VIRGILE
Sciliccl immemorcs sapera ut convexa révisant Rursùs et inci piant in corpora velle reverli *.
En supposant que cette expression, supera convexa , ne puisse s’appliquer qu’à la terre, dans la pensée du poëte, il résulte bien de ce passage que les âmes, après mille ans, revenaient sur notre globe; mais Virgile n’étend pas indéfiniment cette destinée, il ne dit pas qu’après une nouvelle vie terrestre et mille ans de séjour dans le Tartare, Pâme, une troisième, quatrième... centième fois, reviendra encore habiter la terre; il parle ici toujours d’une destinée transitoire et non de la destinée arrivée à son terme le plus élevé; c’est dans un autre passage où il explique la fin de toutes les créatures qu’il faut chercher sa véritable pensée.
Deum namque ire per omues
Terrasque tractusque maris, cœlumque profundum.
Hinc pecudes, armenta, viros, genus omne ferarum, Qiiemquc sibi tenues nascentem arcesserc vitas,
Scilicet hinc rcddi deinde, ac resoluta referri Omnia; nec morti esse locum, sed viva volare Sidcris in numerum atque alto succedere cœlo *.
(Georgiques, lib. iv, v. 221.
On voit par ce passage que, comme dernier terme de la destinée, Virgile assigne à l’homme le séjour des astres
1 . Toutes ces âmes, lorsque pendant mille ans elles ont tourné la roue de cette existence (dans l’Élysée ou le Tartare), Dieu les appelle en nombreux essaims au fleuve Léthé, afin que privées de souvenirs elles revoient les lieux supérieurs et convexes, et commencent â vouloir retourner dans les corps.
2. Dieu est répandu par toutes les terres et les espaces de la mer et. . le ciel profond. C’est de lui que les bestiaux, les grands troupeaux, les hommes, toute la race des bâtes, chaque être naissant, attire à soi de
Ovide. süi
dans les parties les plus élevées du ciel. Voilà la véritable opinion philosophique de Virgile, car il s’agit ici de la destinée élevée, s’il faut s’exprimer ainsi, à la dernière puissance. Ovide, le poète pythagoricien par excellence, qui a composé le Livre des Métamorphoses , croit aussi à une métempsycose plus élevée que l’existence terrestre; il termine ainsi son poème :
Cum volet ilia dies, quæ nil nisi corporis liujus Jus liabet, incerti spatium milii finiat ævi :
Parte tamen meliore mei super alta perennis Astra ferar, nomen que erit indelehile nostrum
Ainsi, pour Ovide comme pour Virgile, la métempsycose n’est pas bornée à la terre, le passage dans les astres est leur croyance et leur espoir. Tout n’était donc pas terminé dans le Tartare, ni même dans les autres existences terrestres, s’il faut en croire ces poètes, expression vivante de la foi antique.
légers esprits. Toutes choses ensuite sont rendues à Dieu et retournent à lui après leur dissolution ’. Rien ne meurt; mais toutes choses volent vivantes au nombre des astres, et se retirent au ciel élevé.
1. Vienne quand il voudra ce jour qui n’a de droit que sur mon corps; qu’il termine pour moi l'espace d’une vie incertaine. Dans la meilleure partie de moi-môme je serai emporté immortel au-dessus des astres élevés, et mon nom sera indélébile.
* 11 ne s’agit ici que de la dissolution des formes, de ce qui est divisible et composé; finie, être un et simple, ne peut se dissoudre.
PLATON