‹ La plume des oiseauxChapitre 47 sur 110 · LES HÉRONS · texte numérisé non relu

LES HÉRONS

grette garzette, Héron soyeux, petit Héron blane ou argenté, a, comme la précédente, tout le plumage d’un blanc pur, et porte aussi sur le dos une touffe de plumes longues de 16 à 22 centimètres, qui naissent sur trois rangées et sont for-

F1G. 49. — L'Aigrette blanche.

mées de tiges faibles, contournées et relevées vers la pointe, à barbes rares, soyeuses et effilées, moins longues que chez l’Aigrette, La grandeur totale de l'oiseau est de 66 centimètres. De l’occiput tombe une huppe pendante, formée de

Pts ù

deux ou trois plumes longues et étroites, et le bas du cou porte un grand bouquet de semblables plumes, fort étroites aussi et lustrées.

La Garzette habite les confins de l’Asie, est assez abondante en Turquie, dans l’Archipel, en Sardaigne, dans quelques parties de l'Italie et en Sicile. Elle passe périodiquement en Suisse et dans le Midi de la France, et acei- | dentellement en Allemagne. C’est une des espèces les plus nombreuses dans les héronnières. }

Les Bihoreaux. — Les Bihoreaux ne ressemblent aux autres Ardéidés ni par leur forme, ni par leurs mœurs.

Ils ont le corps ramassé, le bec court et épais à la base surtout, et courbé vers le bout; des ailes très larges, le cou dégarni de plumes en dessus, sur le tiers de son étendue, et | l'occiput orné de trois longues plumes filiformes; le plumage est abondant.

L’aire de distribution des Bihoreaux d'Europe est très étendue. En été, ils fréquentent, en grand nombre, la Hollande; accidentellement et en petit nombre l'Allemagne; par masses, les provinces danubiennes, les bords de la mer Noire et de la mer Caspienne ; ils ne sont que de passageen Italie, en Espagne et dans le midi de la France. Tous les hivers, ils s'installent en Égypte, près des lacs, sur les grands arbres, plus particulièrement sur les sycomores … plantés à l’entrée et au milieu des villages. Ils y restent engourdis tout le jour, s’y laissent volontiers approcher par l’homme, à moins qu’ils n'aient été déjà opiniâtrement pourchassés. Le soir venu, ces oiseaux secouent leur torpeur, s’étirent, font leur toilette. Leur défiance, qui n’était qu’assoupie, s’éveille; l’homme leur devient suspect, et, tout à coup, comme à un signal donné, toute la bande quitte les grands arbres, en poussant des cris perçants, et gagne à tire-d’aile son rendez-vous de pêche. Les Bihoreaux ne pêchent que la nuit. Cependant, à l’époque où ils ont des

SR EEE

LAS SSS

FiG. 50. — L’Aigrette garzette.

' Ÿ F+ "N ” hs 4 1 4 RTS É Ace" ” ) 4 ? # £ Ù A n ? w TA “| ' ; F Per, SPORE Ÿ . : A ; "Re, 9:

petits, on les voit pêcher en plein jour pour assurer la pitance à leur progéniture.

Le Bihoreau d'Europe (fig. 51) a de 58 à 60 centimètres de longueur, le haut de la tête, la nuque, le haut du dos, les épaules d’un noir verdâtre ; le reste de la face supérieure du corps et les côtés du cou d’un gris cendré; le bas ventre d’un jaune roux clair, les parties nues de la tête vertes, les longues plumes de l’occiput blanches, rarement noires dans une partie de leur longueur. Ce sont les trois plumes blanches de sa huppe qui le font rechercher.

Le Bihoreau niche en compagnie d’autres oiseaux, les Hérons, les Aigrettes. Quelquefois il colonise seulement avec les individus de son espèce. Dans les héronnières de Hongrie, le Bihoreau est toujours l'espèce la plus nombreuse. Ainsi sur un seul saule, sur seize nids, Baldamus trouva onze nids de Bihoreau. A l’époque de la nidification, l'air retentit des querelles de ces oiseaux plus hargneux que méchants, mais une fois les petits éclos, le concert devient assourdissant et les cris se répètent sans discontinuité. A ces clameurs discordantes vient se mêler un bruit singulier et indéfinissable, c'est celui que produit sur le sol la chute des excréments des jeunes oiseaux. Leurs déjections sont si fréquentes et si copieuses que le terrain au-dessus duquel les nids ont été construits n’est bientôt plus qu’un marécage d’ordures dont la puanteur est insupportable,

