Nouveaux fragments philosophiques
PRÉEXISTENCE
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« de peau', » Le dogme du péché originel peut, à mon avis, avoir un très-raisonnable sens. Dans l'hypothèse de la préexistence, infiniment probable pour tous les esprits qui ne bornent pas leur vue au présent, il est vrai de dire que chaque enfant qui vient sur la terre apporte une faute originelle, qui lui fait mériter ce séjour. N'y a-t-il pas, en effet, une singulière étroitesse de vue à croire que nous, qui vivons en 1847, nous sommes venus précisément à ce point des temps, tombés des nues tout à coup avec dey facultés, des penchants dont quelques-uns sont innés, sans antécédents et sans enchaînement, et cependant nous nous seutons immortels. Mais quelle inconséquence de nier le passé en affirmant l’avenir!... Sans doute nous avons commencé, puisque nous ne sommes pas Dieu , puisque nous ne sommes pas des parties de Dieu; mais combien n’y a-t-il pas à parier que nous n’en sommes pas à notre première existence? Il faudrait donc, à chaque naissance, qu’il y eût création d’une âme nouvelle , tandis que j’ai expliqué que, par une loi harmonique, l’âme va dans le monde qu’elle a gagné revêtir le corps qui correspond à son état *. Remarquons qu’après la vie terrestre , si nous avons démérité, ou si nous n’avons fait que peu de progrès, nous irons dans des mondes inférieurs et les liens matériels comprimeront encore le souvenir , et que là aussi nous serons dupes de la même illusion, croyant vivre pour la première fois.
Le souvenir n’existe que dans les mondes supérieurs, où les chaînes matérielles sont de plus en plus légères; si bien que sans les traditions sur le péché originel et sur la dégradation de notre nature, dont la révélation est divine, nous n’aurions eu que très-difficilement une idée de la préexistence. Au temps du Christ, il n’était pas encore utile que la société humaine comprit la grande vérité, que l’avenir ne discutera même pas , s’étonnant de l’avoir possédée si tard, à savoir que l'humanité n’est qu’une peuplade de l’univers. Nous avons longtemps été et nous sommes
1 . Introduction ù la tliéolotjic de l'histoire, par Charles Stofels, p. 29.
2, Exposé d’un nouveau système, etc,, p. 137.
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370 RÉINCARNATIONS.
encore de misérables sauvages confinés dans une lie inconnue; nous ne serons vraiment grands que lorsque nous nous serons reliés aux sociétés les plus avancées du ciel; que lorsque nous Berons dignes d’entrer, dans la magnifique unité de la création. Le temps approche, puisque les hommes commencent à avoir une idée confuse de l’enchaînement des mondes. Quand le progrès sur ce point sera sérieux et que l’humanité aura marché, il n’est pas impossible de supposer que certains hommes auront une conscience certaine, quoique obscure, de leurs vies antérieures. Dans les moments où l’esprit se dégage le plus possible des entraves de la chair et vole Yers l’infini sur les ailes de la pensée, il m’est arrivé d’avoir comme un souvenir vague de pays, d’étres, de choses dont rien ici-bas n'approche. Oh ! si cela n'est pas une illusion, mon Dieu, soutenez ma faiblesse; que je remonte vers le pur foyer de votre amour; ici , je suis trop loin de vous, tout me pèse et me glace ; si vous m’abandonniez, dans quel abîme ne tomberais-je pas! Pitié, Seigneur, j’espère encore, car je vous aime, et j’aime mes frères, que je voudrais entraîner vers vous avec moi >.
« Nous avons prouvé la préexistence par l’inégalité des intelligences et de la moralité des individus d’ici-bas. En admettant même la réalité des observations phrénologiques en général, tout s’expliquerait par ce principe qui peut être établi : l’âme fait son corps au moyen de sa force plastique. C’est ce que les Latins exprimaient énergiquement par ces mots : Corpus cordis opus.
« La préexistence prouvée, la doctrine des réincarnations en ressort tout entière; en effet, le passé entraîne l’avenir, et si nous sommes venus ici-bas pour nous perfectionner, et après de plus ou moins longues vies antérieures, comme le perfectionnement n’est pas complet pour la plupart des hommes, comme au point de départ ils ont encore des vices et des imperfections, il n’y aurait aucun motif rationnel pour vouloir faire de notre misérable planète un séjour d’épreuves définitives; ceux qui l’ont