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important. On pense que les premiers Paons ont été importés en Europe, particulièrement en Grèce, par Alexandre, au retour de son expédition dans les contrées d’où ces oiseaux sont originaires. C’est en passant de la Grèce à Rome, à l'époque de la décadence de la République, que l'espèce, qui fait l’ornement de nos parcs et de nos basses-cours, est arrivée jusqu’à nous.
LE PAON D'APRÈS BUFFON. — «Si l'empire appartenait à la beauté et non à la force, dit Buffon, le Paon serait, sans contredit, le roi des oiseaux; il n’en est point sur qui la nature ait versé ses trésors avec plus de profusion : la taille grande, le port imposant, la démarche fière, la figure noble, les proportions du corps élégantes et sveltes, tout ce qui annonce un être de distinction lui a été donné. Une aigrette mobile et légère, peinte des plus riches couleurs, orne sa tête et l'élève sans la charger : son incomparable plumage semble réunir tout ce qui flâtte nos yeux dans le coloris tendre et frais des plus belles fleurs, tout ce qui les éblouit dans les reflets pétillants des pierreries, tout ce qui les étonne dans l’éclat majestueux de l’arc-en-ciel ; non seulement la nature a réuni sur le plumage du Paon toutes les couleurs du ciel et de la terre pour en faire le chef-d'œuvre de sa magnificence, elle les à encore mélées, assorties, nuancées, fondues de son inimitable pinceau ; et en a fait un tableau unique, où elles tirent de leur mélange avec des nuances plus sombres, et de leurs oppositions entre elles, un nouveau lustre et des effets de lumière si sublimes, que notre art ne peut ni les imiter ni les décrire.»
LE PAON, D'APRÈS FRANÇOIS RENÉ. — De son côté, sous une forme plus naïve, le naturaliste François René nous fait du Paon domestique la description suivante :
« Le Paon, dit-il, prétend bien tenir le premier rang parmi les oiseaux, tant il est fier de sa beauté, et piañfe à la monstre de sa rouë estoilée, Il est glorieux au possible, et
f 100 LA PLUME DES OISEAUX
s'aperçoit bien lorsque l’on prend plaisir à le contempler, car aussitôt il haulse sa teste haultaine, et secouë par bravade le panache d’aigrettes qu'il porte sur la teste. Puis, d’un œil assuré regardant l'assistance, il se met à son jour, et prend le soleil et l’ombrage qu'il faut pour faire paraitre sa riche tapisserie, et donner l'éclat à ses vives couleurs. En se contournant gravement il fait briller sa teste serpentine et son col habillé d'un précieux duvet qui semble de saphirs, de mesme est sa poitrine diaprée de pierreries esclatantes, qui y semblent enchassées pour lui faire un carquan. Ge qui le fait glorieux est sa queuë et son thrésor qu’il porte toujours en crouppe. Il n’a pas si tost superbement desployé ses pennes
dorées, faisant la rouë, qu’il semble vouloir disputer le prix
de la beauté avec toutes les créatures ; car le ciel ne luy semble pas plus beau avec tous ses yeux et ses astres dorez que sa queuë parsemée d’estoilles d’or, de saphirs et de fines émeraudes. Si la terre au printemps se pare de ses fleurs, le paon porte toujiours quant et soy son printemps qui luy sert
de lacquay qui est toujiours à sa queuë, et vous fait voir une
primevère de soie et de satin, un parterre portatif, un iardin mouvant et un royal bel-vedère. Sa rouë lui sert de tapisserie de haute lice, de ciel et de day, où il est appuyé en roy.
C’est le poisle sous lequel il marche gravement, c’est son :
parasol qui le défend des rigueurs du soleil. Autant de pennes, autant de mirouers où il mignarde et flatte sa beauté; il sent bien, le galand, qu'il est magnifique, c’est pourquoy 1l se hasarde de vouloir faire peur traînassant par terre le bout de ses pennes et les faisant claqueter contre terre avec une démarche arrogante. Le plaisir est quand on se moque de luy ; car, aussi tost il plie son panier, enferme sa coquille, et enveloppant son thrésor, se despite si très fort que s’il osait vous creverait les yeux de ses ongles, et vous arracherait la langue. Vous le voyez transir à vue d'œil, mais bien davantage quand, en octobre, il a perdu sa queuë, car il se cache,
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F1G. 29. — Le Paon,.
