CHAPITRE IX
SPIRITISME
Cette nouvelle doctrine ne date, en France, que de 4853 à 4855, pour l’époque de ses développements matériels, de 4837 pour scs développements spirituels et philosophiques.
Nous n’en parlerons ici, nous l’avons dit dans notre préface, qu’au point de vue purement rationnel, en laissant de côté le problème suivant qui aurait bien son intérêt : Le spiritisme serait-il V avènement spirituel prédit et attendu, ou tout au moins en serait-il la préparation! Nous pourrons reprendre celte question dans un ouvrage spécial.
Pour connaître ce que le spiritisme renferme de sérieux et d’important au point de vue de la raison et de la philosophie, c’est à Allan Kardec qu’il faut s’adresser, car c’est lui qui s’eu est fait le principal représentant. Frappé des phénomènes dont il était témoin, cet ancien professeur vit dans leur manifestation une révélation nouvelle et voulut en étudier les principes par une observation assidue et raisonnée. C’est à la suite de ces études qu’il publia le Livre des esprits, celui des Médiums et plusieurs autres traités.
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Nous allons donc le citer succinctement en ce qui concerne la pluralité des existences de l’âme.
« Ledogmede la réincarnation, disenlcertaines personnes, n'est point nouveau : il est ressuscité de Pythagore. Nous n’avons jamais dit que la doctrine spirite fût d’invention moderne; le spiritisme étant une loi de nature a dû exister dès l’origine des temps, et nous nous sommes toujours efforcé de prouver qu'on en retrouve les traces dans la plus haute antiquité. Pythagore, comme on le sait, n’est pas l’auteur du système de la métempsycose; il l’a puisée chez les philosophes indiens et chez les Égyptiens, où elle existait de temps immémorial. L’idée de la transmigration des âmes était donc une croyance vulgaire, admise par les hommes les plus éminents. Par quelle voie leur est-elle venue? est-ce par révélation ou par intuition? nous ne le savons pas; mais, quoi qu’il en soit, une idée ne traverse pas les âges et n’est pas acceptée par les intelligences d’élite, sans avoir un côté sérieux. , L’antiquité de cette doctrine serait donc plutôt une preuve qu’une objection. Toutefois, comme on le sait également, il y a, entre la métempsycose des anciens et la doctrine moderne de la réincarnation, cette grande différence que les Esprits rejettent de la manière la plus absolue la transmigration de l’homme dans les animaux et réciproquement.
« Les Esprits, en enseignant le dogme de la pluralité des existences corporelles, renouvellent donc une doctrine qui a pris naissance dans les premiers âges du monde, et qui s’est conservée jusqu’à nos jours dans la pensée intime de beaucoup de personnes; seulement ils la présentent sous un point de vue plus rationnel, plus conforme aux lois progressives de la nature et plus en harmonie avec la sagesse du Créateur, en la dépouillant de tous les accessoires de la superstition. Une circonstance digne de remarque, c’est que ce n’est pas dans nos seuls livres qu’ils l’ont enseignée dansccsderniers temps; dès avant leur publication, de nombreuses comnuinicationsdeméme nature ont été obtenues en diverses contrées et se sont considérablement multipliées depuis.
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» Examinons la chose sous un autre point de vue, et abstraction faite de toute intervention des Esprits, mettons ceux-ci de côté pour un instant; supposons que cette théorie ne soit pas un fait , supposons même qu'il n’ait jamais été question d’Esprits, plaçons-nous donc momentanément sur un terrain neutre, admettons au môme degré de probabilité l’une et l’autre hypothèse,
savoir : la pluralité et l’unité des existences corporelles, et voyons de quel côté nous portera la raison et notre propre intérêt.
« Certaines personnes repoussent l’idée de la réincarnation par ce seul motif qu’elle ne leur convient pas, disant qu’elles ont bien assez d’une existence et qu’elles n’en voudraient pas rencontrer une pareille; nous en connaissons que la seule pensée de reparaître sur la terre fait bondir de fureur.
