‹ La plume des oiseauxChapitre 48 sur 110 · SEE · texte numérisé non relu

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de cigogneaux à la tuerie, en raison de la situation élevée et inaccessible qu’occupent certains nids. Les Hérons, notamment, qui ont besoin de se laisser tomber de haut, pour s'envoler, n’établissent jamais leurs nids sur des arbustes de trop petite taille ; aussi dans les terrains affectés, en Birmanie, à l’habitation des oiseaux qui fournissent la plume de luxe, laisse-t-on pousser quelques grands arbres, par exemple le sapan, le talipot ou coryphe parasol, qui appartient à la famille des palmiers.

Les plumes de Héron et d’Aigrette constituent une part importante des revenus des industriels qui exploitent la plume en Birmanie; mais, pour ne pas épuiser l’article, les Birmans ne prennent guère ces oiseaux qu’au lacet, pour ne pas effrayer toute la bande par les explosions d'armes à feu, et encore ne le font-ils que lorsque les poussins sont en état de chercher leur nourriture. Ils procèdent de même pour la plupart des oiseaux de commerce.

Chasse à l’Aigrette en Annam. — En un autre pays, en Annam, le gouvernement local vient d'accorder à plusieurs Français une autorisation spéciale pour chasser l'Aigrette dans l’étendue des douze provinces. Ces beaux oiseaux, au plumage blanc de neige, sont abondants en Annam, mais il faut en moyenne en tuer 700 pour recueillir un kilogramme d’aigrette, qui vaut dans le commerce 2500 francs, et que les marchands de détail revendent ensuite, au brin, aux modistes. Les concessionnaires qui viennent d'obtenir le droit de chasse représentent de grandes maisons de Paris. Ils ont levé des brigades de chasseurs indigènes qu'ils arment à leurs frais de fusils Lefaucheux et auxquels ils fournissent les cartouches. Chaque escouade est dirigée par un Européen responsable de la conduite et de la discipline de ses hommes. A la fin de la journée, fusils et cartouches sont retirés à leurs possesseurs, pour ne leur être rendus que le lendemain matin quand la chasse recommence,

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Toutes les mesures convenables sont d’ailleurs prises pour

que les accidents soient évités et pour que la chasse n’ait lieu que sur le territoire déterminé d'avance par l'autorité locale. Les pagodes et les grands arbres sacrés qui les ombragent ne doivent pas être profanés par les coups de fusil. Et le bel oiseau peut reposer en paix, protégé par le génie du lieu.

Dans notre colonie de la Basse-Cochinchine, il est procédé, chaque année, à l’adjudication sous soumission cachetée du monopole de la chasse des oiseaux et de l’exploitation de

leurs plumes, produit d’une grande valeur et très recherché

en Chine. La chasse du territoire du Rach-Gia, généralement affermée par des Chinois, rapporte annuellement environ 80.000 francs au gouvernement, Le territoire du Rach-Gia

est très étendu, aussi fort insalubre, à cause des immenses

marais qu’il renferme. Il se trouve compris dans la vaste province d'Hatien, limitrophe de celles de Nangiang et

de Vinghlong, qui furent toutes trois annexées à notre.

colonie en 1867 sous le gouvernement de l’amiral de la Grandière. Au milieu de ce pays de roseaux, de joncs, de rotins et de palétuviers, que les moustiques et des sangsues rendent à peu près inhabitables, se dressent pourtant, de loin en loin, des monticules élevés, composés d’un sol imperméable et ferrugineux, où pousse une herbe grossière

appelée herbe des éléphants. Nous laissons ici la parole à |

M. Ed. Renard, ancien délégué du commerce dans l'extrême Orient !. « Ge sont ces élévations, dit M. Renard, ayant souvent une étendue de plusieurs hectares, que choiïsissent des multitudes d’oiseaux aquatiques de différentes espèces qui y viennent, chaque année, pour y construire leurs nids et y élever leurs petits. Ces oiseaux sont des