2 ANS de:
comme s'il portait le deuil et qu’il eust fait banque-route à la nature. Mesme la nuit s’il s’éveille es tenèbres, il pense
d’avoir perdu sa beauté et se met à soupirer comme si les voleurs lui avaient desrobé ses richesses, et que de Paon il fust devenu un corbeau et un oyseau tout noir t. »
Opinions erronées sur le Paon. — Les sentiments . de vanité que François René attribue au Paon et son amour des louanges sont pure invention du vieil auteur. Malheureusement les idées reçues mènent si bien le monde, qu’encore aujourd'hui le public est persuadé que le Paon jouit des hommages rendus à sa beauté. Rien n’est plus faux cependant ; car si cet oiseau se pavane avec complaisance, c’est qu'il est mû par un sentiment autre que celui de l’amourpropre satisfait, et, comme le dit Gerbe, parce que des désirs s'éveillent en lui comme préludes de l’accouplement.
Une autre opinion, aussi fausse et non moins accréditée,
est celle qui consiste à penser que le Paon est honteux dela”
perte de sa queue. Il est certain que le Paon, lorsqu'il mue, devient triste, cherche la solitude et l'obscurité. Il a cela de commun avec tous les autres oiseaux. La mue, en effet, est un état maladif, qui influe sur le chant, sur la tenue, et, d’une manière générale, sur le caractère de tous les volatiles. Plus les plumes dont le changement s'opère sont fortes, plus l'état de malaise de l'oiseau qui les porte est grave.
« Or, continue Gerbe, le Paon doit ressentir avec d’au-
tant plus d'énergie tous les effets de la chute des plumes
de la queue, que ces plumes sont plus volumineuses, et sont plus profondément implantées que dans aucune autre espèce, »
La mue est donc la cause de la tristesse de notre oiseau, et on peut ajouter que, s’il recherche, en cet état, les lieux sombres, c’est qu’il sait, par expérience, que la température
1 François René, Essai des merveilles de la nature,
qu'offrent les endroits couverts convient mieux à son état maladif que la trop grande vivacité de l’air.
Régime. — La nourriture habituelle des Paons consiste en grains de toute espèce, et leur voisinage est funeste aux agriculteurs dont ils ravagent les récoltes. Leur essor est difficile et bruyant, mais une fois qu'ils ont gagné les hautes sphères leur vol est puissant, et la force de leurs ailes leur permet de faire des trajets considérables. Ils aiment les lieux élevés, se plaisent sur les combles des maisons, ou sur les cimes des grands arbres.
Classification. — La famille des Pavonidés repose uniquement sur le genre Paon, qui comporte les espèces suivantes : 1° le Paon vulgaire (fig. 29); 2° le Paon noir, qui diffère du précédent en ce que le mâle a les couvertures supérieures des ailes d’un bleu noir ou d’un bleu vert, tandis que la femelle a un plumage gris clair, semé de taches foncées ; 3° le Paon spicifère, ainsi nommé à cause de sa huppe disposée en épi.
Le Paon vulgaire, comme nous l’avons dit, habite les Indes et Ceylan; le Paon spicifère l’Assam et les îles de la Sonde.
Dans plusieurs parties de l'Inde, le Paon est regardé comme un oiseau sacré; aux alentours de plusieurs temples hindous, on en voit de grands troupeaux que les prêtres ont le devoir de soigner. Dans plusieurs contrées, le respect des indigènes pour ces oiseaux est si grand, qu’ils punissent de mort celui qui les tue. Il n’en est point partout ainsi, et en beaucoup d’endroits le Paon est un des gibiers les plus recherchés des Indo-Européens.
Chasse. — La chasse de ces oiseaux ne présente d’ailleurs aucune difficulté, et les tireurs maladroiïits y trouvent leur compte. Là où les Paons ne sont pas considérés comme des oiseaux sacrés, on en prend une grande quantité au collet, au filet et au moyen d’autres pièges; et on en amène beau-
coup de vivants sur les marchés. La chair des vieux est à peine bonne à faire un médiocre bouillon ; on dit celle des
jeunes fort savoureuse.
Polyplectrons. — Les Polyplectrons relient les Paons aux
FiG. 30. — Le Polyplectron chinquis.
Argus. Ils sont petits, élancés; leurs ailes sont courtes et très arrondies. Le plumage du mâle est orné de taches en forme d’yeux qui se trouvent sur la queue, le manteau et les
couvertures des ailes.