont les ennemis les plus redoutables pour la sauterelle voyageuse qu'ils détruisent sous toutes ses formes, dans l'œuf, cornme larve, et comme insecte parfait. Ce précieux instinct a plus d’une fois été utilisé dans nos colonies. A une époque déjà lointaine, l’île Bourbon fut infestée de sauterelles qui y avaient été apportées de Madagascar, dans de la terre, à l’état d'œufs. Effrayés des ravages de ces insectes dont la multiplication prodigieuse n'avait pas tardé à devenir un danger pour l'ile, MM. Desforges-Boucher et Poivre, l’un gouverneur général et l’autre intendant de cette ile, eurent l’heureuse idée de tirer des Indes quelques espèces de Martins et de les faire propager. Cette mesure donna les plus heureux résultats et la destruction complète des insectes déprédateurs était déjà certaine, lorsque l'ignorance et les préjugés des colons firent proscrire ces Martins, et tuer jusqu’au dernier ces utiles auxiliaires. On les avait vus fouiller les terres ensemencées, on en conclut qu’ils dévoraient le grain, alors, au contraire, qu’ils ne faisaient que rechercher et détruire les larves des insectes. Les effets de cette déplorable erreur ne se firent point attendre, les sauterelles se multiplièrent à un tel point, que l’on dut rappeler

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