‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 30 sur 193 · PYTHAGORE · texte numérisé non relu

PYTHAGORE

soutenu la métempsycose animale1. Il a eu tort, parce qu’il estcertain que Pythagore enseigna ce dogme publiquement, et que ses disciples l’admirent dans leurs écoles, ainsi que leur maître ; mais il peut avoir eu raison, en ce que Pythagore pouvait fort bien, de même que Timée de Locres2, ne point ajouter foi à ce dogme, qu'il n'enseignait que pour contenir le peuple par la crainte des punitions dans une autre vie. La réflexion que Dacier fait à ce sujet n’est pas à mépriser. «Une marque sûre, dit-il, que Pythagore n’a « jamais eu l’opinion qu’on lui attribue, c’est qu’il n’y en « a pas le moindre vestige dans les symboles qui nous « restent de lui, ni dans les préceptes que son disciple « Lysis a recueillis, et qu’il a laissés comme un précis de « sa doctrine 3. »

Si Dacier s’était donc contenté de dire que, quoique Pythagore enseignât le dogme de la métempsycose animale, il ne le croyait pas, on aurait eu de la peine à lui prouver le contraire; parce qu’à tout ce (}u’on aurait objecté, même aux prétendus changements des différents corps, que Pythagore disait se ressouvenir d’avoir animés, Dacier eût pu toujours opposer la nécessité de tromper le peuple, pour le contenir par la crainte. Or, plus Pythagore aurait inventé de mensonges, pour parvenir à son but, plus il aurait agi conséquemment à son idée 4. Mais lorsque Dacier, par un zèle outré pour la mémoire de Pythagore, s’élève contre toute l’antiquité, et veut que tous les auteurs, soit philosophes, soit poètes, soit historiens, lui aient attribué mal à propos l’opinion d’une métempsycose animale, il défend

1 . Vie de Pythagore, par M. Dacier, tome Ier, p. 28. — 2. Timée de Locres, p. 263, V, 26 et 27. — 3. Vie de Pythagore, Ibid.

■i. Note du marquis d'Argens sur son Timée de Locres , p. 398. •

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LES MYSTÈRES

un sentiment détruit par le témoignage de tous les ouvrages qui nous restent des plus anciens disciples de Pythagore, et de tous les philosophes qui, comme Socrate et Platon, admirent le dogme de la transmigration des âmes, qu’ils avaient puisé dans l’école des pythagoriciens, et ils soutiennent cette transmigration possible jusque dans des corps d’animaux.

A présent, que Pythagore, Platon, Plotin et autres n’aient

pas eu une foi intime dans ce qu’ils enseignaient au sujet

du passage de l’àme dans des corps de bêtes, c’est possible

et nous sommes loin de nous élever contre cette interpré-

tation. Toujours est-il que la théologie, aussi bien que la Sophie vulgaire, nécessitait l’institution des Mystères , pour parler aux âmes plus pures moralement et intellectuellement le langage de la raison.

Nous aurons à examiner quels furent leurs principaux enseignements. Constatons d’abord leur importance aux yeux des plus grands sages de l’antiquité. Cicéron 1, Plutarque 2 en font de magnifiques éloges que nous citerons plus bas en note.

Aristophane a même été plus loin qu’eux tous : « Tous ceux qui participaient aux mystères, dit-il, menaient une vie innocente, tranquille et sainte, ils mouraient en comptant sur la lumière des Champs Élysées, tandis que les autres ne devaient s’attendre qu’à d’éternelles ténèbres3. » Plus grave et plus sévère, Sophocle, l’honneur du théâtre athénien, ne craint pas à son tour d’appeler les mystères « les espérances de la mort. »

Et quand on pense à l’importance que les Etats attachaient dans le principe à la célébration exacte des mystères, aux

1. Lois, II® livre. — 2. Consolatio ad uxorem. — 3 .'In liants.

LES MYSTÈRES

stipulations qu’ils formulaient dans leurs traités pour la sécurité de leur célébration, on voit à quel point ces mystères furent longtemps et leur première et leur dernière pensée.

C’était la plus grande des préoccupations publiques et privées, et c’est tout simple, puisque, selqn Dollinger, « les Éleusinies étaient regardées comme la fleur de toute la religion grecque, comme l’essence la plus pure de toutes les conceptions1. » On refusait d’initier, non-seulement les conspirateurs, mais ceux qui ne les avaient pas dénoncés, les traîtresses parjures, les débauchés, etc. 2 Enfin, on s’y confessait en disant : « J’ai fait le mal et j’ai trouvé le mieux ; » de sorte que Porphyre a pu dire : « Notre àrne doit être au moment de la mort telle qu’elle était durant les mystères, c’est-à-dire exempte de passion, d’envie, de haine et de colère. » Voilà, certes, de grands éloges et des autorités bien imposantes en faveur de la haute importance civilisatrice et morale des mystères.

Constatons que les Mystères révélèrent aux âmes spirituelles et capables de porter de grands secrets,

1° La pluralité des mondes et la rotation de la terre telle qu’elle fut enseignée plus tard par Copernic et Galilée;

2° L’unité de Dieu;

3° La pluralité des existences, les vies et les épreuves successives de l’âme.

Arrêtons-nous à chacun de ces points importants.

Si nous étudions un moment la cosmologie des derniers jours du paganisme, nous trouvons que le Cosmos s’appelait en ce temps-là xopeîov ou salle de bal. Dans cette salle, on

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