I. Religion des Hindous, selon les Védas, p. 324 et
« Elle ne naît, elle ne meurt jamais; elle n’est pas née jadis, elle ne doit pas renaître, sans naissance, sans fin, éternelle, antiqife, elle n’est pas tuée quand on tue le corps.
« Comment celui qui la sait impérissable, éternelle, sans naissance et sans fin, pourrait-il tuer quelqu'un ou le faire tuer?
. « Comme l'on quitte des vêtements usés pour en prendre des nouveaux, ainsi l’arae quitte les corps usés pour revêtir de nouveaux corps.
« Ni les flèches ne la percent, ni les flammes ne la brûlent, ni les eaux ne l’humectent, ni les vents ne la dessèchent.
« Inaccessible aux coups et aux brûlures, à l’humidité et à la sécheresse, éternelle, répandue eu tous lieux, immobile, inébranlable.
« Invisible, ineffable, immuable, voilà ses attributs : puisque tu la sais telle, ne pleure donc pas. »
Le bienheureux révèle ce qu’il en est du missionnaire divin qui sait toutes ses incarnations et de l’homme ordinaire arrivé ici-has par suite de ses existences antérieures.
« J’ai eu bien des naissances, et toi-même aussi, Àrjnna, je les sais tontes, mais toi, héros, tu ne les connais pas.
« Quand la justice languit, Bharata, quand l’injustice se relève, alors je me fais moi-même créature, et je nais d’âge en âge,
« Pour la défense des bons, pour la ruine des mécbdnts, pour lë’ rétablissement de la justice.
« Celui qui connaît selon la vérité ma naissance et mon œuvre divine, quittant son corps ne retourne pas à une naissance nouvelle, il vient à moi, Arjuna.
« Dégagés du désir, de la crainte et de la passion, devenus mes dévots et mes croyants, beaucoup d’hommes, purifiés par les austérités de la science, se sont unis à ma substance.
« Car, selon que les hommes s’inclinent devant moi, de même aussi je les honore. Tous les hommes suivent ma voie, fils de Prillià.
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LE BHÀGAVAD GITA.
« Mais ceux qui désirent le prix de leurs œuvres sacrifient îcibas aux divinités; et bientôt dans ce monde mortel, le prix de leurs œuvres leur échoit. ,
« Les œuvres ne me souillent pas, car elles n’ont pour moi aucun fruit; et celui qui me sait tel, n’est point retenu par le lien des œuvres.
« Sachant donc que d’antiques sages, désireux de la délivrance, ont accompli leur œuvre, toi aussi accomplis l’œuvre que ces sages ont accomplie autrefois. »
Or, écoutez ce que dit le poème sacré de l’homme de bien, de ses destinées.
« Fils de Prithâ, ni ici-bas, ni là-bas cet homme ne peut s’anéantir : un homme de bien, mon ami, n'entre jamais dans la voie malheureuse.
« Il se rend à la demeure des purs, il y habite un grand nombre d’années; puis il renaît dans une famille de purs et de bienheureux ,
« Ou même de sages pratiquant l'union mystique : or il est bien difficile d'obtenir en ce monde une telle origine.
« Alors il reprend le pieux exercice qu’il avait pratiqué dans sa vie antérieure, et il s'efforce davantage vers la perfection, ô fils de Runti.
« Car sa précédente éducation l’entraine sans qu’il le veuille, lors même que dans sop désir d'arriver à l’union, il transgresse la doctrine brahmanique.
« Comme il a dompté son esprit par l’effort, le yogi purifié de ses souillures, perfectionné par plusieurs naissances, entre enfin dans la voie suprême.
« Il est alors considéré comme supérieur aux ascètes, supérieur aux sages, supérieur aux hommes d'action. Unis-toi donc, ô Arjuna.
« Car entre tous ceux qui pratiquent l’union, celui qui, venant à moi dans son cœur, m'adore avec foi, est jugé par moi le mieux uni de tous.
IjE bhagavad gîta.
