‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 133 sur 193 · I . Vnling. sot-., tome 111, p. III · texte numérisé non relu

I . Vnling. sot-., tome 111, p. III

BALbANCHE.

Le mal, contraire à la nature de l’être intelligent;

Donc l’être intelligent rentre dans sa nature primitive, en rentrant dans le bien lorsqu’il s’en est écarté;

Donc l’être intelligent est tenu de se perfectionner; donc le mal, conditionnel et contingent, doit cesser.

Donc le bien, nécessaire et absolu , devant finir par régner1, toutes les substances intellectuelles finiront par être bonnes, car il est dans la nature de la substance intellectuelle d’être bonne; sans cette croyance, il serait trop facile de retomber dans le manichéisme, dans l’erreur déplorable de deux causes premières et rivales 2.

Ges arguments, comme je l’ai dit ailleurs3, sont tout puissants. Ballanche en ajoute un autre qui n’est pas moins formel et irrésistible. Il est impossible, même à Dieu, de constituer pour la créature l’absolu du bonheur ou de la souffrance, et pourquoi? parle motif que j’ai aussi développé4.

L’absolu n’appartient qu’à Dieu , le relatif est de l’homme 5.

Mais comment concilier alors ces solutions avec l’enseignement du Christ, et les prédictions apocalyptiques du jugement dernier?

Ballanche émet à cet égard Une réponse aussi juste que profonde. Après s’étre posé la question, il ajoute : « Celte « conciliation no serait pas difficile, si ces traditions « étaient bien étudiées. N’oublions jamais que l’homme « fait le destin de la terre. Les peintures apocalyptiques « sont donc des menaces et non des prophéties, et les pro-

J. Paling. soc., Réflexions diverses, tome lit, p. 411. — 2. Ibid., p. 187. — 3. Exposé d’un nouveau système, p. 101 ellft2, elle second traité, p. 115 et 127 . — 4. Dieu, l’homme, etc., p. 112, 113 et suiv. — 5. Paling. soc., tome lit, p. 412.

■lii

B.VLLANCH K.

« phéties elles-mêmes ne sont vraies qu’à la condition de « la liberté de l’homme 1. »

Ballanche n'a pas assez insisté sur cette réponse; il n’a pas fait voir par quelle progression avait passé la révélation divine sur la vie future. Pour compléter la pensée de ce philosophe, lisez ce que j’ai écrit dans mes deux précédents traités2. J’y reviendrai d'ailleurs dans la suite de cet ouvrage.

On a dit que Ballanche s’était verbalement rétracté. Cela est impossible. Otez en effet l’idée des vies successives, de la liberté toujours persistante, du dogme de la réhabilitation identique au dogme de la déchéance, de la loi de grâce succédant à la loi de rigueur, et les écrits de Ballanche ne sont plus rien, leur base est par là même détruite.

Ballanche, d’ailleurs, sur la question de la révélation, s’est formellement prononcé pour la théorie du progrès religieux, et ce qu’il dit à ce sujet éclairera suffisamment ce qui précède.

La religion faite pour l’homme dans le temps est sujette à la loi du progrès et de la succession. Elle se manifeste donc aussi successivement. Lorsque Dieu a parlé dans le temps, il a parlé la langue du temps et de l’homme. Les hommes religieux, qui voulurent continuer de nier à Galilée le véritable système du monde, auraient compromis la religion, si elle eût pu être compromise. Ceux qui voudraient continuer de croire aujourd’hui que les jours cosmogoniques de la Genèse sont des jours en analogie avec l’espace de temps qui se mesure d’un soleil à l’autre, ceux-là compromettraient encore la religion. L’humanité a fait des progrès dont il faut tenir compte. La religion a aidé à ces

1. Paling. toc., p. 186. — 2. Exposé d’un nouveau système, p. 46 et suiv. ; Dieu, l’homme, etc., p. 25 et suiv., 174 et suiv.