« Nous avons entendu faire ce raisonnement: Dieu, qui est souverainement bon, ne peut imposer à l’homme de recommencer une série de misères et de tribulations. Trouverait-on, par hasard, qu’il y a plus de bonté à condamner l’homme à une souffrance perpétuelle pour quelques moments d’erreur , plutôt* qu’à lui donner les moyens de réparer ses fautes? La pensée que notre sort est à jamais fixé par quelques années d’épreuve, alors même qu’il n’a pas toujours dépendu de nous d’atteindre à la perfection sur la terre, a quelque chose de navrant, tandis que l’idée contraire est éminemment consolante : elle nous laisse l’espérance. Ainsi, sans nous prononcer pour ou contre la pluralité des existences, sans admettre une hypothèse plutôt que l’autre, nous disons que, si nous avions le choix, il n’est personne qui préférât un jugement saus appel.
« S’il n’y a pas de réincarnation, il n’y a qu’une existence corporelle,cela est évident ; si notre existence corporelle actuelle est la seule, l’âme de chaque homme est créée à sa naissance. En admettant, selon la croyance vulgaire, que l’âme prend naissance avec le corps, ou, ce qui revient au même, qu’antérieurement à son incarnation elle n’a que des facultés négatives, nous posons les questions suivantes :
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« 1° Pourquoi l’ùme montre-t-clle des aptitudes si diverses et indépendantes des idées acquises par l’éducation ?
« 2° D’où vient l’aptitude extra-normale de certains enfants en bas âge pour tel art ou telle science, tandis que d’autres restent inférieurs ou médiocres toute leur vie ?
« 3° D’où viennent, chez les uns, les idées innées ou intuitives qui n’existent pas chez d’autres?
« 4° D’où viennent, chez certains enfants, ces instincts précoces de vices ou de vertus, ces sentiments innés de dignité on de bassesse qui contrastent avec le milieu dans lequel ils sont nés?
« 5° Pourquoi certains hommes, abstraction faite de l’éducation, sont-ils plus avancés les uns que les autres?
« 6° Pourquoi y a-t-il des sauvages et des hommes civilisés? • Si vous prenez un enfant hottentot à la mamelle, et si vous l’élevez dans nos lycées les plus renommés, en ferez-vous jamais un Laplace ou un Newton?
« Nous demandons quelle est la philosophie ou la théosophie qui peut résoudre ces problèmes? Ou les âmes à leur naissance sont égales, ou elles sont inégales, cela n’est pas douteux. Si elles sont égales, pourquoi ces aptitudes si diverses? Dira-t-on que cela dépend de l’organisme? Mais alors c’est la doctrine la plus monstrueuse et la plus immorale. L’homme n’est plus qu’une machine, le jouet de la matière, il n’a plus la responsabilité de ses actes; il peut tout rejeter sur ses imperfections physiques.
Si elles sont inégales, c’est que Dieu lésa créées ainsi; mais alors pourquoi? Cette partialité est-elle conforme à la justice et à l’égal amour qu’il porte à toutes ses créatures?
« Admettons, au contraire, une succession d’existences antérieures progressives, et tout est expliqué. Les hommes apportent en naissant l’intuition de ce qu’ils ont acquis; ils sont plus ou moins avancés, selon le nombre d’existences qu’ils ont parcourues. Dieu, dans sa justice, n’a pu créer des âmes plus ou moins parfaites; mais, avec la pluralité des existences, l’inégalité que nous voyons n’a plus rien de contraire à l’équité la plus ri-
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gourcuse; c’est que nous ne voyons que le présent et non . le passé. Ce raisonnement repose-t-il sur un système,. une supposition gratuite ? Non ; nous partons d’un fait patent , incontestable, l’inégalité des aptitudes et du développement intellectuel et moral, et nous trouvons ce fait inexplicable par toutes les théories qui ont cours ; tandis que l’explication en est simple, naturelle, logique, par une autre théorie. Est-il rationnel de préférer celle qui n’explique pas à celle qui explique !
« A l’égard de la sixième question, on dira sans doute que le Hottentot est d'une race inférieure : alors nous demanderons si le Hottentot est un homme ou non. Si c’est un homme, pourquoi Dieu l’a-t-il, lui et sa race, déshérité des privilèges accordés à la race eaucasique? Si ce n'est pas un homme, pourquoi cherchera le faire chrétien? La doctrine spirite est plus large que tout cela; pour elle, il n’y a pas plusieurs espèces d’hommes, il n’v a que des hommes dont l’esprit est plus ou moins arriéré, mais susceptible de progresser : cela n’est-il pas plus conforme à la justice de Dieu?
