‹ La plume des oiseauxChapitre 45 sur 110 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES MARABOUTS. — LES ARDÉIDÉS. — LES HÉRONS LES AIGRETTES.— LES BIHOREAUX

Les Marabouts. — A l'exception du Marabout, que l’on élève en domesticité, pour en obtenir ces panaches légers qui servent de parure aux femmes, les Cigognes ne sont point utilisées dans le commerce. C’est donc le Marabout que nous

choïisirons dans l’ordre des échassiers pour en donner la

description et en indiquer les mœurs, bien que de tous les ciconiidés, il soit le plus hideux. On le connaît sous les différents noms de Marabout, Cigogne à jabot ou à sac et Argala (fig. 48). Il habite le sud de l'Asie et l'Afrique centrale.

Ce qui frappe d’abord les voyageurs qui passent à Calcutta, c’est la grande quantité de ces oiseaux que l’on voit se promener sur les tertres, demeurer perchés sur les glacis de la citadelle, et cheminer sur les voies publiques. Dans le pays, on les surnomme adjudants à cause de la gravité de leur démarche.

Caractères. — La longueur de cet oiseau va jusqu’à 1,65, y compris le bec, qui compte pour 50 centimètres, et la queue qui en mesure 33. Il a la peau teigneuse, la tête

rougeâtre, couleur de chair ; sa tête et son col dénudés por-

tent, plutôt que des plumes, des poils noirs, courts et clairsemés ; la poitrine, le ventre, le haut des ailes et quelques plumes de la queue sont gris, le reste est d’un bleu foncé ; son bec triangulaire, pointu, devient rude au toucher, par l’exfoliation de sa substance; ses tarses sont noirs, mais ils paraissent ordinairement blancs, en raison de l’épaisse couche d’excréments dont ils sont presque toujours recou-

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verts. Mais, ce qui le distingue de tous les autres oiseaux,

c'est une poche membraneuse cylindrique qui pend de la.

base du col, tandis que la partie supérieure paraît comme un goitre entre les épaules. L’animal peut enfler et dégonfler ce sac à volonté. Dans le premier cas, il se développe jusqu’à une longueur de 18 pouces sur 4 de diamètre. L’utilité de ce singulier appendice n’a pas encore été bien définie. On croit généralement que c’est le magasin où les os, qui font une grande partie de la nourriture de l'oiseau, sont macérés et conservés. Toutefois des observations assez exactes contredisent cette donnée populaire.

Habitudes. — Les adjudants marchent dans les rues de Calcutta d’une manière digne et processionnelle. Loin d’avoir peur de la foule, ils ne se dérangent pas pour elle, et viennent s’embarrasser dans les jambes des hommes et des chevaux. Ils pénètrent dans les maisons, vont aux abattoirs. À certaines heures, ils se dirigent vers les endroits où ils sont sûrs de trouver à manger, vers les casernes, par exemple, pour y recevoir les débris des repas. Ils sont les hôtes

réguliers des voiries, ils y disputent les charognes aux

vautours. La protection dont ils jouissent les a rendus non seulement hardis, mais intolérants, et presque agressifs,

et ils ne supportent des passants aucune injure sans en tirer

vengeance. Dans certains villages des Indes, on les élève entroupeaux pour se procurer leurs plumes précieuses. A Calcutta, le séjour de prédilection des adjudants est

lefort William, où les débris de l’abattoir militaire leur

fournissent une proie sûre et quotidienne. Chaque jour, à une heure, ils se portent en masse vers les casernes, et se disputent à grands coups de bec les os énormes que leur jettent les soldats. Quelquefois, les loustices de la garnison imaginent contre eux des plaisanteries plus ou moins déplacées. L'une de ces facéties, que les chefs répriment sévè-

rement, consiste à jeter, au milieu des Marabouts, un os

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Fi, 48 — Le Marabout à sac.

chargé de poudre, et pourvu d’une fusée allumée. Le malheureux oïseau qui avale ce pétard saute en l'air comme un fourneau de mine. Hors des heures des repas, les Marabouts

se tiennent immobiles sur les glacis de la forteresse avec

cet air stupide et apathique qui caractérise les individus de cette famille. Ils restent là une demi-journée entière, les uns sur une seule jambe, les autres sur les deux, ou bien étendus sur le ventre ou sur le flanc.

Nul oiseau n'égale pour la voracité la Cigogne à sac.

A l’autopsie, on lui retire de l’œsophage des oreilles de bœuf entières, des pieds de bœuf avec leurs sabots, et des os d’une extraordinaire grosseur. Blessés grièvement, ils continuent à manger, et l’on cite un de ces oiseaux, qui, les deux ailes et une patte fracassées par des coups de feu, songeait encore à avaler d'énormes masses de chair. Hardis à la bataille, ils sont toujours en lutte avec les chiens et les Vautours, qui cherchent à partager la proie.

Ils nichent dans les forêts, quelquefois sur les rochers.

