‹ La plume des oiseauxChapitre 54 sur 110 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LES CYGNES, — LES OIES. — LE CANARD TADORNE LES EIDERS. — LES GRÈBES. — LES GUILLLEMOTS

Les Cygnes. — Distribution géographique. — Ces beaux oiseaux, qui nagent plus qu’ils ne marchent, se rencontrent

1 Sabin Berthelot, Oiseaux voyageurs, Paris, 1815, Chaliamel.

dans presque toutes les régions de la terre, à l'exception des pays tropicaux. Mais, c'est sous les zones froide et tempérée qu’ils sont le plus abondants.

Maœurs. — Il en existe plusieurs espèces quitoutes émigrent à certaines époques et se transportent, fort loin de leur pays d’origine, dans les grands lacs et les marais profonds.

La femelle niche sur un îlot ou bien établit, près des rives

des lacs, un nid flottant composé de plantes aquatiques, de jones et de roseaux entrelacés et bien tapissé de duvet. Ge nid, qui est assez grand pour contenir le couple, recoit six ou huit œufs à coque épaisse, blanc sale ou vert pâle, d’où sortent, après environ six semaines d'incubation des poussins bien duvetés. Dès le lendemain de leur naissance, les jeunes sont conduits à l'eau et commencent, sous la surveillance des parents, à chercher, en barbotant, la nourriture qui leur convient. Pendant quelque temps, ils rentrent, la nuit, sous les ailes de la mère, qui les réchauffe jusqu’au lendemain. La femelle ne se sépare de ses petits qu'après qu’ils ont revêtu leur plumage complet, et qu’ils sont en état, de se passer de ses soins. À dater du moment de la séparation, les petits et leurs père et mère semblent ne plus se connaître ; ils se traitent en indifférents, sinon en ennemis.

Les Cygnes ne restent point toujours cantonnés sur les lacs et les marais qu’ils se sont d’abord choisis pour demeure. Après la saison des amours, ils gagnent souvent la mer, où ils trouvent une nourriture plus variée et plus abondante. Mais, en quelques circonstances qu'ils se déplacent,ce n’est jamais que pendant le jour. Leur véritable élément est l’eau; ils ne descendent à terre, autant dire,

que contre leur gré et jamais pour longtemps. Aussi bien,

ils y cheminent difficilement, et leur conformation particulière les empêche de s’en enlever commodément. Sur l’eau même, leur essor est pénible, et ce n’est qu’au prix de grands efforts, et après avoir traîné quelque temps à la surface

qu'iis parviennent à s'élever, Par exemple, dès qu'ils ont atteint une certaine hauteur, leur vol devient rapide et puissant.

Régime. — Les Cygnes vivent de végétaux aquatiques, de racines, de feuilles, de graines, d'insectes, de larves, de vers, de mollusques, de petits reptiles et de poissons. . Ils souffrent difficilement le voisinage des autres oiseaux d’eau qu'ils maltraitent cruellement et qu’ils tuent sans motifs. Entre eux-mêmes, les cygnes se querellent et les mâles se livrent de violents combats, à l’époque des accou- plements. Une fois l’union consommée, le mâle et la femelle qui se sont associés se témoignent, pour la vie, une fidélité quine se dément pas. Les Cygnes sont intelligents, prudents, judicieux; et, la preuve, c’est qu'ils sont longtemps avant de dépouiller la défiance naturelle que l’homme leur inspire. Même en captivité, après qu’ils se sont apprivoisés, ils se tiennent le plus souvent sur la réserve, il n’est pas rare de lesvoir abuser de leur force à l'égard des enfants qui les approchent. Leurs caresses sont, d'ordinaire, assez violentes pour que l’on ait à s’en défier; et l’on est jamais sûr quece bel oiseau, si recherché à cause de son élégance, ait entièrement dépouillé sa méchanceté instinctive‘et la brutalité dont il est coutumier.

Les Cygnes, les jeunes surtout, ont à redouter les attaques de là Pygargue et du grand Aigle. Ils se défendent avec courage contre ces rapaces, et les obligent, plus d’une fois, à quitter la partie. Mais l’ennemi le plus redoutable du Cygne est incontestablement l’homme qui le recherche, et pour sa chair, et pour son duvet. Le plumage du Cygne est, en effet, très abondant et mou, velouté à la tête et au cou, très serré et comme feutré au ventre, composé de grandes plumes au dos, et partout accompagné d’un duvet très épais.

Chasse. — La chasse du Cygne est assez difficile, et cet oiseau, craintif et toujours sur le qui-vive, se laisse rare-

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Fic. 57. — Le Oygne à cou noir.