Dans les héronnières, aux Hérons cendrés, aux Aïgrettes, aux Bihoreaux viennent se mêler les Blongios (fig. 51), les Spatules, les Ibis, les Cormorans, les Sternes, les Mouettes, les Oies et les Pélicans. Sur les branches les plus fortes des saules, aussi haut que possible, se trouvent les nids des Hérons cendrés, puis à côté, souvent bord à bord, ceux des . Bihoreaux. Les branches plus faibles, mais très élevées, supportent les nids de la Garzette et du Cormoran ; plus bas sont construits les nids transparents du Blongios; sur les

RUE A CRE AGE, ax un *

RJLL'ICRSE

Fu. 51. — Le Bihoreau d’iurope. — Le Héron cendrée. — Le Blongios nain, — L’Aigrette blanche,

roseaux, ou au milieu de l’inextricable fouillis des lianes, s'établit, suivant sa fantaisie et son instinct, le reste de la bande. |

Chasse. — En raison de leur vue perçante, de leur caractère inquiet et de leur esprit défiant, les Hérons, à quelque catégorie qu’ils appartiennent, sont extrêmement difficiles à approcher, tant qu’ils ne sont point réunis en colonies. Lorsqu'on les rencontre isolés le long des cours d’eau ou sur les bords des marais, on ne peut guère les atteindre au fusil que par surprise. Mais lorsqu'ils sont venus, d’euxmêmes, se fixer en nombre en quelque endroit marécageux, ou quand on a ménagé des terrains spéciaux sur lesquels ils ont consenti à nicher et à se reproduire, on peut aller les fusiller à domicile, ou, si l’on ne veut risquer de les empêcher de revenir les années suivantes, tenter d’en attirer à quelque distance au moyen d’appâts. [J’attitude que prennent les Hérons, lorsqu'ils guettent l’appât, laisse en effet, à l'affûteur bien caché, tout le temps d’ajuster et de : tirer commodément ces oiseaux. Quand la proie est facile à emporter, le Héron se précipite vers elle, la tête renversée sur le dos, les jambes en arrière: à bonne distance, il redresse la tête, saisit l’objet et s'envole. Si l’appât est menu et divisé, l'oiseau plonge à peine ses pieds dans l’eau, agite ses ailes pour se maintenir à la surface et le dévore avidement. C’est le moment de faire feu.

Malheureusement, en France, les héronnières ne sont plus nombreuses comme au temps de François I"; les chasseurs ne peuvent donc plus exercer leur adresse aux alentours d’aires qu'on ne construit plus à l'intention de ces oiseaux. Au temps où il existait des héronnières patronnées par l’autorité, le Héron était gibier royalet sa chair, quoique peu savoureuse, était réservée à la table des princes. On le chassait alors au Faucon, Le Héron, une fois levé, au moment où on lâche après lui l’oiseau de proie, se déleste

.e k : f, j # : HAS

Fic. 52. — Héron pris par un Gerfaut.

DS Rd SL

ms

l'estomac, pour s’alléger, et alors commence un vol endiablé à travers les airs, le Héron piquant droit aux nues, avec une étonnante rapidité, le rapace s'élevant avec lui plus . vite encore, et cherchant à dominer cette proie vivante, qui menace et se défend de son long bec acéré. Après une lutte mouvementée, coupée d’acoups, d’alternatives diverses, de crochets nombreux, le Héron, à bout de force, se laisse ! lier par son ennemi, et les deux oiseaux culbutant, tourbil- … lonnant, viennent s’abattre aux pieds des chasseurs. Bien souvent, les Hérons, ainsi capturés, n'étaient pas tués du coup; s’ils étaient en état de survivre à leurs blessures, on les relâchait, après leur avoir enlevé leurs plus belles plumes, ou bien, on leur rivait à la patte un anneau sur lequel on gravait la date de la prise. Cela permettait de les reconnaître, lorsqu'ils étaient capturés de nouveau. C’est même à cette pratique que l’on doit de savoir que ces oiseaux peuvent vivre jusqu’à cinquante ans. D’autres fois, on gardait ces pauvres bêtes pour les faire servir d’instruments de aressage aux jeunes faucons. .

