LES EIDERS
même est recouvert de mousse et de fumier, afin que les - Tadornes trouvent à leur portée tous les matériaux nécessaires. Ces oiseaux prennent régulièrement possession de ces demeures, quelque voisines qu’elles soient des habitations. Ils s’habituent tellement à l'homme qu’ils en supportent le vue même pendant qu’ils couvent. Si l’on ne dérange pas la femelle, elle pond de sept à douze œufs, volumineux, blancs, lisses, à coquille solide, et se met activement à couver. Si, comme cela arrive à Sylt, on lui enlève successivement ses œufs, elle peut en pondre vingt ou trente. Peu à peu, elle les entoure de duvet, et les en recouvre soigneusement quand elle les quitte. Elle est si attachée à sa couvée, qu’elle ne l’abandonne qu’au moment où on va la saisir. Les Tadornes qui nichent dans les terriers artificiels de Sylt sont tellement privés, qu'ils ne se dérangent pas quand on enlève avec précaution le couvercle du nid, et ils ne s’éloignent que de quelques pas quand on les touche. Avant de visiter le terrier on a soin d'en fermer l'ouverture, afin que les oiseaux ne s'y bousculent pas et ne s’effrayent pas. Ceux qui habitent un couloir court, fermé en arrière, se laissent facilement prendre sur leurs œufs ; ils se défendent à coups de bec, soufflent comme un chat en colère; poussent des cris assez perçants, plutôt de rage que de crainte. On est obligé quelquefois de chasser ces oiseaux de dessus leurs œufs à coups de bâton, car ils mordent les doigts et font des blessures assez douloureuses. L’incubation dure vingt-six jours. La femelle conduit alors ses petits vers la mer; mais, d'ordinaire, elle s'arrête quelque temps sur les pièces d’eau douce qu'elle rencontre en son chemin (Brehm!).
Les Eiders. — Caractères. — Tes Fuligulidés ont été, pendant longtemps, confondus, dans un même groupe, avec
1 Brehm, Les Oiseaux, p. 155, 156.
les Canards. Ils forment aujourd’hui une e catégorie à part : celle des Canards plongeurs.
Parmi les différents caractères qui ont fait placer ces oiseaux dans un groupe spécial, les plus saillants sont ceux que présentent l’insertion des pattes à la partie tout à fait postérieure du tronc, et l'articulation du genou, disposée de telle façon, que la jambe puisse se mouvoir, non seulement
d'avant en arrière, mais encore latéralement. Cette dispo=
sition, jointe aux dimensions considérables des doigts et de
leur palmature, rend ces oiseaux parfaitement aptes à plon-
ger. Aussi, les voit-on s’enfoncer verticalement dans la mer, pour aller chercher jusqu’à de grandes profondeurs, leur nourriture. Ils y séjournent plusieurs minutes, et certaines espèces peuvent y descendre jusqu’à cinquante ou soixante brasses, comme on a pu s’en convaincre en examinant les aliments contenus dans leur jabot.
De tous les Fuligulidés, les Eiders occupent le premier rang, par la taille, qui est plus grande que celle des autres oiseaux de cette famille, et par la beauté. On pourrait ajouter qu’ils sont essentiellement utiles, puisque leur duvet est si souple, si léger et si chaud qu’il est des plus recherchés par les habitants de l'extrême Nord, qui s’en font un revenu considérable.
Distribution géographique.— L’Eider vulgaire (fig. 60), l'Eider superbe, l’Eider de Steller sont les trois espèces du
genre. L’aire de dispersion du premier est plus étendueque
celle des autres espèces ; on trouve, en effet, l’Eider vulgaire dans tout le Nord, depuis les îles du Jutland, jusqu’au Spitzherg, et depuis les côtes occidentales d'Europe, jusqu’au Groenland et à l’Irlande. L'endroit le plus méridional
où niche l’Eider vulgaire est l’île de Sylt et les petites îles.
Danoises, situées sous la même latitude. L’Eider vulgaire
mâle a le haut de la tête, le cou et le dos, y compris les cou- . vertures supérieures des ailes, blancs ; la partie antérieure