« Nous venons de voir l'àme dans son passé et dans son présent ; si nous la considérons dans son avenir, nous trouvons les mômes difficultés. ,
« i° Si notre existence actuelle doit seule décider de notre sort à venir, quelle est, dans la vie future, la position respective du sauvage et de l'homme civilisé? Sont-ils au même niveau, ou sont-ils distancés dans la somme du bonheur éternel?
« 2° L’homme qui a travaillé toute sa vie à s’améliorer est-il au môme rang que celui qui est resté inférieur, non par sa faute, mais parce qu’il n’a eu ni le temps, ni la possibilité de s’améliorer?
« 3° L’homme qui fait mal, parce qu’il n’a pu s’éclairer, est-il passible d’un état de choses qui n’a pas dépendu de lui ?
« 4° On travaille à éclairer les hommes, à les moraliser, à les civiliser; mais pour un que l’on éclaire, il y en a des millions qui meurent chaque jour avant que la lumière soit parvenue jusqu'à eux; quel est le sort de ceux-ci? Sont-ils traités comme desjrc-
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prouvés? Dans le cas contraire, qu’ont-ils fait pour mériter d’étre sur le môme rang que les autres ?
« 5° Quel est le sort des enfants qui meurent en bas âge avant d’avoir pu faire ni bien ni mal ? S’ils sont parmi les élus, pourquoi cette faveur sans avoir rien fait pour la mériter? Par quel privilège sont-ils affranchis des tribulations de la vie?
« Y a-t-il une doctrine qui puisse résoudre ces questions? admettez des existences consécutives, et tout est expliqué conformément à la justice de Dieu. Ce que l’on n’a pu faire dans une existence, on le fait dans une autre; c'est ainsi que personne n’échappe à la loi du progrès, que chacun sera récompensé selon son mérite réel, et que nul n’est exclu de la félicité suprême à laquelle il peut prétendre, quelsque soient les obstacles qu’il ait rencontrés sur sa route.
* Reconnaissons donc, en résumé, que la doctrine de la pluralité des existences explique seule ce qui, sans elle, est inexplicable ; quelle est éminemment consolante et conforme à la justice la plus rigoureuse, et qu’elle est pour l’homme l’ancre de salut que Dieu lui a donnée dans sa miséricorde. »
On remarque dans ces paroles un raisonnement fort et serré bien propre au soutien de la thèse; c’était à coup sûr le meilleur moyen de la présenter au public, qui, généralement, hime assez qu’on raisonne pour lui, et qu’on lui présente les questions sous tous les revers comme sous les faces séduisantes, afin de ne se voir contraint à aucun travail.
Après cet écrivain en renom du spiritisme moderne, il ne nous restera plus qu’à glaner. On a vu les dernières discussions par lesquelles Allan Kardec établit que le sort des enfants morts en bas âge ne peut s’expliquer que par l’hypothèse des réincarnations. La question mérite qu’on s’y arrête, la doctrine de saint Augustin et de l’Eglise catholique, développée dans le livre d’Allan Kardec étant »
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insuffisante, nous citerons un autre écrivain du spiritisme, Cliapelot. Voici ce qu’il dit en parlant de Dieu :
« Sans la pluralité des -ries, Dieu serait-il juste? — Non; car il accorderait le bonheur éternel à une âme dont un séjour de deux heures seulement sur la terre n’aurait pu lui permettre de faire ni bien ni mal. Vous dites que Dieu a ses secrets; mais aussi vous admettez bien qu’il est logique? Et il ne le serait pas; car, pour jouir du bonheur éternel, il faut l'avoir mérité, et pour être puni des flammes éternelles de l’enfer, il faut également avoir mérité cette punition.