« Ne sauraient me suivre, ni les méchants, ni les âmes troublées, ni ces hommes infimes dont l’intelligence est en proie aux illusions des sens et qui sont de la nature des démons.
« Quatre classes d’hommes de bien m’adorent, Arjuna, l’affligé, l’homme désireux de savoir, celui qui veut s’enrichir, et le sage.
« Ce dernier, toujours en contemplation, attaché à un culte unique, surpasse tous les autres. Car le sage m’aime par-dessus toutes choses, et je l'aime de même.
« Tous ces serviteurs sont bons, mais le sage, c’est moi-même, car dans l’union mentale il me suit comme sa voie dernière.
« Et après plusieurs renaissances, le sage vient à moi.
« Celui qui, à l’heure finale, se souvient de moi et part dégagé de son cadavre, rentre dans ma substance; il n’y a là aucun doute. 4
« Mais, si à la fin de sa vie, quand il quitte son corps, il pense à quelque autre substance, c’est à celle-là qu'il se rend, puisque c’est sur elle qu’il s'est modelé.
« C’est pourquoi, fils de Runti, dans tous les temps pense à moi, et combats l’esprit et la raison dirigée vers moi, tu viendras à moi, n’en doute pas.
« Car lorsque la pensée me demeure constamment unie et ne s’égare pas ailleurs, on retourne à l’Esprit céleste et suprême sur lequel on méditait et qui est le soutien de l’univers, incompréhensible en sa forme, brillant au-dessus des ténèbres avec l’éclat du soleil.
« L’homme qui médite sur cet être, ferme en son cœur au jour de la mort, uni à lui par l’amour et par l’union mystique, réunissant en ses sourcils le souffle vital, se rend vers l’esprit suprême et célesté.
«Parvenues jusqu’à moi, ces grandes âmes qui ont atteint la perfection suprême ne rentrent plus dans cette vie périssable, séjour de maux.
« Les mondes retournent à Brahma, ô Arjuna; mais celui qui m’a atteint ne doit plus renaître.
LE 11 H AGAVA D GITA.
« C’est la voie suprême ; quand on l’a atteinte, on ne revient plus, c’est là ma demeure suprême.
« On peut, fils de Pritha, par une adoration exclusive, atteindre à ce premier principe, en qui reposent tous les êtres, par qui a été développé cet univers.
« En quel moment ceux qui pratiquent l’union partent-ils pour ne plus revenir ou pour revenir encore, c'est aussi ce que je vais t’apprendre, fils de Bharata.
« Le feu, la lumière, le jour, la lune croissante, les six mois où le soleil est au nord, voilà le temps où les hommes qui connaissent Dieu se rendent à Dieu.
« La fumée, la nuit, le déclin de la lune, les six mois du sud, sont le temps où le yogi se rend dans l’orbe de la lune pour en revenir plus tard.
« Voilà l’éternelle double route, claire ou ténébreuse, objet de foi ici-bas, conduisant, d'une part, là d’où l’on ne revient plus, et, de l'autre, là d’où l’on doit revenir.
« C’est la science souveraine, le souverain mystère, la suprême purification, saisissable par l’intuition immédiate, conforme à la loi, agréable à accomplir, inépuisable.
« Les hommes qui ne croient pas eu sa conformité à la loi, ne viennent pas à moi et retournent aux vicissitudes de la mort.
« C’est moi qui, doué d’une forme invisible, ai développé cet univers; en moi sont contenus tous les êtres; ej moi je ne suis pas contenu en eux. »
Grande et belle parole condamnant le panthéisme.
« D’une autre manière, les êtres ne sont pas en moi : tel est le mystère de l’union souveraine. Mon dmc est le soutien des êtres, et sans être contenue en eux, c'est elle qui est leur être. »
Nous répétons que c’est la condamnation du panthéisme.
« Comme clans l'air réside un grand vent souillant sans cesse de tous côtés, ainsi résident en moi tous les êtres ; concois-le, iils de üunti.
« Revêtus d’un corps humain, les insensés me dédaignent, ignorant mon essence suprême qui commande à tous les êtres.