1 Renard, Bulletin mensuel de la Société d'acclimatation, 32 série, t. IV, n° 4, avril 14877.

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Aigrettes, des Hérons, des Cigognes, des Marabouts, des Grues de différentes tailles et de beaucoup d'espèces, puis des palmipèdes, Cormorans, Pélicans, etc. L'arrivée des grands oiseaux a lieu au commencement de la saison des pluies, en avril; ces oiseaux viennent en quantité surprenante par milliers à la fois; c’est un spectacle grandiose que ces longues lignes qui paraissent d’un horizon à l’autre, car les Grues, quand le temps est calme, ne volent pas en triangles, mais elles forment un cordon sans fin, qu'on penserait pouvoir enceindre le monde entier. Les Grues au plumage blanc arrivent de l’intérieur de l’Inde, et celles à tête rouge, dites de Mantchourie, que les Chinois appellent l’'Oiseau Sacré, viennent des contrées du Thibet, de la Mongolie, etc... Ces milliers d'oiseaux réunis se prêtent un mutuel appui, car ils ont à se défendre non seulement des attaques des Milans, des Vautours, des Aigles, mais aussi des nombreux serpents, caïmans, singes, sangliers, tigres, etc. très friands de leurs œufs comme de leur chair. Mais dès qu’un ennemi apparaît, dès qu’il est signalé dans le lointain, cette masse d'oiseaux s'élève dans les airs, et des cris perçants, aigus, remplacent alors le silence habituel de ces solitudes. Il est intéressant pour l'observateur de voir’ en ce moment, l'attaque de ces quantités d’oiseaux de toutes tailles, dont les plus petits, souvent les plus agiles, ne sont pas les moins braves ; si c’est un oiseau de proie, ils passent et repassent au-dessus de sa tête, ils le frappent de vigoureux coups d’ailes et de coups de bec; si c’est un quadrupède, c'est aux yeux qu'ils s’attaqueront, et si l’animal ne s’enfuyait, il serait aveuglé en peu de temps, car le bec fort et effilé de ces oiseaux égale la pointe d’un poignard.

Ce qui n’est pas moins curieux à voir, c’est lorsque les oiseaux sont éclos et déjà grands, quand les parents, qui les ont quittés le matin pour aller à la pêche, rentrent au moment du crépuscule; ils arrivent en vols longs et serrés,

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les Pélicans se distinguent surtout au sac gonflé qu'ils ont sous le bec et qui contient jusqu'à 15 kilogrammes de

poisson... Quand la distribution commence, le bruit du de. dégorgement comme de la déglutition de ces miliers d’affa més est tellement grand qu’il peut s'entendre à plusieurs Fe kilomètres à la ronde. 4

Vers la fin de mai, tous ces oiseaux sont élevés, sont grands et ont pris leurs plumes; mais, généralement lourds, pu ils ne peuvent s'enlever de terre ; puis il leur faut auparavant - : apprendre à voler; à cet effet, on les voit prendre leurs *. ébats, frapper l’air de leur longue envergure , ils se livrent de. aussi souvent à une danse folle très comique et très singulière à voir, mais toujours en famille et sans se mêler aux % autres couvées. | A

Chasse aux Ardéidés par les Chinois. — C'est cette %

phase de l'existence des oiseaux que saisissent les fermiers

de la chasse, qui du haut de leurs guets élevés et formés de 4 perches en bambou, ont observé, chaque jour, la croissance k. rapide de leur éducation et ont veillé à leur tranquillité, © à leur conservation. Alors commence bientôt une chasse effrénée, la destruction des jeunes oiseaux, réelle boucherie :

de basse-cour, que rien n’égale et que je décrirai en peu de

mots. Quand les Chinois savent qu’ils sont adjudicataires de la ferme de la chasse et une fois certains de l’arrivée des 4 oiseaux, ils se jettent dans leurs bateaux et vont explorer ces … à terrains élevés dont j’ai parlé, ils en reconnaissent facilement #

les divers emplacement choisis par le va-et-vient continuel des oiseaux, D:

