FAUSSE BÉATITUDE. 3-S
que nous pénétrions tous les secrets de son être, qu’il n’ait pas plus de mystères à nos yeux qu'aux siens, cela est impossible.
« Comment saisirions-nous l’immanence, l’éternité, l’immensité, nous qui sommes mobiles, finis, bornés? Le temps peut-il contenir l'éternité? l’espace peut-il contenir l’immensité? le changement peut-il contenir l’immanence? De même, qu’est-ce que la liberté, si elle est nécessitée au bien? La personne disparaît. Dieu seul reste, il absorbe tout en lui. Alors à quoi bon la création et la distinction réelle des êtres?
« La même erreur a été suivie par quelques-uns en ce qui touche le châtiment.
« Supposer que la créature éprouvera un supplice éternellement durable, avec la même intensité, c’est encore rêver l’absolu pour elle. Or, est-il besoin de redire encore que nous ne pouvons fixer aucun temps, bon ou mauvais, et qu’il n'est pas un seul de nos moments identique à l'autre. L’erreur ici est bien plus grave que dans la supposition de la béatitude. Elle a son point de départ dans le panthéisme, et vient aboutir au dualisme. Voici comment : Si, à un certain temps, un royaume du mal se trouve définitivement constitué aussi immuable, aussi éternel que le royaume du bien, le mal n’est plus seulement négatif et transitoire, il a une existence absolue; et, s’il en est ainsi, il doit avoir un principe, car il faut, pour toute réalité, remonter à un premier auteur. Qui ne voit que c’est la plus épouvantable hérésie, bien plus dangereuse que celle de Manès, puisque la théologie de Zoroastre, et, d’après elle, la secte manichéenne, enseignaient le triomphe définitif du bien. Supposer aussi , comme on l’a fait, que les damnés seront privés de liberté, n’est-ce pas détruire la personnalité, en anéantissant l’attribut distinctif de la créature?
« Le dogme des peines éternelles, entendu eu ce sens que des souffrances, toujours identiques, toujours persistantes, seront infligées aux condamnés, que leur liberté n’aura plus d’exercice et ne sera plus méritante, est repoussé à la fois par toutes les facultés, par toutes les puissances de l’homme.