« Dieu créa les âmes; puis il donna à chacune une enveloppe mortelle, qui est le corps, et leur dit ; Maintenant, allez ! et retenez bien ceci : Celles d’entre vous qui enfreindront mes lois seront punies, et celles qui s’y conformeront seront récompensées. — C’est bien ainsi que vous l’entendez , n’est-ce pas ? Et c'est bien ainsi que les spirites le comprennent. Mais ce qu’ils n’avaient pu comprendre avant le spiritisme, c’est la création d’une âme pour une existence de dix minutes, par exemple. Pourquoi ce court passage sur la terre? Si cette âme était destinée d’avance à jouir du bonheur éternel, on chercherait en vain l’utilité de son infiniment courte apparition sur la terre. La doctrine de la réincarnation, ou pluralité des existences, explique cela; mais, si on ne l’admet pas, on se demande alors quel était le but du Créateur. Et c’est là justement où venaient se briser la raison et se confondre les idées. Nous ne trouvions rien pour justifier Dieu. Or, comme nous ne pouvions suspecter Dieu d’injustice, nous avions trouvé le mot mystère, et dans ce mot nous enfouissions tout ce que nous ne comprenions pas, comme dans les administrations on enfouit dans des dossiers appelés Divers tout ce qu'on ne peut classer raisonnablement ailleurs. Je demande pardon à mes lecteurs de cette comparaison matérielle, mais !
« Ensuite, serait-il bon? — Non; car il infligerait à ses créatures des peines éternelles pour des fautes commises dans leur exis-
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tence terrestre, et par cela seul que ces i'uutes n'auraient pas été confessées avant le passage de la vie corporelle à la vie spirituelle. Non, encore; car un homme qui se serait souillé de tous les vices, s’il se repentait avant de mourir, serait sauvé de l’enfer; taudis qu’un autre qui aurait été bon, charitable envers tout le monde, en aimant Dieu par-dessus tout, mais aurait pratiqué uue autre religion que la religion catholique, serait perdu sans retour, par cela seul qu’il aurait été hors l’Église ; car :
« Hors l’Église, point de salut ! » Croyez- vous qu’il ne soit pas plus logique et surtout plus conforme à la bonté et à la justice de Dieu d’admettre que, au lieu de punir éternellement une âme d’une faute qu’elle aura commise dans son existence terrestre, le voile des ténèbres qui lui couvrait les yeux se déchirera têt ou tard, et qu’alors la vérité lui apparaissant avec son cortège de vives lumières, elle demandera la faveur d’une incarnation nouvelle, avec le désir de mieux se conduire dans cette nouvelle existence, afin de faire un pas vers Dieu ? N’est-il pas terrible de penser que, mort en péché mortel , il n’v ait plus moyen de se tirer de là ?
« Comment ! j’étais sur la terre un malheureux sans instruction; élevé par des parents qui riaient quand on leur parlait de Dieu ; qui me disaient qu’il n’y avait que les sots qui croyaient en Dieu, et qui m’auraient peut-être maltraité si j’eusse dit le contraire; qui m’empêchaient de sortir, dans la crainte que d'autres ne me fissent croire à ce qu’ils appelaient des niaiseries, des sottises, des absurdités; qui ne m’avaient point envoyé à l’école pour avoir la certitude que je ne lirais rien qui put me faire croire en Dieu; qui, en un mot, avaient fait de moi pis qu'un animal; n’est-il pas terrible de penser, disais-je, qu’à cause de tout cela je serai puni éternellement? Peut-être qu’en présence de toutes ces considérations vous m’accorderez la faveur des circonstances atténuantes, et que vous me ferez la grâce d’une place au purgatoire. Mais le purgatoire est bien éloigné du bonheur !...
« lit pour arriver au bonheur éternel, qu’est-ce qu'il faut que
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je fasse? — Exigera-t-on de moi un repentir ? Mais quel repentir puis-je avoir, puisque je n’ai commis aucune faute par le fait de ma volonté? Ce n’est pas un repentir que je pourrai avoir, mais bien un immense regret d’èfre tombé entre les mains de parents qui auraient seuls causé mon malheur'.
« J’avais un frère qui, s'il fût resté aussi longtemps que moi sur la terre, aurait subi inévitablement le même sort; mais il eut le bonheur insigne de mourir deux heures après sa naissance, et après avoir reçu le baptême. — Ce frère, je le vois en paradis, jouissant des félicités éternelles; tandis que moi, je suis, non pas en enfer, mais bien dans un lieu transitoire, qui est à l’enfer ce qu’une maison de correction est à une prison. Si Dieu, je le répète, ne m’accorde pas la faveur d’une nouvelle existence, comment sortirai-je de là? Eh bien, messieurs, vous qui critiquez le spiritisme et accueillez de railleries les partisans de la doctrine de la réincarnation, lâchez donc de répondre à ces questions d’une manière conforme à la justice et à la bonté de Dieu!... En admettant la pluralité des existences, oui; en la rejetant, jamais !...
