BALLANCHE, LESSING, SGHLEGEL , SAINT-MARTIN
Nous trouvons au début de notre dix-neuvième siècle, le grand et profond initiateur Ballanche, mystographe hors ligne, pour lequel l’antiquité profane et sacrée n’avaient point de secrets. Seulement il n’a point eu de vulgarité; ses écrits sont peu connus, précisément à cause des questions qu’il touchait et qui n’étaient point encore à leur maturité, comme elles le sont aujourd’hui.
En commençant, nous citerons quelques pensées détachées de cet auteur en les comparant à quelques autres de ses contemporains, puis nous ferons l’analyse raisonnée de ses œuvres.
« Il suffit d’admettre qu’en sortant de cette vie nous « n’entrons pas dans un état définitif. Toute créature doit « parvenir à sa fin, et tant qu’une destinée humaine a « quelque chose à accomplir, c’est-à-dire un progrès à « faire, rien n’est fini pour elle. Or, pour elle l’accomplis- « sement c’est la perfection, comme pour tous les ouvrages « du Créateur; car, dès le commencement, Dieu a trouvé « que ses ouvrages étaient bons, parce qu’en effet chacun « contient en soi la cause et le moyen de son développe- « ment. Seulement c’est à l’homme, en raison de sa liberté,
BALLANCHE
« à parvenir à la perfection; car, encore une fois, il faut « que l’intelligence mérite. Voilà ce qui rend impossible « que tout finisse avec cette vie; voilà ce qui rend impos- « sible aussi que, sitôt après cette vie, il ne se trouve pas « un autre état de liberté où l’homme puisse continuer de « graviter vers sa perfection relative, jusqu’à ce qu’il y « soit parvenu1. » Un pas de plus, et le sublime mais trop timide Ballanche trouvait la loi de la destinée telle que nous la proclamons. Il l’a pressentie, toutefois, et en a exposé dans plusieurs passages le principe et la nécessité, sans en déterminer les conditions. Nous allons le montrer par diverses citations : « Les hommes de la Providence ne sépa- <; rent jamais les destinées dont nous jouissons dans cette « vie de celles qui nous sont assurées dans une autre vie, a assurées par toutes nos croyances primitives et tradi- « tionnelles, assurées par notre nature même de créature « intelligente et morale. C’est là qu’aprês une nouvelle « série d’épreuves et d’expiations, cal- il ne doit entrer rien « que de parfait dans le royaume immuable de Dieu; c’est o là que se trouve enfin le dernier terme de toute palin- « génésie; c’est là seulement que s’accomplissent nos des- « tinées définitives2... ;>
« Dieu est bon et juste. Dieu est bon : il a voulu le « bonheur de ses créatures; Dieu est jùste : il a voulu « que ses créatures méritassent d’être heureuses. Il a voulu « être glorifié par des créatures glorifiées elles-mêmes.
« L’apparition de l’homme sur la terre n’est qu’une phase « de son existence; le reste nous est caché. Nous savons (I « seulement qü’une créature intelligente et morale ne « peut avoir que de grandes et nobles destinées3. »
1. Pnlingénêsie sociale, p. 1 19. — 2. Ibid., p. 30 et 31. — 3. Ibid., p. 38.
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Sans doute ces destinées nous sont cachées dans leurs détails, mais le principe est évident. La loi est ainsi faite : avancement ou retard dans l’initiation suivant le mérite ou le démérite, et de là les autres conséquences que nous avons déduites. Aussi Ballanche dit-il encore : « Il y a des hommes « en avant du siècle; il en est mémo qui sont en avant de « l’existence actuelle et qui participent déjà de l’existence « future. Les initiations sont successives. L’homme en qui « existe cette faculté de l’avenir est introduirplus tôt dans « le siècle futur, ou môme dans la vie à venir. Toutes les « destinées humaines sont analogues entre elles. Chaque « homme a un but à atteindre, selon que chacun est plus « ou moins élevé dans le grade de l’initiation; chacun a « un but différent... Sur cette terre, et dès à présent, il est « évident qu’il y a une hiérarchie d’esprits humains, qui « se prolonge au delà de cette vie, mais tous arrivant les « uns plus tôt, les autres plus tard. Nous sommes tous « appelés au même héritage1. »
Empruntons-lui encore quelques autres pensées isolées.
« Nul ne peut franchir sans travail et sans mérite un « grade dans l’initiation humaine. L’homme arrive dans « l’autre vie avec les perfectionnements qu’il a obtenus « dans celle-ci, tel qu’il s’est fait par les moyens que Dieu « lui a donnés. L’homme a son rang parmi les hiérarchies « sans lin. Un jour il jouira de l’univers comme il jouit de * « ce monde. Les lois qu’il nous est déjà donrié de connaître « et qui s’appliquent à toute la créàtion, nous disent que « notre planète n’est pas isolée » On voit par toutes ces citations que Ballanche admet une série d’existences futures après cette vie, dans lesquelles la liberté de l’âme aura son