‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 128 sur 193 · SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

SAINT-MARTIN

du temps rapproche pour lui cette proportion sublime, quia Dieu pour le premier de ses termes »

On lira certainement avec le plus' vif intérêt cet autre fragment très-remarquable tiré des pensées de Saint-Martin et publié dans ses œuvres posthumes s :

« La mort ne doit se regarder que comme wn relais dans notre voyage. Nous arrivons à ce relais avec des chevaux fatigués et usés et nous y venons pour en prendre qui soient frais et en état de nous conduire plus loin ; niais aussi il faut payer tout ce- qu'on doit pour la course qui est faite, et, jusqu’à ce que les comptes soient soldés , on ne vous met point en route pour la course sui- " vante. »

O11 ne sait ce qu’il faut admirer le plus de la justesse ou de l’originalité de cette idée. Mais quelle profonde conviction de la véritable valeur des épreuves terrestres ne trouvons-nous pas encore dans ces lignes?

« Les épreuves et les contrariétés auxquelles nous sornmis soumis, deviennent des croix pour nous, quand nous restons audessous d’elles; elles deviennent des échelons et des moyens d'ascension quand nous nous tenons au-dessus, et la sagesse qui nous y expose n’a pas d'autres intentions que de nous élever et de nous guérir au lieu de ces idées cruelles, vengeresses et malfaisantes que le vulgaire lui prèle généralement s. »

Saint-Martin a d’ailleurs un vif sentiment de sa mission qui, dit-il, est de rappeler aux hommes les choses diviues; il s’intitule diviniste , il est venu dans le monde pour enseigner les autres, quant à lui il vient de plus haut, il n’est

1. L'homme de désir, n° 220, p. 312. — 2. Tome Ier, p. 286. — 3. Ibid., p. 243.

SCHLËGEL.

ni de la terre, ni de son âge encore enfantin 1, il est dans ce monde avec une dispense2. Ces opinions, si étranges qu’elles paraissent, impliquent une ardente foi dans la pluralité et la solidarité des vies, comme dans la pénétration des mondes entre eux; la théorie des missionnaires divins en découle, mais notre intention n’est pas ici d’en parler.

« Dans la société humaine, écrit à ce propos Frédéric Schlegel, chaque état et chaque classe, que dis-je, chaque individu usant de tous les droits et de toutes les prérogatives qui lui sont propres, a travaillé et contribué au bien général à son insu et sans précisément le vouloir3. »

Schlegel aurait dû ajouter : Il y a cependant des hommes qui comprennent plus ou moins clairement leur mission, mais ces hommes sont rares; ils sont très-avancés dans les degrés de l’initiatitm et doués d’une grande énergie d’action ou de pensée, suivant que leur mission doit s’exercer dans la sphère de l’intelligence ou dans celle de la volonté, quelquefois dans toutes les deux. Jeanne d’Arc comprenait sa mission, et voilà pourquoi sa foi était vive, sa confiance en l’avenir si inébranlable. Quand sa mission fut accomplie, elle déchut de sa puissance.

« Cette faculté, dit Ballanche, de voir ce qui sera dans ce qui est, fut toujours un moyen d'avancement pour tous, car toujours ceux en qui réside cette faculté sont tenus de parler aux autres ; c’est donc une sorte de demi-révélation, que la Providence répartit avec mesure, et qui fait marcher les hommes sans attenter à leur liberté. Toutes les destinées humaines sont analogues entre

t. L'homme de désir, p. 100 et passim. — 2. Ibid., p. 99.

3. Philosophie de l'histoire, t. 11, p. 29, leçon X, traduction de M. l'abbé Léchât.

BALLANCHE

elles. Chaque homme a un but à atteindre. Selon que chacun est plus ou moins élevé (dans le grade de l’initiation), chacun a un but différent. Ce qui est ordonné à chacun, ce n’e3t pas d'atteindre le but qui ne lui apparaît pas, c’est d’atteindre le but qui lui apparaît *. »

Ballanche aurait dû ajouter que quelques-uns atteignent à leur insu un but qui souvent ne leur apparaît pas, ou dont ils n’ont pas prévu toute l’étendue.

« On demande quelquefois: A quoi suis-je bon? Que fais-je dans cette vie? La réponse est facile Vous êtes bon à vous préparer une destinée immorlellc ; vous faites dans la vie ce qu’il faut que vous y fassiez. Vous accomplissez unemission que j’ignore, mais certaine. Vous êtes placés par la Providence à une porte que vous devez garder. Toutes choses sont faites pour chaque homme ; tous les hommes aussi sont faits pour chaque homme, et chaque homme est fait pour tous. Abstenez-vous de faire ce que vous ne savez pas faire, et ne faites que ce qu’il vous a été donné de pouvoir faire; car c’est ainsi que vous contribuerez au bien de tous, et que vous ferez votre propre bien. Ainsi donc, faites des souliers, si vous êtes cordonnier ; faites des livees si Dieu vous a départi le talent d’écrire. Commandez si vous êtes maître, obéissez si vous êtes serviteur. Soyez roi, poète, législateur, ouvrier, laboureur, mais quoi que vous fassiez, obéissez à la loi du devoir, car il y a des devoirs pour tous. Perfectionnez votre être autant que vous le pourrez, puisque plus têt vous arriverez à la perfection qui vous est destinée s. »

Si nous interrogeons les doctrines mystiques unies à toutes les religions, et répandues, de toute antiquité, dans

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