‹ La plume des oiseauxChapitre 76 sur 110 · FAN) AAN · texte numérisé non relu

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Fig. 79 — Ibis sacré.

À Nouka-Hiva, vers 1831, les chefs des guerriers portaient une sorte de casque terminé, sur le devant, par une visière en croissant de trois ou quatre pouces de large. Ce casque, presque entièrement garni de graines éclatantes, était surmonté par un riche cimier de plumes de coq.

En France, au xnu° siècle. — Au commencement du x siècle, après que l’arbalète fut apportée d'Asie en Europe, la plupart des villes eurent des Compagnies d’arbalétriers ou cranequiniers. Les flèches dont ils se servaient se nommaient carreaux ou carrelets, et aux termes de l’ordonnance de Charles VII qui organisa, en 1448, l'infanterie des

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francs-archers, chaque soldat dut porter une trousse de dix-sept carrelets empennés.

Dans l'antiquité, à Rome, au pays de Galles.— L'usage de la plume des oiseaux employée comme ornement guerrier remonte à la plus haute antiquité. A Rome, sur le sommet du casque des soldats prétoriens se dressait une garniture de plumes rigides. Les anciens rois bretons, surtout dans le pays de Galles, portaient, paraïit-il, des étendards décorés des plumes blanches de l’Autruche.

La plume au moyen äge. — Quant au rôle qu'a joué la plume au moyen âge, chacun le connaît, plus ou moins, L'usage de porter touffe de plumes sur le casque remonte aux xiv° et xv° siècles.

Dès là, le heaume de l’homme d’armes se couvrit de plumes et de pierres précieuses (fig. 80). Pour former les panaches, on employait ordinairement les plumes du coq, d'où le nom de coquardes ou cocardes, qui leur fut donné. Cette dénomination est restée au nœud de rubans qui vint remplacer la cocarde primitive. « Les élégants, dit Chéruel, imitaient cette mode militaire dès le xv° siècle et portaient des plumes de coq sur leur bonnet. Aussi, Alain Chartier, contemporain de Charles VII, les appelait-il : veaux coquarts. »

Après la bataille de Poitiers, en 1356, la populace malmena fort les nobles chevaliers qui revenaient battus, piteux et déconfits : « Les voilà, ces beaux fils, qui mieux aiment porter perles et pierreries sur leurs chaperons, riches orfèvreries à leurs ceintures et plumes d’Autruche au chapeau , que glaives et lances au poing. » Ainsi parlait-on

Fig. 80. — Casque du x1ve siecle !.

1 Figure empruntée au Dictionnaire des Institutions et coutumes de Chéruel, t. I, p. 41, art. Armes. Librairie Hachette.

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irrévérencieusement de nos chevaliers après ce désastreux combat. |

Brantôme dit au sujet d’un colonel des légionnaires de Champagne : «Je l’ai vu, en l’âge de quatre-vingts ans s’habiller aussi proprement et gentiment qu’on eût vu jeune gentilhomme à la cour,et toujours son chapeau et bonnet couverts de plumes très belles, et disait ce bonhomme que cela sentait encore sa vieille guerre et le vieux temps, qu’il était aventurier de là les monts. » |

Le 14 septembre 1590, à la journée d’Ivry, Henri IV ceriait aux siens : &« Si vous perdez vos enseignes, ralliezvous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la gloire. »

La plume dans les armées contemporaines. — Cette mode du panache dura dans les armées jusqu’à la suppression des armures de fer; et bien que l’on trouve encore, bien plus près de nous, la plume au chapeau des soldats de nos rois ; on peut dire qu’il y a déjà bien longtemps que le panache, en France, a cédé la place au plumet.

Dans les armées contemporaines des différents pays, la plume des oiseaux continue à orner les coiffures des militaires. Sans parler des troupes étrangères et sans nous arrêter aux énormes plumets des soldats français du premier Empire, disons qu'aujourd'hui même, nos cuirassiers et nos dragons, nos élèves de Saint-Cyr et nos officiers d’étatmajor portent, en grande tenue, plumes de coq à la coiffure. Pour les colonels de nos régiments de toutes armes, la houppe de plumes d’aigrette, remplace le plumet ou le panache de plumes de coq, et les chapeaux de nos généraux sont ornés d’une garniture de courtes plumes d’Autruche blanches ou noires, suivant qu'ils exercent un commande ment ou qu’ils n’en sont point pourvus.

Usage particulier de la plume chez les Arabes. — Nous avons lu quelque part que la peau de l’Autruche,

encore garnie de ses plumes, servait de cuirasse aux Arabes. Mais, il est difficile de s’imaginer qu’une peau qui

est épaisse, tout au plus, comme celle d’un boue ou d’un

veau, ait jamais pu être, même recouverte de ses plumes, d'un on secours pour garder des coups et des blesse celui qui s’en revêt.

La plume appliquée aw transport des dépêches. — Enfin, quel est celui de nos compatriotes, touchant à la quarantaine ou l’ayant dépassée, qui ne se rappelle, avec un sentiment de tristesse, mêlé d’attendrissement, le rôle qu'ont joué, en 1870-1871, les Pigeons voyageurs, pendant l’investissement de nos places fortes. Tous ceux d'entre nous qui avaient au dehors quelqu'un de ces êtres chéris, dont les nécessités de la guerre vous séparent si souvent pour jamais, ont confié, au moins une fois, à un tube de plume, fixé aux pennes d’un oiseau, le secret de leurs affections, l'expression de leurs espérances et de leurs douleurs. Encore aujourd’hui, le tuyau de plume des mauvais jours est employé dans nos colombiers militaires ; et c’est dans ces mêmes gaines que les messagers ailés de l’avenir apporteront le récit de nos souffrances et de nos luttes pour la Patrie, et, s’il plaît à Dieu, la nouvelle du triomphe de nos armes.

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