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ment approcher. Dans les pays du Nord cependant, les chasseurs, qui savent queles Cygnes volent toujours contre

le vent, tentent, par les fortes brises, d’approcher ces oiseaux en canots. Il arrive que, serrés de près, les Cygnes prennent leur volée et viennent passer à portée. Lorsque ces

chasses ont lieu au moment de la mue, elles constituent

de véritables tueries. Les pauvres oiseaux ayant à cctte époque, perdu la plupart de leurs pennes, sont poursuivis à force de rames et tués à coups de bâton. En Australie, la chasse que l’on fait aux Cygnes noirs est sans mesure. On leur prend leurs œufs ; on les décime pendant la mue ; on

tue tout ce que l’on peut attraper, sans besoin, par plaisir. :

Gould raconte que les canots d’un baleinier ayant remonté un fleuve, revinrent de leur expédition remplis jusqu'aux bords des cadavres des Cygnes noirs. En Algérie, les Arabes prennent les Cygnes en étendant un filet de pêche ordinaire entre deux barques qui se dirigent, de conserve, sur la troupe des oiseaux. Ceux-ci, effrayés, se jettent dans

les filets et y sont pris ou tués par les chasseurs. D’autres

fois, les Arabes plantent des poteaux aux bords des baies de la mer; attachent à ces poteaux des fils en poil de

chameau ; à chacun de ces fils un hamecçon, amorcé avec du

pain, de la viande ou du poisson, et les Cygnes viennent se ferrer d'eux-mêmes et se prendre à la ligne. « Les indigènes, dit M. le baron d'Hamonville, les recherchaient autrefois pendant toute l’année sur les lacs de l'Algérie, mais aujourd'hui, cette chasse est heureusement soumise à un règlement protecteur. Pour les approcher, les Arabes avaient recours à un stratagème assez ingénieux: ils se couvraient la tête et le haut du corps avec des joncs dressés

-et attachés autour d'eux, puis s’avancaient dans le lac, soit :

courbés, soit debout, suivant les circonstances, et marchaient avec une sage lenteur dans la direction des oiseaux qu'ils

convoitaient ; habituellement, ils arrivaient ainsi à portée.

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Il fallait cependant au chasseur une certaine dose d'énergie pour se livrer à cet exercice, car, il était exposé à la morsure des sangsues, très communes en ce pays, et à la piqûre d’un insecte venimeux, connu sous le nom de gale d'eau, dont il est extrêmement difficile de se préserver. »

Classification. — Il existe un certain nombre d'espèces de Cygnes: le Cygne muet, le Cygne chanteur (fig. 56), le Cygne nain, le Cygne à cou noir (fig. 57), le Cygne de la Nouvelle-Hollande.

Le Cygne muet vit en liberté dans le nord de l’Europe et dans la Sibérie orientale. C’est lui qui vit, chez nous, à l’état domestique. Il estinutile de le décrire, car tout le monde le connaît. Disons seulement que, dans une même couvée, il peut se trouver des petits blancs et d’autres gris. Taille de l’adulte 1",92 de long; envergure 2,75; longueur de l'aile 74 centimètres.

Le Cygne chanteur est un peu plus ramassé que le précédent; il a le cou plus court et plus gros. Bec jaune à la base, noir à la pointe, dépourvu de caroncule. Longueur totale 1,65; envergure 2",47 ; longueur de l’aile 66 centimètres. Il niche dans les grands marais de Finlande, du nord de la Russie, du centre de la Sibérie, de l'Amérique du Nord et de l'Islande. En Russie, c’est surtout le Cygne chanteur que l'on voit sur les pièces d’eau, à l'état domestique. Dans ses migrations, cette espèce arrive régulièrement, tous les hivers, dans le nord de l'Afrique, en Égypte, au Maroc, en Algérie et dans la régence de Tunis.

Le Cygne nain, ou Cygne de Bewick, a le cou allongé. II porte moins de jaune au bec que le précédent ; il est aussi de plus petite taille. Gette espèce, comme les deux premières, est européenne.

Le Cygne à cou noir se trouve depuis le sud du Pérou jusqu'aux îles Falkland, et, de là, en remontant sur la côte orientale, jusqu'aux environs de Santos au Brésil. Sa taille

est, à peu près, celle du Cygne nain; il a 1",18 de long et

l'aile compte 38 centimètres. Il est blanc, a la tête et le milieu du cou noirs, une bande blanche passe au-dessus de l'œil ; la callosité et la ligne naso-oculaire sont d’un rouge

de sang. Cette espèce se reproduit dans les lagunes, les lacs

et les étangs, à l’intérieur des terres. A l’époque des amours, on voit des bandes de Cygnes, à cou noir, comportant plusieurs centaines d'individus.

Le Cygne noir de la Nouvelle-Hollande, dont l'existence a été longtemps considérée comme douteuse, est aujourd’hui bien connu. Quoiqu'il soit poursuivi avec acharnement, on le trouve encore en abondance sur les lacs et les cours d’eau du sud de l’Australie, où il se tient l'hiver par petites bandes. Dans les parties peu explorées de l’intérieur, on rencontre parfois réunis des milliers de ces oiseaux.

Le plumage est d’un noir brunâtre presque uniforme, avec les bordures des plumes tirant davantage sur le gris noir ; le ventre est plus clair que le dos ; les rémiges primaires et la plus grande partie des rémiges secondaires sont d'un blanc éclatant qui tranche sur le reste du plumage.

Les Oies. — Distribution géographique et caractères. —

Le genre Oie a pour type l’Oie cendrée (fig. 58), ou Oie

sauvage, qui est l’espèce souche de notre Oie domestique. L'Oie sauvage, dont le plumage est d’un gris assez uniforme,

mesure quelquefois plus d’un mètre de long. Elle appartient

plutôt à la zone tempérée qu’à la zone boréale; on la trouve, depuis la Norwège, sur toute l’Europe, et jusqu'aux confins de l’est de l'Asie. Dans ses migrations, elle visite tous les pays du midi de l’Europe, le nord de la Chine,

le nord des Indes, parfois le centre des Indes et le nord-.

ouest de l’Afrique.

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