De l'humanité, lome 1er, p
PIERRE LEROUX
nous devait tour à tour redevenir enfant et vieillard ; si les affections que Dieu nous inspire devaient se briser à chaque transformation pour ne se renouer jamais; loin de pouvoir justifier la Providence, on ferait avec raison retentir contre elle une accusation de plus. Depuis des milliers d’années que l’homme existe sur la terre, les lois de son corps ne se sont pas modifiées', sa matière ne présente dans l’avenir aucune épuration possible, et le progrès de l’individu no serait autre chose que l’imperceptible progrès de l’humanité à chaque âge... D’ailleurs, s’il est vrai de dire que, pendant son séjour sur la terre, l’ime est liée à l’humanité, qui est une forme de la créature intelligente, pourquoi ne pourrait-elle se transformer dans l’avenir et revêtir une matière plus pure, plus spirituelle, plus éthérée? Dans le système de Pierre Leroux, que devient le dogme de la résurrection de la chair, et la croyance de l’Église sur l’agilité, l’impondérabilité, l'incorruptibilité du corps des bienheureux?... Supposez le progrès le plus complet, le plus indéfini sur cette terre, jamais, en ayant égard aux conditions matérielles du corps humain, on ne conçoit la possibilité pour l’homme d’avoir la pleine et libre possession du vrai, du beau, du bien. L’aberration des sens, les maladies, la démence, sont des faits qui, depuis six mille ans, n’ont pas diminué, loin d’avoir disparu. Le progrès humain a des bornes impuissantes à. satisfaire les désirs d’une créature intelligente, qui tend de plus en plus à dégager l’esprit de la forme, ou du moins à en revêtir une toute brillante de splendeur et d’immortalité, ce que saint Paul, devançant l’avenir, appelait corps spirituel. Non, Pierre Leroux, nos destins ne sont point bornés à cette terre, atome de la création; pour l’àme arrivée aux termes élevés de l’initiation, il n’y aura, à vrai dire, ni