De nos jours, on a tenté de remettre en honneur cette c chasse du Héron au moyen du Faucon, Les Hollandais, de leur côté les Anglais se sont essayés en ce genre de sport, mais, il ne semble pas que leurs tentatives aient régénéré et fait revivre en Europe l'art de la fauconnerie, qui y brilla jadis d'un si vif éclat. Cet art n’est point perdu cependant; il est encore très prospère dans l'Afrique du Nord, en Asie, surtout dans les Indes, où il compte de fervents disciples (fig. 52). k

Héronnières. — Si en France aujourd’hui, il ne reste. plus guère que les héronnières des comtes de Sainte-Suzanne à Ecury-le-Grand (Marne), on en rencontre à l’étranger, en Hongrie, surtout. On peut dire de toutes les installations qui existent en quelque lieu qu'elles se trouvent, qu'elles offrent un vilain spectacle, et que les arbres, les buissons et

les roseaux, destinés à recevoir les nids des oiseaux qui viennent s’y reproduire, sont d’une saleté repoussante. Les feuilles sont brûlées par la fiente caustique de ces volatiles. et les branches sont recouvertes d’une épaisse couche blanche de guano aussi désagréable à l’œil qu’à l’odorat. Ajoutons que le sol, couvert de déjections, de détritus de poissons, et des cadavres empestés de poussins, tombés du nid, dégage une odeur insupportable.

En Birmanie, il n’est pas rare de rencontrer des canaux et des îlots, spécialement aménagés pour la reproduction des oiseaux dont les plumes sont utilisées dans le commerce. En dehors des Pélicans et d’autres oiseaux qui y nichent à terre, beaucoup (les Hérons et les Aigrettes sont du nombre) nichent sur les arbres. Des mesures particulières sont prises, dans le but de préserver ces exploitations des bêtes féroces, des gros reptiles et des oiseaux de proie. On fait à ces animaux nuisibles la chasse aux pièges et aux lacets et des équipes d'hommes, de femmes et d'enfants sont chargées de les effrayer tantôt à une place tantôt à une autre, au moyen d'instruments variés qui font un infernal tapage.

En dehors de ces pratiques plus ou moins efficaces, il en est une très ingénieuse qui a pour effet de protéger des rapaces et notamment des Vautours, les colonies d’oiseaux dont on recueille le duvet ou les plumes. Elle consiste, de la part des indigènes, à choisir une forte tige de bambou qu’ils taillent en pointe à l’une de ses extrémités et qu'ils garnissent à l’autre de branchages solidement liés, Ce lacis de branches est enduit de glu marine; le bambou est dressé et enfoncé solidement en terre. Au pied de cet arbre factice estinstallée une cage, contenant quelque oiseau affamé, que le besoin de nourriture rend ceriard. Au bruit, le Vautour accourt, mais, comme il est encore plus méfiant que vorace, avant de se précipiter sur la proie, il se perche sur l'arbre préparé d’où il pense pouvoir mieux observer. Le reste se

devine, le Vautour, empêtré, s’englue d'autant plus qu’il se

débat davantage. Le chasseur met un terme à ses convulsions en le tuant à coups de trique, l'arbre une fois abaissé. Il arrive que, pour s’éviter de la peine, le guetteur attend que plusieurs Vautours se soient pris, au même piège; mais, en tardant trop, on court le risque de laisser à quelques-uns de ces oiseaux robustes Le temps de se dégager.

Chasse aux Hérons et aux Aigrettes en Birmanie. —.

La chasse des Hérons, des Aiïgrettes, des Pélicans, des Flamants, des Cigognes-Marabouts, surtout lorsque l’on en veut au duvet de ces oiseaux, se pratique en Birmanie deux fois par an, aux époques qui suivent la ponte. On connait, à quelques jours près, le moment où les petits seront en état

de quitter leurs nids, et c’est le moment d'avant que l’on.

choisit pour s’en emparer. On capture tous ceux que l’on peut atteindre, afin d'exploiter leur duvet, mais on a soin d'éviter de tourmenter les pères et mères de peur de leur faire abandonner pour jamais la colonie. Quand le temps de cette chasse, qui demande plusieurs jours, est arrivé, on s’en va, de nuit, avec des torches ; on entoure l’emplacement où nichent les oiseaux qui font leur nid à terre; on allume des feux de toutes parts; on pousse les petits, déjà forts, au milieu d’une enceinte de claies, que l’on restreint peu à peu, et lorsque le lieu du massacre est suffisamment circonserit, à la lueur des torches, on commence la tuerie de ces oiselets, qui ne peuvent encore voler. On ne tord le cou qu'à ceux qui sont suffisamment emplumés, sauf à faire, à quelques jours d'intervalle, une nouvelle hécatombe des plus jeunes, dont le duvet n'était point à maturité à la première campagne.

La chasse aux oiseaux qui nichent sur les arbres, comme le Marabout, cause moins de souci, bien qu’elle se pratique

également de nuit. Un homme monte sur l’arbre où se

trouvent les nids ; il enlève les petits, les étrangle, les jette

à bas où ils sont plumés séance tenante. Il échappe beaucoup

Page 1