Ù LES EIDERS
préférence, pour nicher, les ilots couverts de buissons et de refuges. Mais, quand ils se sentent sur une terre hospitalière, leur confiance n’a plus de limites. Sans hésiter, ils s’emparent des abris que la main de l’homme leur a préparés, viennent couver dans le voisinage des fermes, dans les écuries, dans les appartements même et jusque dans les fours à pain. Sitôt qu’elle a commencé l’incubation, la femelle se laisse approcher ; souvent elle souffre qu’on la touche et qu’on Ja remue sur son nid, et ne paraît éprouver aucun sentiment de crainte. Le nid qu’elle se construit est assez grossier ; elle le compose des éléments qu’elle trouve à sa portée, de branchages, d'algues, d'herbes et de paille, qu’elle recouvre ensuite d’une couche épaisse de son précieux duvet.
La ponte est plus ou moins abondante ; elle est de quatre à dix œufs, à coquille lisse d’un vert sale ou d’un gris verdâtre. L’éclosion a lieu après vingt-huit jours d'incubation. Dès leur naissance, et à peine ressuyés, les petits sant con duits à l'eau ; ils y nagent d’instinct aussi bien que les père et mère, et se montrent sur la terre plus giles qu'eux. Au cours des premières promenades sur les flots, la femelle recueille ses petits sur son dos, si la force des vagues semble les fatiguer. Dans les pays où l’on protège les Liders, lorsque le nid est trop éloigné de l’eau, l’homme vient souvent en aide à la couveuse. Dans un panier, il lui transporte ses petits jusqu’au rivage; là, il les remet à la femelle qui l’a suivi de son mieux en titubant sur la grève.
Régime. — Lies jeunes Eiders se nourrissent presque exclusivement de coquillages, de crustacés et de mollusques. Adultes, ils conservent ce genre d'alimentation, sans négliger cependant les petits poissons et autres animaux marins. En captivité, ils dépérissent rapidement, quelque nourriture qu'on leur donne et de quelques soins qu’on les entoure. Dans les jardins zoologiques, ceux qu’on a essayé d'élever
de la mue.
Dans toutes les contrées qu'il fréquente, l’Eider est trés | à
recherché à cause de la valeur de son duvet. Mais, les pro-. cédés que l’on emploie pour se procurer cette précieuse ma- …
tière sont loin de se ressembler.
Protection de l’espèce. — Ici, on massacre impitoyablement les Eiders, là, au contraire, on les entoure d’une
sage protection, et la loi même vient à leurs secours. C’est
ainsi qu'en Norwège les eiderholm ou endroits où nichent
les Eiders, sont l’objet d’une surveillance active et de soins incessants. Certains propriétaires d’eiderholm, dès .le commencement de la ponte, enlèvent quelques œufs aux femelles,
pour les forcer à pondre plus abondamment ; et, ils atten-
dent que la saison des amours soit passée pour recueillir le.
duvet dans les nids. En Islande, le respect de l’Eider est poussé au même point. En ce pays, dit plaisamment le docteur Henri Labonne, « on ne signale jamais l’arrivée des navires au moyen du canon, pour deux motifs, le premier c’est que le bruit effaroucherait l’Eider, Canard précieux qui fournit à l'Islande le riche article d'exportation si recherché des négociants, sous le nom d’édredon ; le second est celui que donna à son seigneur le baïlli si connu; il n'avait pu tirer le canon pour dix-sept raisons, dont la première était de n’avoir jamais eu de canon ». Quelques pages plus loin, parlant d’une prison qu’il apercçut à Reykjavik, au cours de son voyage , il dit que ce monument est à peu près inutile, les condamnations à l’emprisonnement étant rares, en cette partie de l'Islande, « On n’a guère du reste, rapporte le
D' Labonne, à employer ce moyen de coercition que contre
les ivrognes ou contre ceux qui ont tiré sur un Eider . »
1 Henri Labonne, L'Islande et l'archipel des Faeroeer. Fr à
Hachette et Cie,
Chasse. — En Laponie, en Irlande, au Spitzberg et au Groenland, au contraire, on décime ces malheureux oiseaux, que l’on chasse toute l’année, bien que leur chair soit détestable. Leurs œufs sont enlevés sitôt pondus, et cette fureur de destruction a pris de telles proportions, que les conséquences les plus graves en sont résultées. C’est ainsi qu’on n’exporte plus du Spitzherg l’édredon que par livres, alors qu'autrefois il était expédié par quintaux. Malmgren assure qu’actuellement on ne voit souvent aucun jeune Eider dans tout un automne en ces contrées. Au Groenland, le désastre est moins grand ; et il s’exporte encore de ce pays plusieurs mille livres d’édredon, chaque année.
