MORALITÉ DE NOTRE DOCTRINE
toutes les fautes, quels que soient leur nombre et leur énormité. Quelle serait la justice éternelle, s’il en était ainsi? Pense-t-on qu’une bulle de canonisation suffise pour entrer dans le royaume de la paix, et que certains hypocrites, sur la sainteté desquels on s’est parfois étrangement trompé, n’expient pas dans les tourments leurs scélératesses et leurs crimes! Eu vain auront-ils montré dans l’autre vie leurs passe-ports; en vain auront-ils excipé de leur zèle pour la religion.
« Quoi donc! s’écrie Charles Bonnet, était-ce bien une doctrine qui ne respire que douceur, miséricorde , charité , qui ordonuait ces horreurs? Était-ce bien une doctrine si pure, si sainte, qui prescrivait ces crimes? Était-ce bien la parole du prince de la paix qui armait des frères contre des frères, et qui leur enseignait l’art infernal de raffiner tous les genres de supplices? Était-ce bien la tolérance elle-même qui aiguisait les poignards, préparait les tortures, dressait les échafauds, allumait les bûchers? »
« L’illuminé Swedenborg nous peint l'étonnement d’âmes pieuses qui cherchent dans la vie future tel ou tel saint et le trouvent en enfer1. Quant aux victimes de l’inquisition et du fanatisme, Vanini, Giordano Bruno, Jean Huss, Savonarole et tant d’autres, elles sont depuis longtemps arrivées au port éternel. Rien ne hâte tant l’avancement des âmes que les bûchers et les échafauds ; c'est pour cela que Dieu les a permis. Je mets sur la môme ligne les martyrs de l’inquisition et les martyrs un christianisme *.
« 11 y a dans la vie terrestre bien des circonstances en opposition flagrante avec l’organisation de l’homme. De là les maladies, de là les besoins de se vêtir et de se mettre à l'abri; le corps ne peut subsister sans une alimentation journalière et la terre ue nous donne rien qui ne soit arrosé de nos sueurs et de nos larmes. La locomotion, la nourriture, le logement et le vèie-
1. Merveilles du ciel et de l'enfer, t. 11 de la traduction française, p. 129 et 130. — 2. Nouveaux fragments philosophiques, 1849.