« Mais leur espérance est vaine, leurs œuvres sont vaines, leur science est vaine, leur raison s’est égarée, ils sont sous la puissance turbulente des Ràxasas et des Asuras.
« Mais les sages magnanimes suivent ma puissance divine et m’adorent, ne pensant qu’à moi seul et sachant que je suis le principe immuable des êtres.
« Sans cesse ils me célèbrent par des louanges, toujours luttant et fermes dans leurs vœux, ils me rendent hommage, ils m’adorent, ils me servent dans une perpétuelle union.
« L’homme, même le plus coupable, s’il vient à m’adorer et à tourner vers moi seul tout son culte, doit être cru bon, car il a pris le bon parti.
« Bientôt il devient juste et marche vers l'éternel repos. Fils de Runti, confesse-le, celui qui m'adore ne périt pas.
« Car ceux qui cherchent près de moi leur refuge, eussent-ils
été conçus dans le péché, les femmes, les vaeçyas, les çûdras
même, marchent dans la voie supérieure.
« 11 est un figuier perpétuel, un açwaltha, qui pousse en haut ses racines, en bas ses rameaux , et dont les feuilles sont des poèmes ; celui qui le connaît, connaît le Vôda.
« Il *a des branches qui s’étendent en haut et en bas, ayant pour rameaux les qualités, pour bourgeons les objets sensibles, il a aussi des racines qui s’allongent vers le bas et qui, dans ce monde, enchaînent les humains par le lien des œuvres.
« Ici-bas on ne saisit bien ni sa forme, ni sa fin, ni son commencement, ni sa place. Quand avec le glaive solide de l’indifférence, l’homme a coupé ce figuier aux fortes racines, il faut dès lors qu’il cherche le lieu où l’on va pour ne plus revenir.
« Quand il a vaincu l’orgueil, l’erreur et le vice de la concupiscence, fixé sa pensée sur l’âme suprême, éloigné des désirs,
mis lin au combat spirituel du plaisir et de la douleur : il marche sens s'égarer vers la demeure éternelle.
« Ce lieu d'où l'on ne revient pas ne reçoit sa lumière ni du soleil, ni de la lune, ni du feu, c’est là mon séjour suprême. »
Après avoir ainsi décrit le séjour de l’homme de bien, de l’ouvrier et du vrai serviteur du père céleste , le Bhagavad Gita passe à la peinture des méchants et de leur sort dans une autre vie.
« 11 y a deux natures parmi les vivants, celle qui est divine et celle des Asuras. Je t'ai expliqué longuement la première : écoute aussi ce qu'est l’autre.
« Les hommes d'une nature infernale ne connaissent pas l’émanation et le retour; on ne trouve en eux ni pureté, ni règle, ni vérité.
« Ils disent qu'il n’existe dans le monde ni vérité, ni ordre, ni Providence; que le monde est composé de phénomènes se poussant l’un l’autre, et n'est rien qu’un jeu du hasard.
« Ils s’arrêtent dans cette manière de voir, et se perdant euxmêmes, rapetissant leur intelligence, ils se livrent à des actions violentes et sont les ennemis du genre humain.
« Livrés à des désirs insatiables, enclins à la fraude, à la vanité, à la folie, l’erreur les entraîne à d’injustes prises et leur inspire des vœux impurs.
« Leurs pensées sont errantes : il croient que tout finit avec la mort; attentifs à satisfaire leurs désirs, persuadés que tout est là.
« Enchaînés par les nœuds de mille espérances, tout entiers à leurs souhaits et à leurs colères, pour jouir de leurs vœux, ils s’efforcent, par des voies injustes, d’amasser toujours.
« Voilà, disent-ils, ce que j’ai gagné aujourd’hui, je me procurerai cet agrément; j’ai ceci, j’aurai ensuite cet autre bénéfice.
« J’ai tué cet ennemi, je tuerai aussi les autres. Je suis un prince, je suis riche, je suis heureux, je suis fort, je suis joyeux.