BALLANCHE. 245

progrès; que les hommes religieux ne les repoussent pas, car alors on serait disposé à croire qu’ils sont étrangers à la religion1 2. Le christianisme est une loi d'affranchissement et d’émancipation. Si l’on veut en faire autre chose, si l’on veut le rendre incompatible avec toutes les idées généreuses, on repousse dans les abîmes de l’incrédulité une génération nouvelle que le doute fatigue, à qui l’incrédulité est en horreur *.

Ce qu’il faut que le genre humain connaisse de la vérité, selon les tempsetles lieux, se révèle toujours selon les temps et les lieux ; la vérité nécessaire au genre humain a toujours été et sera toujours dans le genre humain 3. C’est pourquoi^ de certaines époques, certaines idées mûries àl’insu des hommes, se répandent de toutes parts sur la société 4.

Selon Ballanche, la révélation est essentiellement progressive. Dieu l’accommode aux temps, aux lieux et au développement des intelligences.

La révélation divine n’a-t-elle éclairé que les juifs d’abord , et ensuite les chrétiens , ou bien au contraire s’estelle répandue partout et a-t-elle inspiré les divers fondateurs de religions?

Je transcris ici tout entier un admirable passage que je recommande aux méditations du lecteur.

« Les destinées humaines n’auraient-elles une direction « que chez le peuple hébreu? Le reste des nations aurait-il « été abandonné à l’incertitude de la pensée humaine dé- « pouillée à la fois de toute révélation et de toute tradi- « tion5? Tous les documents de l’histoire, tous les témoi-

1, Paling. soc., tome lit, p. 312.

2. Ibid., Réflexions diverses, tome Ht, p. 400. — 3. Orphée, tomelV,

p. 419. — 4. Essai sur les Institutions sociales, tome II, p. 126.

5. « Il serait téméraire de soutenir, ai-je dil ailleurs, que dans les

BALLANCHE

« gnages des siècles seraient-ils menteurs en ce point? « Ceux à qui fut attribuée l’éminente fonction de civiliser « les hommes, voulez-vous les faire descendre de la sphère « élevée où ils dominent, pour les changer, de votre pro- « pre autorité, en de vils et d’heureux imposteurs? Vou- « lez-vous que votre dédain aille ensuite des jongleurs au « genre humain lui-même, qui toujours se laisserait abu- « ser? Voulez-vous enGn substituer les aveugles contin- « gences du hasard au gouvernement régulier, à la conte duite initiatrice de la Providence? (Cet argument est « irréfutable.) Voulez-vous encore donner un démenti forte mel à la plupart des premiers Pères de l’Eglise, qui n’ont et pas hésité à reconnaître des missions dans la gentilité? et Et surtout n’est-il pas écrit, dans les Actes des Apôtres, et que Dieu ne s’est jamais laissé sans témoignage? N’est-ce « pas en cela que consistent les traditions générales du te genre humain, traduites dans toutes les langues, acclie< matées chez tous les peuples, selon le génie des peuples « et des langues, transformées dans tous les cultes, selon e< les temps et les lieux? N’est-il pas écrit, dans ces mêmes « Actes des Apôtres'; que Moïse s’était instruit dans toute « la science des Égyptiens? Or la science des Égyptiens « entrait donc au moins dans les voies préparatoires pour « nos propres traditions1. »

Aussi Baljanche dit-il ailleurs : « J’entends la foi dans « un sens étendu, planant au-dessus de toutes les religions n pour ne s’appliquer qu’à ce que j’appelle les traditions « générales, la religion universelle du genre humain'2. »

anciens dogmes aucune révélation d’en haut n’était intervenue pour les diriger. La notion d’un Dieu un, éternel, existait même sous les formes grossières du culte, et très-certainement elle était enseignée aux initiés. » {Dieu, l'homme, etc., ch. XIII, p. 1 GS.)

Page 1