Les Grèbes. — Distribution géographique. — Les Grèbes, qui forment un genre dans la famille des podicipidés ou plongewrs à palettes, appartiennent aux eaux douces; ils vivent dans les zones tempérées et s’y tiennent cantonnés, sans s'élever jamais beaucoup vers le nord, sans s'éloigner par trop du côté du sud.
Mœurs. — Les eaux dormantes sont leur domaine de prédilection. On ne les rencontre qu’exceptionnellement sur les eaux courantes et sur la mer. A terre, ils ne viennent que par accident, poussés par la puissance des lames ou par quelque coup de tempête. Ils y font d’ailleurs triste figure. Sur le sol, leur démarche est disgracieuse et embarrassée ; ils se balancent d’un côté et de l’autre, tombant bientôt sur la poitrine et sur le ventre; ils se traînent, en vérité. Sur leur élément, au contraire, ils nagent dans la perfection et assez vite pour qu’un homme sur le rivage ne puisse les suivre en marchant. Pour peu qu’ils soient inquiétés, ils plongent avec tant de rapidité, qu'à l’époque où l’on ne se servait encore pour les chasser que des fusils à pierre, dans l'instant que la poudre s’enflammait dans le bassinet, ils disparaissaient avant que le plomb eût pu les atteindre. « Aucune autre espèce d'oiseaux, dit Naumann, n’a des habitudes aussi aquatiques
Lacroix-DANLiARD, La Plume, 14
242 LA PLUME DES OISEAUX que les Grèbes, et l’on n’en connaît pas jusqu'ici qui, aw moins à certains moments, ne s'arrête plus ou moins longtemps sur la terre ferme. Ces oiseaux ne vont à terre qu’à la dernière extrémité, par exemple, quand ils sont frappés à l’aile, et même alors ils restent tout près de l’eau pour pouvoir s’y rejeter au plus vite. Ils ont constamment besoin d’eau, même pour prendre leur essor, car ils ne peuvent le faire à terre, s’ils sont posés sur une surface unie. Ils passent la moitié de leur vie à nager, l’autre moitié à plonger, et tandis que d’autres palmipèdes gagnent le rivage ou l’intérieur des terres pour se délasser, se chauffer au soleil, ces oiseaux restent sur la surface de l’eau. Quand ils se livrent à “un repos absolu, leur corps flotte comme un morceau de liège, les jambes sont relevées et supportées par les ailes, leur bec est enfoncé dans les plumes du dos et des épaules. C’est ainsi que, d'habitude et par un temps calme, ils se reposent et dorment; quand l’eau est agitée et qu'ils craignent d’être poussés vers le rivage par le vent, ïls laissent pendre leurs jambes dans l’eau, et par des mouvements particuliers restent à peu près à la même place. »
Leurs courtes ailes ne leur permettent pas, il est vrai, de planer, mais ils volent assez bien, quoiqu’en fait ils usent rarement de cette faculté.
Caractères. — Les Grèbes offrent pour caractères, un bec ordinairement plus long que la tête, robuste, comprimé latéralement; des narines médianes, oblongues, recouvertes en arrière par une membrane; les pieds placés tout à fait à la partie postérieure du corps; les tarses fortement comprimés, et ce qui en fait le caractère principal, les doigts sim plement réunis à leur base par une membrane et lobés dans
le reste de leur étendue comme ceux des Foulques (fig. 61).
Leurs ailes sont médianes et leur queue est dépourvue de rectrices.
Régime, — Bien que les petits poissons forment la base de
l'alimentation des Grèbes, ces oiseaux ne s’en nourrissent pas exclusivement; les algues et d’autres plantes aquatiques entrent dans leurs menus, ainsi que des insectes, des gre nouilles et des têtards de batraciens. Les Grèbes plongent