Ce sont là de vrais et bons arguments, en ne les considérant, comme nous nous en sommes fait une loi, qu’au point de vue purement philosophique et rationnel. Nous allons résumer, d’après un autre auteur, les motifs qui plaident, selon lui, pour la pluralité des existences s.
« Il y a dans la doctrine de la réincarnation une économie morale qui n’échappera pas à l’intelligence humaine.
« Il est évident qu’une vie ne suffit pas à l’accomplissement des desseins de Dieu, lorsque, conformément à ses lois, un esprit s’est incarné.
1. Le spiritisme dit : Les parents seront punis, et l’Esprit dont ils ont eu si peu de soin recommencera une autre existence. Pour plus de développements, voyez le Livre des Esprits.
1. Le docteur Grand, Lettre d'un catholique shi le spiritiiipe.
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« La corporéité manifestant bien mieux les actes de vertu, et ces actes étant nécessaires à l’amélioration de l’esprit, celui-ci doit rarement trouver dans une seule existence corporelle toutes les circonstances nécessaires à sou élévation au-dessus de l’humanité.
« Étant admis que la justice de Dieu ne peut s’allier avec des peines éternelles, et l’expiation devant être proportionnelle aux manquements, la raison doit conclure à la nécessité :
« 1° D’une période de temps, pendant laquelle lame exa mine ses pensées, forme ses résolutions pour l’avenir;
« 2° d'une existence nouvelle eu harmonie avec l’avancement actuel de cette âme.
» Je ne parle pas des supplices quelquefois terribles infligés à certains esprits après leur mort.
« Ils répondent, d’une part, à l’énormité de la faute, d’autre part à la justice de Dieu.
« Quant à de nouvelles épreuves, on comprend leur nécessité par une comparaison vulgaire, mais saisissante de vérité.
« Après une année d’étude, qu’arrive-t-il au jeune collégien? s’il a progressé, s’il u été laborieux , s’il a profité du temps, il passe dans une classe supérieure; s’il est resté immobile dans son ignorance, il redouble sa classe. Supposons des fautes graves, il est ignominieusement expulsé. 11 peut errer de collège en collège, être déclaré indigne d’appartenir à l’Université, et passer de la maison d’éducation dans îa maison de correction.
* Telle est l’image fidèle du sort des esprits.
« Toute existence mal remplie exige une nouvelle existence, et rien ne satisfait plus complètement la raison; si l’on veut creuser plus profondément la doctrine, on verra combien, en présence de ces idées, la justice de Dieu parait plus parfaite et plus conforme aux grandes vérités qui dominent notre intelligence dans l’ensemble comme dans les détails. Il y a quelque chose de si clair et de si saisissant, qu’au premier aspect l’esprit en est comme illuminé.
« Et les reproches murmurés contre la Providence, et les
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malédictions conlre la douleur, et le scandale du vice heureux en lace de la vertu qui souffre, et la mort prématurée de Feulant, et, dans une môme famille, les plus ravissantes qualités donnant, pour ainsi dire, la main à une perversité précoce, et l’idiotisme, et les infirmités qui datent du berceau, et les diversités infinies des conditions humaines , soit chez les individus, soit chez les peuples; problèmes irrésolus jusqu’à ce jour, énigmes qui ont l'ait douter non-seulement de la bonté, mais presque de l’existence de Dieu; tout cela 6’éclaire à la fois, un pur rayon de lumière s’étend sur l’horizon de la philosophie nouvelle, et dans ce cadre immense se groupent harmonieusement toutes les conditions de l’existencp humaine. Les difficultés s’aplanissent, les problèmes se résolvent, et des mystères impénétrables s’éclaircissent par ce seul mot : réincarnation.
u Je lis dans ton cœur, cher chrétien : Voici pour le coup une véritable hérésie !..
« Pas plus, ô mon fils ! que la négation de l’éternité des peines; aucun dogme pratique u’est en opposition formelle avec cette doctrine.
