LES PÉLICANS. — LES PHAÉTONS. - LES GOÉLANDS. LES MOUETTES
Les Pélicans. — La légende qui nous représente le Pé-.
lican sacrifiant sa propre existence pour sauver la vie de ses enfants, et nourrissant ses petits en détresse de sa chair.
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et de son sang, est vieille comme le monde. On en retrouve encore la trace dans les peintures murales de nos vieilles cathédrales de France. Cette légende pourtant n’est qu’une légende ; et elle est loin d’être conforme à la vérité des faits. Sans doute, le Pélican est un bon père de famille, sa femelle est une nourrice dévouée ; l’un et l’autre montrent à l'égard de leur progéniture des sentiments d'affection qu'il est bon de noter ; mais cet attachement ne tient nullement du prodige, il n’a rien d’excessif, on peut même dire que le Pélican pourrait recevoir de beaucoup d'oiseaux, moins célèbres dans l’histoire, des lecons d’abnégation et de dévouement. Ce qui a fait la réputation du Pélican, c’est son sac œsophagien, membrane large et dilatable, capable de contenir une quantité considérable d'aliments. On l’a vu presser ce sac contre sa poitrine, en faire sortir devant ses petits affamés, une nourriture abondante, et l'on a crié au miracle ; on a conclu qu’il s’ouvrait les flancs pour nourrir ses enfants de sa propre substance. Voilà tout le mystère.
On en a dit bien d’autres au sujet de notre oiseau. N'’estce pas lui qui, lors de la construction de la Kaaba, à la Mecque, tira d'affaire les maçons embarrassés? L'eau était loin; la course fatigante ; les porteurs s'étaient mis en grève, et le bâtiment ne marchait plus. Heureusement, Allah veillait; il ne put consentir à ce que tant de braves maçons qui n'étaient d'aucune loge, restassent inoccupés; il tint la main à ce que le saint édifice se terminât ; et pour arriver à cette fin, il envoya des millions de Pélicans qui remplirent leur gosier d'eau, pour l’apporter aux maçons qui purent ainsi délayer leur mortier. Tout est bien qui finit bien.
Distribution géographique. — Les Pélicans sont les plus grands et les plus intéressants de l’ordre des stéganopodes; ils habitent la zone torride et les parties voisines
Lacroix=DaxLiaRD, La Plume 12
des zones tempérées, visitent toutes les contrées et se » ,» su ET # Ÿ
répandent sur des étendues immenses. Les mœurs des diffé-
rentes espèces, sans être identiques, ont assez de points de
ressemblance, pour que la description des deux espèces +4 européennes (le Pélican onocrotale ou Pélican blanc, etle À Pélican huppé ou frisé) puisse donner une idée très suffisante des espèces exotiques. 4 . De tout temps, les voyageurs qui ont visité l'Égypte et Li les contrées du nord de l’Afrique ont été frappés d’étonne- k ment à la vue des bandesénormes de Pélicans qui couvrent ne les lacs côtiers, le Nil, pendant la période des inondations, le Nil bleu, le Nil blanc etla mer Rouge. C’est par milliers ‘4 que se rencontrent ces oiseaux en ces divers endroits ; et a leurs cohortes sont si étendues et si serrées que l’on croirait voir une immense muraille blanche s’avançant sur les + flots. À terre, quand ils se sont retirés sur les îlots ou sur D les plages de sable pour digérer, se reposer et faire leur “ , toilette, le sol disparaît sous leurs corps cylindriques. es Malgré la conformation de leurs pieds qui paraissent peu \# propres à saisir, les Pélicans ont la faculté de pouvoir se. ;
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percher sur les arbres, il s’y tiennent même en rangs Si pressés qu’ils en marquent complètement les branches etles feuilles. |
Mœurs. — Les Pélicans, comme on le voit, aiment à vivre en société, et, tant que dure l'hiver, la cohésion est complète; mais, au printemps, ces oiseaux dédoublent leurs colonies et s’en vont, par bandes plus ou moins nombreuses, pour nicher et se reproduire. Ils émigrent alors vers le sud ê de l'Europe, où ils paraissent en abondance à la fin d'avril et au commencement de mai. En Hongrie, notamment, ils arrivent par vols de quatre à six cents individus ; s’établissent sur les marais et les lacs pour y construire leurs nids, dans les endroits dont l'accès est le plus difficile et surles = îlots. |
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” Ces nids, très rapprochés les uns des autres, sont formés d’un lacis grossier de joncs et de roseaux; la femelle dépose dans cette couche mal construite de trois à cinq œufs, plus petits que les œufs du cygne, également pointus aux deux bouts et d’un blanc bleuâtre. De ces œufs, toujours sales, 1l sort, après une assez longue incubation, des petits mal bâtis, fort laids et très criards. Chose curieuse, il se trouve quelquefois dans le même nid des petits d’âge complètement différent, ce qui paraît donner raison aux voyageurs qui prétendent avoir vu plusieurs femelles couver de compagnie dans le même amas de roseaux,
Pendant la période de reproduction des Pélicans, la région qu'ils ont adoptée devient un foyer d'infection. Une couche d’excréments liquides, de débris de poissons pourris, des cadavres de jeunes oiseaux tombés du nid et putréfés, forme une épaisse purée de laquelle se dégagent des odeurs pestilentielles.