Pendant le temps de la durée des couvées, ils entourent de elaies légères en bambou tout l’espace occupé par les nids; ces terrains comme je l’ai dit, varient entre 4 à 5 hectares, nT les claies sont naturellement dissimulées par la hauteur des. végétaux. À la suite de cette enceinte, ils enlévent les herbes, les plantes, et une fois la place bien appropriée, ils entourent

le terrain et forment ainsi à côté une autre enceinte, mais très réduite. C’est là l'emplacement désigné et dans lequel tous les oiseaux à une heure voulue devront forcément se rendre. Puis, un beau soir, après le coucher du soleil et suivant ce qui arrive journellement sous les tropiques, les vents de terre, ayant tout à coup cessé, sont remplacés bientôt par ceux venant du côté de la mer; c’est alors le moment fatal ; les Chinois ont amoncelé des plantes sèches, et y mettent le feu dans vingt, trente endroits différents. Bientôt le sol envahi est en combustion, les herbes se tordent crépitent et pétillent; les flammes, la fumée en longues traînées lêchent et suivent la surface de la terre; c’estun coup d'œil imposant et qui ferait croire à l'aspect d'un pays en état de conflagration générale.

Comme on le pense, les oiseaux adultes saisis d’épouvante, ont prisleur vol, ils planent au-dessus de leur jeune famille et par leur cris répétés, ils entraînent leur progéniture, qui, les ailes déployées, les suit en marchant; ils sont bientôt réunis dans la deuxième enceinte, où ils s’entassent les uns sur les autres et sont ensuite complètement enfermés par de nouvelles claies. Les Chinois, qui ont engagé de nombreux Annamites pour l'exécution des oiseaux, pénètrent dans cette deuxième enceinte, ettous munis de lourds bâtons, s'avancent en ligne et frappent à la tête de gauche et de droite ces pauvres jeunes oiseaux, qui sans défense, tombent assommés ; dans l’espace d’une demi-heure, plusieurs milliers de cadavres couvrent le sol; c'est, comme ou le voit, une réelle boucherie... En 1870, il a été tué 18.000 oiseaux, dont les ailes ont servi à la confection de 18.000 écrans. Le prix sur place est d'environ ? francs la paire d'ailes en moyenne. Les. plumes sans choix valent 5 francs le kilogramme.

Usages. — Bientôt les cadavres sont empilés dans des bateaux et transportés en masse sous les paillotes des marchés voisins; le lendemain, au jour, on procède au choix des

plumes, les ailes sont coupées au ras du corps, comme aussi la queue, et on les enfile à de longues ficelles pour les faire sécher au soleil.

Les gorges, les plumes du croupion, les Marabouts enfin sont soigneusement séparés et mis dans des sacs ; les corps des oiseaux morts, à moitié déplumés, sont vidés, 2 ou

fumés et jetés dans des tonneaux. É

Les plumes de ces oiseaux sont ensuite dirigées vers l'industrieuse et grande ville de Canton, où elles servent à

la fabrication si importante des écrans ; on voit dans les rues, -

occupées par les nombreux fabricants, des boutiques où ces plumes sont empilées et nouées par taille ; on sait que l’écran

en plumes déplaçant une grande quantité d'air est très

apprécié des Orientaux. Quant aux corps, une partie est consommée sur place, l’autre est expédiée dans les provinces de l’intérieur de la Chine, où on les reconnaît à leurs plumes humides, souillées par le sel et suspendues aux étalages des marchands de comestibles ; ce mets est peu appétissant, mais il est recherché et a une certaine valeur, car il communique au riz le goût de poisson si apprécié dans tout assaisonnement en Chine et au Japon. »

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