« Qn’est-ce que la vie humaine? Le temps que l’esprit reste uni à un corps. Le christianisme, un jour marqué par Dieu , enseignera que la vie de l’homme est multiple. Gela n’ajoute ni ne change rien à vos devoirs. La morale chrétienne reste debout; les préceptes sont les mômes, le souvenir de la mission de Jésus plane toujours sur l’humanité.
« La religion n’a rien à redouter de cet enseignement, et le jour n’est pas loin où ses ministres, ouvrant les yeux à la lumière, reconnaîtront dans la doctrine nouvelle les secours que, du fond de leurs basiliques , ils demandent au ciel. Ils croient que la société va périr; elle va être sauvée.
« Les catholiques peuvent faire une remarque. C’est que la doctrine de la réincarnation explique très-rationnellement certains dogmes demeurés jusqu’à ce jour à l’état de mystère. Tel est, par exemple, celui du péché originel. Quels efforts d'imaginatiou, quels sophismes laborieux pour le mettre d'accord avec
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!n bonté et la justice de Dieu ! Eh quoi ! l'humanité -tout entière condamnée et maudite pour la faute d’un seul homme! Certes, ce dogme est gênant pour la théologie ; il ne l’est pas pour le spiritisme.
« Au moment désigné par les décrets de Dieu, des Esprits lurent envoyés sur cette terre, et furent soumis à une loi. S'ils eussent obéi, ce monde eut été le séjour du bonheur, car les hommes ne peuvent être heureux qu’en pratiquant la loi de Dieu; ils désobéirent, ils méconnurent cette loi; au lieu de servir Dieu, iis ne servirent que leurs passions ; ils se plongèrent dans la vie hiatérielle, et subirent les conséquences de la violation de la loi. La terre devint ainsi le séjour d’Esprits inférieurs, soumis, par conséquent, à de rudes épreuves qui sont à la fois des expiations pour le passé et un moyen d’avancement pour l'avenir; d’où l’on peut conclure que nul n’a le droit d’accuser la justice de Dieu. Condamnés à souffrir, nous expions des fautes commises par nous en des existences antérieures, et non la faute commise par Adam. Nous sommes ainsi responsables de nos propres actions et non de celles des autres, selon un principe d’éternelle justice, la seule que personne ne puisse méconnaître. Nous apportons en naissant le germe de nos propres vices, de ceux auxquels nous nous sommes livrés dans une autre existence ; voilà le péché originel. De cette manière on le comprend, il est logique, rationnel. Quand l’Église l’enseignera de celte manière, elle fermera la bouche à ceux qui en glosent.
« Et l’immaculée conception? Ce dogme qui a été l’objet de tant de railleries et qui a divisé le clergé, pour l’expliquer est-il besoin d’avoir recours à tant de raisonnements qui aboutissent à cette conclusion. C’est un mystère qu’il faut croire, mais que l’on ne peut comprendre? Nullement; il n’y avait qu’une seule chose à dire : Dieu a voulu que le Christ, la pureté même, naquit d'un être pur ; il a choisi Mdrie qui n’apportait pas en cette vie les souillures d’.une autre existence ; c’est-à-dire qu’elle n’était pas entachée du péché originel, non parce que Dieu l’avait faite par exception irresponsable de la faute d’Adam, mais parce que sa
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vie précédente avait été sanctifiée par la vert». Expliqué ainsi, ce dogme eût été compris par tout le monde, et personne n'eùt osé le tourner en ridicule. »
Nous donnons notre adhésion entière à ces explications, parce qu’elles sont à la fois conformes à la raison de l’homme comme à toutes les traditions religieuses, et nous applaudissons de cœur à toutes les tentatives modernes qui ont pour but de prouver ce giand fait des destinées psychiques, la pluralité des existences.
On trouve dans l’école spirite les principaux points qui constituent celte grande vérité : la préexistence pour le passé, un corps spirituel pour maintenir l’identité et le souvenir dans l’intervalle des vies, enfin la nécessité de nouvelles épreuves pour l’avancement ou le redressement des ftmes, à la suite desquelles on aura par le périsprit virtuel une parfaite et entière mémoire de toutes les vies qui ont été successivement parcourues.