Ihid.y Héjle.rimis diverses, p. 380 et
IULLANCHK.
le monde, nous y trouverons une triste et terrible unanimité sur ces points principaux : la punition d’une première faute, le besoin d’une expiation, le travail imposé à l’homme, la science acquise au prix du malheur; nous y trouverons toujours, dit Ballanche, une funèbre commémo- ' ration de quelque épouvantable catastrophe où le genre humain a péri x. Où serait la raison du développement par les calamités générales et par les souffrances individuelles? En un mot, où serait la raison de l’épreuve sous la forme d’une expiation douloureuse2? L’épreuve de la manifestation actuelle de l’homme sur la terre, depuis qu’il l’habite, cette épreuve s’explique par le dogme un et identique de la faute et de la réhabilitation. La religion du genre humain est donc le christianisme».
Le philosophe de la tradition ne pouvait, à coup sur, méconnaître lé dogme du péché originel.
Mais quelle explication en donne-t-il?
Pourquoi les hommes nés depuis Adam ont-ils été faits solidaires de sa faute?
Comment avons-nous mérité d’étre envoyés dans le monde de la terre dont la loi est le travail et la douleur plutôt que dans un globe plus heureux?
Avons-nous donc déjà vécu ou naissons-nous pour la première fois?
Nous voici en présence du problème de l’origine et du dogme antique de la préexistence. Laissons parler Ballanche.
« Chacun de nous est un être pulingenésique qui ignore sa
J . Puliiiy. soc., Uèjlc.ïiuits diverses, l. 111, p. 32. — 2. Ibid., t. 111, p. *4. — 3. Ibid., p. 75.
UAL LAN CH G.
transformation actuel le, et môme ses transformations précédentes1 . Toutefois, l’homme ne peut se perfectionner qu'en devinant un ordre de choses plus parfait; encore, dans ce cas, ne fait-il que se rappeler, comme disait Platon, un souvenir confus de l’état qui a précédé la déchéance *. Dieu, qui sait toutes choses, qui nous connaît avant et après, qui dispense le malheur et la beauté, l’innocence ou le crime, la difformité et la fortune, Dieu peut choisir les épreuves. Nous ne le pouvons pas 3. La vie que nous menons sur la terre, cette vie, renfermée entre une naissance apparente et une mort également apparente, n’est dans la réalité qu’une portion de notre existence, une manifestation de l'homme dans le temps *. Nos vies antérieures appartiennent à des cycles astronomiques perdus dans l'ample sein des temps antérieurs; il ne nous- est pas donné de les discerner encore s. La manifestation de l’homme sur la terre et dans le temps est donc un châtiment qui lui est infligé, puisque, selon toutes les religions, il doit se purifier dès sa naissance, et que sa vie toute entière est une épreuve ®. »
On voit clairement, par le rapprochement de ces divers textes, que Ballanche incline pour le dogme de la préexistence. Ajoutons que ce dogme a toujours été, avant l’ère chrétienne, la forme qu’a prise le sentiment du péché originel. Philolaiis le pythagoricien, au rapport de Clément d’Alexandrie, enseignait que l’âme, en expiation de certaines fautes, est ensevelie dans le corps comme en un tombeau; et saint Clément ajoute que cette opinion n’était pas particulière à Philolaiis; que les théologiens et les prophètes les plus anciens rendaient le même témoignage7. Platon et
1. Pnling. soc.. Réflexions diverses, 1. MI, p. 354. — 2. Essai sm les Institutions sociales, t. II. p. 2"! 0. — 3. Orphée, t. IV, p. 333. — 4. Ibid., p. 424. — 5. Ibid., p. 432. — <i. Palingi soc., t. III, p. 33. — 7. Saint Clément (l'Alexandrie, Stromales, livre III, p. 433. KMit. des Bénédictine.