Veiididad Zade, Fnrgard, 19. — 2. Mail)., ch. XXV
ZOROASTKK.
« Mais malheur à qui a manqué de dévouement et de courage, à qui s’est laissé vaincre, à qui s’est rendu lâchement à l’ennemi; malheur à lui surtout si, après sa corruption, il n’a pas profité des grâces accordées à la prière , aux sacrements, au repentir, pour Javer ses souillures et reconquérir sa première vertu! Il a perdu son rang. De créature d’Ormuzd, il devient créature d’Ahriman, il tombe après sa mort aux mains de ceux dont il a été l’associé durant sa vie. Comment en effet s’élèverait-il au séjour de la lumière, celui qui n’a aimé que le mal? Les anges ne Je connaissent que pour leur antagoniste, et les démons dont il a reçu la loi et contracté l’habitude l’appellent à eux. La mort, en le rejetant parmi eux, ne fait que sceller l’alliance qu’il a lui-même nouée. Aussi son âme que les attaches du corps ne retiennent plus est-elle enlevée aussitôt par ses invisibles séducteurs et conduite par eux dans leur abominable cité; et de même qu’il se répand une divine allégresse dans le ciel quand une âme y fait son entrée, il éclate un rire féroce parmi les Dews à chaque victime nouvelle qu’ils acquièrent. Il y a dans les Naçkas un trait touchant : c’est la condoléance adressée par les âmes détenues dans cette triste demeure à celle qui arrive ainsi la partager : — « Comment, lui disent-elles, êtes-vous morte darvande (liée avec Ahriman)? Comment êtes-vous venue de ce monde peuplé de troupeaux, d’oiseaux, de poissons, dans ce monde de ténèbres et de souffrance? que vous serez longtemps à désirer d’en sortir! »
« Telle est la conséquence fatale de l’insubordination primitive : guerre dans tout l’univers entre les puissances du bien et les puissances du mal; corruption sur la terre; punition finale des pécheurs dans le séjour des ténèbres. Mais cette conséquence jouit-elle d’une durée indéfinie? Leprin-
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cipe du biendoit-il être tenu â jamais en échec par le principe du mal ? La terre doit-elle être toujours un lieu de tentation, d’jmpureté, de souffrance? Ne doit-il y avoir aucun terme à l’affreux pêle-mêle de séducteurs et de victimes, de suppliciés et de bourreaux, de maudits de tous genres qui compose l’enfer? C’est ici que la théologie mazdéeune, inférieure à la chrétienne à tant d’autres égards, nous parait prendre sur elle une supériorité véritable. Moins logique peut-être, mais aussi plus instinctive, elle s’est ouverte sans réserve à l’inspiration du sentiment de la toute-bonté et de la toute-puissance de Dieu. Aussi n’adinet-elle pas que le mal puisse prévaloir définitivement contre le bien, même dans l’àme de la dernière des créatures. Le partage du monde entre le bien et le mal n’est, dans le dogme de Zoroastre, qu’une collision transitoire. La lutte est destinée à finir par le triomphe des légions célestes et la soumission absolue de celles d’Ahriman.
