EXPOSÉ DES PRINCIPES
tel degré ? Les âmes n’étaient qu’à l’état de pure essence non manifestée. Ne fallait-il pas d’ailleurs tenir compte de la liberté qui constituait la personne de chaque entité? Quelle que fût la place de la créature, elle pouvait en déchoir; ne valait-il pas mieux respecter son libre arbitre, et la laisser se faire elle-même sa qualité et son rang? Dieu seul, être éternel et absolu, tenait tout de lui-méme. La créature, être relatif et fini , tiendrait tout de son mérite et du choix de sa volonté.
« L’infini ne pouvait se reproduire sans s’anéantir. 11 ne pouvait communiquer sans la détruire sa suprême perfection. De là nécessité de limites et d'imperfection pour les créatures. L'imperfection, combinée avec la liberté, a été la cause du mal moral, c’est-à-dire de la désobéissance à la loi divine. Le mal peut être défini, la privation du bien d’autant plus profonde et plus grave que la créature s'éloigne plus de son Dieu, source unique de tout bien.
« Dieu est immuable, parce qu’il est tout parfait; parce que rien ne peut être ôté ou ajouté à son être. Qui dit un temps, ou moment, dit quelque chose qui tout à l’heure n’était pas, et qui bientôt ne sera plus. 11 n’y a point de moments en Dieu, parce que l’idée de changement est incompatible avec l’absolue perfection. Pour la créature, au contraire, qui est essentiellement imparfaite et bornée, un instant peut lui donner ce qu’elle n’avait pas, lui enlever ce qu’elle avait. Progrès ou déchéance, voilà les perpétuels possibles de la créature. Elle ne peut se fixer nulle part sans identifier par là même ses moments, sans devenir Dieu, sans rentrer dans l’absolu. La mobilité pour elle est aussi nécessaire que l’immanence pour Dieu. L’immobilité pour elle c’est l’anéantissement.
« Dieu a créé les diverses entités pour leur bonheur, pour les rapprocher de lui. Il ne les abandonne pas seules à leur dangereuse liberté; il les attire sans cesse à lui. A chaque besoin des créatures, Dieu répond par un nouveau secours. Ici , l’absolu est modifié, l’immuable se mobilise sans rien perdre de son éternelle immanence. C’est par sa faculté médiatrice que Dieu intervient