TIMÉE DE LOCHES
les hommes religieux par des fables anciennes et utiles ; car, de même que nous guérissons les corps par des remèdes malsains, s’ils ne cèdent pas aux remèdes les plus salutaires, de même nous réprimons les âmes par des discours faux, si elles ne se laissent pas conduire par les véritables. C’est par la môme raison qu’il faut établir des peines passagères (fondées sur la croyance) de la transformation des âmes (ou de la métempsycose); en sorte que les âmes (des hommes) timides passent (après la mort), dans le corps des femmes, exposées aux mépris et aux injures : et les âmes des meurtriers 1 dans le corps des bêtes féroces, pour (y recevoir) leur punition; celles des impudiques dans les porcs et les sangliers ; celles des inconstants et des évaporés dans les oiseaux qui volent dans les airs; celles des paresseux, des fainéants, des ignorants et des fous, dans les formes des animaux aquatiques. C’est la déesse Némésis qui juge toutes ces choses, dans la seconde période (c’est-à-dire dans le cercle de la seconde région autour de la terre), avec les démons, vengeurs des crimes, qui sont les inquisiteurs terrestres des actions humaines, et à
qui le Dieu conducteur de toules.choses a accordé l’administration
du monde qui a été rempli * de dieux, d’hommes et d’autres animaux, qui ont été produits selon l’image (le modèle) excellente de la forme improduite et éternelle 3. »
Il paraît évident, par ce passage, que Timée de Locres ne croyait pas à la métempsycose animale, et qu’il voulait que les philosophes ne l’enseignassent que pour tenir le peuple dans la crainte. Voilà une preuve qu’ils avaient deux doctrines : l’une publique, pour le vulgaire, et l’autre pour ceux qui étaient initiés dans les principes de la véritable philosophie. Dacier a donc eu tort et raison tout à la fois, lorsqu’il a prétendu que Pythagore n’avait jamais
I. Timée de Locres, édit. d’Argens, p. 2S3. — 2. Ibid,, p. 281, — 3. Ibid., p. 25r>; Texte, V, 10 et. 1».