SOLUTION DE LA QUESTION DU MAL
tard, doivent être heureuses. Parmi tous les possibles, il a choisi et n’a appelé à l’existence que ceux pour qui l’existence vaudrait mieux que le néant. Par là tombent toutes les objections dirigées contre la Providence sur la question du mal ; par là se réfutent également Épicure et Bayle; par là se réfute aussi Manès. Le mal est passager et transitoire ; il doit disparaître un jour. Le bien seul doit régner. Le mal n’a aucune existence positive, car il n’a pas un premier auteur. C’est la liberté seule des créatures qui l'a produit. Et, d’un autre côté, Dieu a doué les êtres intelligents de liberté pour qu’ils fussent des personnes, pour qu’ils pussent mériter leur bonheur.
« L’essentiel est que le mal n’ait qu’un caractère négatif, et qu'il doive s’évanouir; car, si nous concevons le monde comme, une série de vies successives pour chaque créature, nous comprenons très-bien comment Dieu, pour qui il n’y a ni temps ni espace, et qui voit le but final de toute chose, permet le mal et la souffrance comme des phases nécessaires par où les créatures doivent passer pour arriver à un état de bonheur.
« Il n’y a pas un seul damné, dans le sens propre du mot; s’il yen avait un seul, il faudrait dire que Dieu est criminel envers lui, car il n’aurait pas dù le créer.
« Voilà donc où nous serions conduits, ê Dieu d’amour 1 Comment avez-vous pu souffrir que des hommes abusassent de votre nom, outrageassent à ce point votre divine majesté,. qu’ils don nassent de vous des idées si peu conformes à votre être inénar rable? J'adore, sans la comprendre, votre souveraine volonté Vous avez commandé à votre serviteur; il a obéi. Vous lui ave dit: Lève-toi, écrase le mensonge en faisant briller la vériti et il s’est levé, et il a crié aux théologiens du passé : Imposteu aveugles, retirez-vous! vous insultez mon Seigneur et mon Die vous voudriez nous le faire haïr. Ah! Seigneur, si mon tal( répondait à l’ardeur de ma foi et à l’éblouissement que vo amour a produit en mon cœur, je voudrais briser si bien piôc pièce ces systèmes menteurs, qu’ils rentrassent dans le né d’où ils n’auraient jamais dù sortir. Dieu, c’est le bien ; e
DONTÉ DE DIEU.
mal, œuvre des créatures, disparaîtra à jamais, puisqu’il n’a qu’une existence précaire et transitoire. Ah! je me fie à votre sagesse éternelle : si vous avez laissé le mal pénétrer dans votre œuvre par la liberté, c’est que vous voyez à la fois le passé, le présent et l’avenir de toutes les créatures, et que la perfection de la fin suffit pour justifier à vos yeux les états intermédiaires par lesquels elles ont dû passer. J’ai foi en vous et j’espêre.
« Il n’y a pas lieu, dans notre théologie, d’agiter les questions ordinaires de la prédestination et de la réprobation. La prédestination est le décret éternel que Dieu a fait de sauver quelquesuns et de les rendre éternellement heureux. Cette prédestination est absolument gratuite; il n'y a rien en l'homme qui la prévienne ; elle ne dépend d’aucun mérite de l’homme, puisque, au contraire, tous les mérites de l’homme ne sont que des effets de la prédestination. Il en résulte que Dieu aurait pu prédestiner tous les hommes. Cependant, et comme contre-partie de la prédestination, la théologie admet la réprobation, c’est-à-dire Je décret éternel que Dieu a fait de damner quelques-uns et de les priver du souverain bonheur. Saint Thomas a poussé l’aveuglement jusqu’à soutenir qu'il n’y a dans le réprouvé aucun mérite de sa réprobation. Il est juste de dire que plusieurs théologiens, parmi lesquels il faut compter saint Augustin , saint Prosper et saint Fulgence, se sont élevés contre celte atroce et inexorable opinion. Toujours est-il que, même en supposant qne les réprouvés méritassent leur sort. Dieu ne devait pas les créer. Parmi tous les possibles, Dieu, qui voyait et savait tout, devait choisir ceux qui, plus tôt ou plus tard, arriveraient au bonheur par leur liberté aidée de sa grâce, et ne point tirer du néant tous ceux qui, par un péché perpétuel, devaient mériter des peines éternelles. Nous avons vu déjà que cette objection est insoluble1.
« En vérité, Dieu, tel que plusieurs théologiens nous le dépeignent, serait le plus cruel de tous les êtres. J’admire, dans le plus profond étonnement, comment l'àme si pleine de mansué-
1. Exposé d'un nouveau système, Origine du mal, n° 15, p. 85.