TIMÉE DE LOCRES
qui n’étaient pas stables, qui s’étaient détrônés dans le passé, eussent-ils pu assurer une éternité quelconque à leurs actes? Il y avait donc nécessité, tout en reconnaissant un enfer seulement transitoire, de l’enyelopper de conditions repoussantes pour l’humanité , afin de le •rendre suffisamment terrible. Les voluptueux passaient, pendant trois mille ans, quelques-uns disaient dix mille, dans des corps de pourceaux ou d’animaux immondes, les homicides dans ceux des bétes féroces. Il y avait là des détails horribles que l’on peut lire soit dans Platon, soit dans Plotin, et qui proportionnaient les châtiments à toutes les fautes, et ce sort dont les méchants étaient menacés était d’autant plus redoutable que l’expiation y était sans but et sans mérite dans l’existence animale. Ce n’était qu’après une longue série de siècles que l’aine obtenait de reprendre la vie humaine et de s’y régénérer. Ce n’est pas une vaine supposition que nous faisons. De même que l’enfer a été la politique sage et prudente du Messie, de môme la métempsycose animale fut la politique des païens appropriée à l’enfance, écoutez plutôt :
Voici ce que dit Timée de Locres à ce sujet : on sait que Cicéron 1 assure qu’il a été le maître de Platon.
« Si quelqu’un est vicieux, et qu’il viole les règles de l’État, il faut qu’il soit puni par les lois et par les reproches : on doit encore l’épouvanter par la crainte de l’enfer, par l'appréhension des peines continuelles, des châtiments du ciel, et par les terreurs et les punitions inévitables, qui sont réservées aux malheureux criminels sous la terre (c’est-à-dire dans l’antre monde).
«Je loue beaucoup le poète iouien * (Homère) d’avoir rendu
t . De /imbus bonorum et malorum, 29.
2. Timée de Locres, en ‘grec et en français, par le marquis d’Argens. Berlin, 1763, p. 252. Je traduis sur le texte.