Quoique les Pélicans soient des marcheurs médiocres, ils ne laissent pas que de parcourir sur leurs pattes robustes d'assez longs espaces; ils font ces courses en se balançant avec lenteur et indolence. Mais s'ils sont assez piètres marcheurs, ils ont un vol facile et soutenu, et très léger eu égard à leur taille.
C’est tantôt au vol, tantôt à la nage qu’ils pêchent le poisson, fonds de leur alimentation. D’après M. Roulin, le Pélican brun, lorsqu'il est en pêche, tourne à 15 ou 20 pieds au-dessus de la surface de la mer, et dès qu'il a aperçu l’objet de sa convoitise, il se laisse tomber à l'eau avec la roideur d’un oiseau foudroyé. S'il a manqué son coup, il s'élève de nouveau, s'enfonce une seconde fois, puis une troisième, jusqu’à ce qu'il soit arrivé à ses fins. La capture opérée, l'oiseau gagne le rivage pour savourer sa proie plus à son aise. D’autres espèces de Pélican pratiquent la pêche en commun, et M. Nordmann, en particulier, a sou-
208 LA PLUMÉ DES OISEAUX vent suivi, avec intérêt, la manière de faire des Pélicans huppés ou frisés. |
. Manière de pécher des Pélicans huppés. — «Je fus plusieurs fois, dit-il, et notamment le 2 avril 1836, témoin de la pêche extraordinaire des Pélicans sur un des lacs Limans, éloigné de 40 verstes d’Odessa. C’est ordinairement
dans la matinée ou le soir que ces oiseaux se réunissent dans
ce but, procédant d’après un plan systématique qui est apparemment le résultat d’une espèce de convention. Après avoir choisi un endroit convenable, une baie où l’eau soit basse et le fond lisse, ils se placent tout autour, en formant un grand croissant ou un fer à cheval; la distance d’un oiseau à l'autre semble être mesurée; elle équivaut à son envergure. En battant fréquemment la surface de l’eau avec leurs ailes déployées, et en plongeant de temps en temps, avec la moitié du corps, le cou tendu en avant, les Pélicans s’approchent lentement du rivage, jusqu’à ce que les poissons réunis de la sorte se trouvent réduits à un espace étroit ; alors commence le repas commun. Outre les quarante-neuf Pélicans dont la compagnie se composait ce jour-là, il s'était rassemblé sur des tas de coquilles rejetées par les vagues et amoncelées sur le rivage, des centaines de Larus minutus, ridibundus, Sterna minuta et Corvus monedula, qui se préparaient à happer les poissons chassés hors de l’eau, et à partager entre eux les restes du repas. Enfin plusieurs Podiceps rubricollis et Podiceps minutus nagèrent dans l’espace circonscrit par le demi-cercle tant que cet espace fut encore assez grand, et prirent, eux aussi, leur part du festin en plongeant fréquemment après les poissons effrayés et étourdis. Quand tous furent rassasiés, la compagnie entière se rassembla sur le rivage pour attendre le commencement de la digestion. Les Pélicans dressaient leur plumage, recourbaient leur cou pour le laisser reposer sur le dos. De temps en temps l’un ou l’autre de ces oiseaux, vidant sa
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