Voyez t. II, p. 308-316, passim
impitoyable jalousie d’un Dieu qui commanderait et empêcherait l’obéissance; qui imposerait une loi et en arrêterait l’accomplissement. Et quelle serait donc l'idée du Créateur pour s’opposer à ce que sa créature se fit la meilleure qu elle pourrait, et travaillât sans fin à sa plus grande pureté? Ou niez Dieu, et avec Dieu l’ordre, la raison et la justice, ou admettez que l’âme humaine n’a pas pour destinée de cesser d’exister au moment même où elle a le plus fait, où elle se dispose à le plus faire pour relever sa nature.
Que si l’homme, au contraire, méconnaissant sa loi, , infidèle au devoir qu’il a compris, mais oublié et violé librement, a eu une vie mauvaise et coupable jusqu’à la fin, est mort sans repentir, peut-être même dans un redoublement de vice et de corruption, vieux pécheur endurci, tout est-il achevé pour lui, dès qu’il a le pied dans la tombe? et ne lui faudrait-il qu’avoir touché au terme de ses crimes et de sa carrière pour échapper à toute justice, à toute légitime expiation? Où seraient là l’ordre moral, l’harmonie naturelle que nous concevons entre le démérite et la peine, entre le mérite et la récompense?
On s’explique comment sur la terre celte harmonie manque quelquefois; la sagesse des hommes est faible, elle est sujette à faiblir ; elle n’a pas toujours la volonté ou le pouvoir de celte équité consciencieuse et clairvoyante, qui est l’attribut d’un être parfait. Mais la Providence céleste, mais le principe de tout ordre, l’idéal de tout bien, supposer qu’il pèche au point de laisser impuni le mal, c’est lui tout accorder pour lui tout refuser; c’est en faire un Dieu qui ne vaut pas plus que nous; car, il importe de le remarquer, punir, bien punir, c’est-à-dire faire souffrir, non par colère et ressentiment, mais par raison et
INTRODUCTION
par amour, dans le but de ramener au bien et non de tourmenter, est un acte de haute 'piété, une vertu vraiment divine. Au contraire, l’impunité à tout jamais, le délaissement du coupable dans sa funeste impénitence, l’absence de tout soin pour le tirer du mal, seraient une marque d’abandon et de monstrueuse indifférence ; ce sérail le perdre dans le néant, au lieu de lui ouvrir par l’expiation un avenir de bien et de bonheur.
La vie humaine est une épreuve. Quand cette épreuve ' n’a pas été satisfaisante, quelle conséquence doit-elle avoir ?
Voilà une créature qui avait son œuvre à faire ; par sa faute elle ne l’a pas ou la mal faite; lequel vaut le mieux, dans' l’ordre des choses, pour la beauté de cette vie et la perfection de la puissance qui préside à l’univers, que cette créature dégradée s’éteigne sans rémission, et s’évanouisse au sein de l’Etre toule souillée de ses péchés, ou que, gardant le sentiment, et persistant dans sa personne, elle ait, après cette vie, une vie nouvelle destinée à la réparation et à l’expiation? Lequel vaut le mieux raisonnablement, de ne la soumettre qu’à une épreuve qui peut bien être mal prise, comme dans le cas que nous examinons, ou de lui en ménager plusieurs parmi lesquelles une, enfin acceptée comme elle doit l’être, sauvera une âme qui, sans cela, était perdue sans retour? Serait-ce donc au moment où, après des jours pleins de fautes, elle aurait si grand besoin de retrouver du temps devant elle pour revenir ou en avoir la chance, que la chance lui manquerait et que l’éternité ne lui serait de rien? Où serait pour Dieu la gloire, où serait la sagesse à frapper de néant, après quelques années, un être qu’il n’a sans doute pas fait pour finir en
méchant? Ce serait désespérer de son ouvrage, et il ne doit pas désespérer. Désespérer est faiblesse, et Dieu est souverainement fort. Il ne renonce jamais au mieux, car il a la toute-puissance. Or, ici le mieux est certainement qu’il mette à même de se relever l'homme qui est mort en état de vice, et, par conséquent, qu’il l’appelle à des rapports qui, succédant à ceux qu’il a eus ici-bas, lui permettent de commencer un nouvel exercice de moralité.
Ces raisons sont plus que suffisantes pour faire admettre l’immortalité en son sens véritable. Nous aurions pu, à notre tour, faire des phrases sur cette question, nous avons préféré nous servir du lumineux écrit de M. Damiron, et lui emprunter ces pages bien senties, simples à la fois et vraies. Remarquez que l’argument le plus fort en faveur de l’immortalité, est tiré de la nécessité de nouvelles épreuves pour le redressement de l’homme.
Je ne sais au juste quelle cause a produit cette foule de matérialistes dans toutes les classes de la société; interrogez-les secrètement, ils ne peuvent pas s’imaginer que la personne survive à la dissolution du corps.
« Voyez, nous disent-ils, les plantes et les aninjaux, o ils naissent d’un germe mystérieux; s’accroissent, puis « dépérissent, et quand vient le terme marqué par la « nature, ils disparaissent pour faire place à d’autres. « Les générations nouvelles poussent au trépas les vieilles «générations; pourquoi en serait -il différemment de « l’homme? La mort est la seule souveraine d’ici-bas; « les enfers, les élysées de toutes les religions sont des « chimères auxquelles ne croient pas ceux qui les ont « inventées. »
Le mal est plus profond et plus incurable qu’on ne
croit ; nous avons trouvé de ces âmes sceptiques à toutes les hauteurs comme à tous les bas-fonds de la société. Pauvres âmesl bien à plaindre en effet ; elles sont altérées de la vérité et ne rencontrent que le doute; nos beaux raisonnements sont sans effet sur elles.
Pour nous, heureusement, nous n’avons pas l’ombre d’un doute. Nous serons, parce que nous sommes. Que sommes-nous? des personnes; nous serons donc perpétuellement des personnes. Nous nous sentons pourvus d’une certaine part de causalité, de substantialité; nous garderons, en la développant, cette causalité et cette substanlialité. Dieu était souverainement libre de nous créer ou de ne pas nous créer ; une fois qu’il a décidé, dans les conseils de sa suprême sagesse, de nous appeler à l’existence, il ne saurait nous anéantir, car ce serait montrer de l’inconstance, pour nous servir d’une belle expression de Malebranche, et Dieu est immuable. S’il nous a donné la vie, c’est qu’il l’a voulu, et sa volonté est toute parfaite et toute sainte. Irait-il se repentir de ses œuvres et nous retirer l’être qu’il nous a accordé? Le croire serait concevoir Dieu à notre, image, serait faire un grossier anthropomorphisme. L’homme est immortel parce qu’il est ; la matière même ne périt pas ; elle se dissout pour former de nouveaux composés. La personne survit tout entière parce qu’elle est simple et une. Cet argument, que nous préférons aux autres, nous le nommerons preuve ontologique. Descartes a dit : Je pense , donc je suis; nous dirons : Je suis, donc je suis immortel.
Divers auteurs ont rapporté des preuves de l’immortalité de l’âme qui, pour n’avoir pas la même valeur philosophique que les précédentes, ne sont pas tout à fait à dédaigner.