Chasse. — Le Marabout, si familier dans les localités où il se sent protégé, est cependant un oiseau défiant et fort difficile à capturer, quand il se voit pourchassé. Bien qu’il

ne semble fuir que pas à pas devant celui qui cherche à

l’atteindre, il a toujours soin de ménager entre lui et son agresseur une distance suftisante pour éviter d’être pris.

Dans une plaine, il se laisse rarement approcher à portée de

fusil, et, s'il ne s'envole pas, il reste toujours à 300 ou 400 pas du chasseur. D’un accès difficile pendant le jour, ilse

garde bien pendant la nuit, et il ne se laisse guère appro-

cher dans les endroits où il se retire, vers le soir, pour reposer. Une fois dérangés, les Marabouts se contentent de voleter, hors de portée, au-dessus des arbres qui leur servent de refuge ; etilest rare qu’ils consentent à s’y poser,

s'ils soupçonnent quelque danger. On réussit mieux à prendre ces oiseaux en vie,et les indigènes dont ils se défient

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moins, ÿ parviennent avec plus d’aisance que les étrangers. Le procédé qu’on emploie pour les capturer est le suivant: au bout d’une ficelle mince, mais solide, on attache un os de mouton, que l’on jette au milieu de débris de viande ; l’os est bientôt gobé; il ne reste plus qu’à tirer à soi l’oiseau gourmand, avant qu'il n’ait eu le loisir de régurgiter l’appât.

Les Ardéidés. — Distribution géographique. — Les Ardéidés composent la famille la plus riche en espèces de tout l’ordre des échassiers. On les trouve partout, sauf dans les contrées de l’extrême Nord ; ils sont nombreux dans la zone tempérée et, dans les régions tropicales, ils constituent la majeure partie de la population ailée des marais et des cours d’eau.

Caractères, — On les reconnait à leur corps minceet très comprimé par les flancs, à un long bec enmanché d’un long cou, à une tête étroite, petite et aplatie; enfin aux échasses qui supportent leur disgracieuse carcasse. Chez beaucoup. les plumes du haut de la tête, du dos et du haut de la poitrine sont très longues et quelquefois ébarbées, et, de chaque côté du corps, au pli de l’aile, sur les côtés du thorax et sur les flancs se trouvent deux espaces couverts d’un duvet soyeux et floconneux jaune clair ou blanc jaunâtre.

Mœurs. — Bien que les Ardéidés soient, pour l’observateur, curieux à considérer, en raison de la singularité de leurs poses, les imperfections de leur caractère, la gaucherie de leur dégaine, ne sont point pourleur attirer les sympathies. Quoiqu'agiles, ils semblent lourds et maladroits: lents dans leur démarche, mous dans leur vol, ils paraissent toujours, en leurs allures inquiètes, tourmentés par quelque remords ou obsédés par une amère pensée. Leur vue est excellente; mais leur regard incisif et rusé, chargé de haines inassouvies, gâte la pureté de leurs beaux yeux clairs. Aussi bien sont-ils fort méchants à l'égard des faibles et se montrent-ils poltrons devant les animaux plus robustes qu'eux. Dans les troupes

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qu'ils forment, ils jalousent leurs voisins et ne laissent pas que de leur chercher noise, à l’occasion, surtout lorsqu'ils les sentent inférieurs en force ou en adresse. Régime. — Ie fond de la nourriture de la plupart des espèces est le poisson: mais les plus petites vivent surtout d'insectes. On peut cependant dire que tous les Ardéidés, quelle que soit leur taille, font indifféremment profit de ce qui leur tombe sous le bec, les petits mammifères aussi bien que les jeunes oiseaux, les reptiles, les mollusques et les vers, comme les crustacés. On dit pourtant qu’ils respectent les crapauds ; par compensation, ils fontune guerre acharnée aux grenouilles. À l’aide de leurs longs doigts, ils palpent la vase, et la foulent pour en faire sortir les animalcules qu’elle renferme, et l'écartement de ces doigts est assez prononcé pour que ces oiseaux puissent se soutenir, sans y enfoncer, même sur les boues liquides qui sembleraient devoir les supporter avec peine. Lorsque les Ardéidés s’avancent dans un cours d’eau, c’est toujours à pas comptés, d’une marche indécise, l'oreille tendue, l’œil au guet, inspectant l’eau d’un regard inquisiteur. Puis, ils s'arrêtent et demeurent engoncés, la tête dans les épaules, comme insouciants de ce qui se passe autour d'eux. Cependant, ils. veillent, et rien n'échappe à leur ouïe fine et à leur vueperçante. Cela est si vrai que, à l’improviste, ce feint assoupissement se dissipe, ce cou se replie, se détend, comme mû par un ressort, et le bec acéré va frapper et transpercer la proie. Le genre d'attaque des Ardéidés rappelle la manière des serpents venimeux. Lorsqu'ils ont eux-mêmes à se défendre contre leurs ennemis, les Ardéidés usent dece même procédé et cherchent à crever les yeux de leurs * agresseurs. ‘2 Bien que peu sociables, les Ardéidés vivent en société et … nichent, en compagnie de beaucoup d’autres oiseaux, tantôt sur les roseaux, tantôt sur des arbustes ou sur des arbres …

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