« A ce jour donc, toute résistance détruite, la volonté de Dieu se fera sur la terre et en enfer comme dans le ciel, ou pour mieux dire l’enfer n’existera plus, la terre régénérée sera confondue avec le ciel et le règne divin réunira la totalité de l’univers. Telle est, selon cette grande prophétie, la fin du monde. Ormuzd a connu dès le commencement cette conclusion heureuse de toutes choses, et il n’a pas craint de laisser la race des hommes se multiplier sur la terre, parce qu’il a vu qu’en dernier résultat, ils étaient tous appelés à s’asseoir dans le ciel pour y goûter la béatitude éternelle. L’antiquité grecque n’avait point ignoré non plus cette ravissante prédiction de la théologie orientaient sans y souscrire, elle s’en était pourtant émue en ce qui concerne la transfiguration de la terre. Théopompe disait que, selon les Mages, Ahriman doft un jour disparaître, et qu’a-
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lors les hommes devenus bienheureux, 'cesseront d’avoir besoin de nourriture et prendront des corps lumineux Ce qui rappelle ce que dit Jésus dans saint Mathieu, que dans le royaume céleste les corps des justes resplendiront comme le soleil. Plutarque, plus explicite, rapporte que, selon les Mages, cette fin d’Ahriman sera causée par les excès même des démons; que la peste et la famine donneront le signal de la régénération, et qu’alors la terre devenant plate et unie, les hommes admis sans exception à la félicité suprême, mèneront tous la même vie, ne feront qu’une même république et parleront tous le même langage2. On retrouve donc là les traits les plus caractéristiques du dogme palingénêsiaque vulgarisé par Jésus en Judée, et jusqu’à la circonstance même du règne de l’Antéchrist. Mais il y a entre les deux dogmes cette différence fondamentale et décisive, que Jésus précipite irrémissiblement une partie du genre humain avec Satan et les démons dans les feux éternels, tandis que Zoroastre nous montre au contraire, au dernier jour, Ahriman avec toutes les puissances rebelles, prosternés devant Ormuzd et célébrant de concert avec les anges le divin sacrifice. « Lorsque la fin du monde sera arrivée, le plus méchant des darvands sera pur, excellent, céleste; oui, il deviendra céleste ce menteur, ce méchant; il deviendra saint, céleste, excellent, ce cruel. Ne respirant que pureté, il fera un long sacrifice de louanges à Ormuzd 3. » Et ailleurs : « Cet injuste, cet impur, qui n’est que dew dans ses pensées, ce roi ténébreux des darvands, quinecompreud que le mal, au dernier jour, il dira l’Avesta; il exécutera la loi; il l’établira dans les demeures des darvands 4. » Selon le Boun-Dehesch, un feu
1. De 7s. et Osir. — 2. Ibid. — 3. Yaçna, hyron. 30. — 4. Ibid., liyiun. 31.
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de métal coulera alors sur la terre, et baptisés dans ce liquide purificateur, tous les êtres souillés redeviendront purs. De là l’idée du déluge de feu qui s’est établie chez les premiers chrétiens et qu’on leur reprochait déjà, dans les premiers siècles, d’avoir dérobée aux gentils. Mais dans la croyance des Mages, le bienfait de ce sacrement devait s’étendre à toutes les créatures, et ramener à la communion universelle jusqu’aux plus dépravés. Aussi le mazdéisnan, loin de maudire simplement dans sa prière la méchanceté des démons et des damnés, implore-t-il pour eux en même temps que pour lui le souverain dispensateur des grâces.
« Protége-moi, rends-moi grand maintenant et pour toujours. Fais attention, ô saint Ormuzd, à celui qui fait mal; que j’aie la pure satisfaction de le voir connaissant la pureté du cœur. Fais-moi celte grâce, Ormuzd ; accorde-moi ce saint avantage, que la parole détruise les démons; que leur chef ne respirant que la pureté du cœur, prononce éternellement ta parole au milieu de tous les darvands convertis x. Cela est beau, cela est digne, cela est charitable; cela mérite d’étre dit par les hommes et entendu par Dieu. C’est l’ainour même pour ce père commun qui cause un irrésistible amour pour tout ce qui a reçu de lui la naissance; et si c’est la plus grande punition de l’enfer , que de ne rien aimer, ce serait le désespoir du ciel que de ne pouvoir tout aimer. Croyons donc hardiment avec les disciples de Zoroastre que la grâce de Dieu est au-dessus de tout ainsi que sa puissance, qu’aucune faute n’en ferme pour toujours la source, et qu’éternelle comme son auteur, quelle que soit jamais l’indignité de l’homme, elle ne lui manquera pas plus dans une autre existence que pendant