XXV
INTRODUCTION
M. Eugène Pel letan , dans ses Heures de travail , raisonne ainsi :
« L’homme est un être religieux; je dis plus, il est religieux par esssence. L’animal vit et meurt, mais il ne sait pas qu’il vit ni qu’il doit mourir. L’homme sait, au contraire, qu’il porte une existence et qu’il doit la déposer à la lin de sa journée. N’aurait-il que la notion de la mort, que cette notion lui constituerait une grandeur à part dans la création. Car pourquoi serait-il dans la confidence de sa propre fin, si le tombeau était le dernier mot de sa destinée? Dieu ne lui en aurait donné la connaissance que pour en faire une longue mort par anticipation. Le plus beau don de sa magnificence serait alors un bourreau intime, destiné à nous relire sans cesse notre arrêt jusqu’au jour de l’exécution, pour nous en verser lentement, goutte à goutte, toute l’horreur. Il nous aurait accordé davantage, et, par je ne sais quelle ironie, il nous punirait davantage à l’aide même de son bienfait. L’esprit, à ce compte, reflet vivant de sa divinité, serait uniquement un raffinement de supplice. Cela n’est pas, ou plutôt cela n’est qu’un blasphème. Dieu- a mis la mort devant nous comme une vigie sévère, pour nous rappeler chaque jour à notre destinée. Si l’homme n’avait la prescience de la mort, il glisserait sur le temps et fuirait dispersé à chaque souffle du hasard sans travailler un instant à faire provision d’éternité. Mais la fosse est là, toujours béante sous son regard. L’homme la voit, et l’homme ne veut pas mourir, ne peut pas, en vertu de sa nature, consentir à mourir. Il songe alors que sa vie est quelque chose de plus que la mort, quelque chose au delà. Il fait effort pour échapper à la dispersion et rentrer dans la vérité de sa destinée.
« Donc, de ce que l’homme, seul de tous les êtres terrestres, a l’idée de la mort, sait qu’il doit mourir, il est immortel.
a Un juste va mourir, il est le plus humble peut-être de sa vallée, il a toujours vécu parmi les petits, il ne possède d’autres richesses qu’une journée de sa charrue. Le vent n’a jamais porté son nom plus loin que le son de la cloche de son village, mais il a modestement pratiqué à l’écart la loi du devoir. Il a fait le bien en silence, sans même dire à la main gauche l’œuvre de la main droite; mais rien de ce qu’il faisait n’était perdu ; la moindre de ses pensées, au contraire, était recueillie par les anges du Seigneur. Maintenant, couché sur son lit d’agonie, il attend l’explication dernière, et, à ce moment suprême, Dieu incliné du fond de l’infini sur la face du mourant, avec tous ses soleils et tous ses siècles rangés autour de lui dans un formidable respect, reçoit cet esprit désormais divin, et le pose devant lui comme un monde nouveau, vêtu de plus d’éclat dans sa vertu que l’étoile de l’espace et le lis de la vallée. » [Heures de fravail.)
« Et aussitôt ce corps, tombé dans la mort, devient quelque chose de sacré, comme si le doigt de Dieu l’avait touché. On dirait l’autel désormais éteint du sacrifice dont la ilamme est remontée au céleste parvis. Pourquoi ce respect pour le moule brisé de l’homme, si l’homme ne devait être au dénoùment de la vie qu’un peu de fumier? Ce respect est involontaire, impérieux, de tous les temps, de toutes les nations. Il fait partie de l’âme humaine, il est né avec elle comme un élément constitutif de son essence. S’il est une erreur, l’âme est une erreur aussi. 11 faut donc choisir : ou le néant ou l'homme est un
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mensonge. La question ainsi posée est résolue : l’immortalité est prouvée1. »
Cette dernière argumentation, tirée du respect que l’àme humaine a pour les morts, a été développée par M. Guizot, dans les Méditations morales 2, et par 31. Konzier-Joly 3.
Nous acceptons toutes ces preuves. Quand une proposition est vraie, tout s’accorde à l’établir, et il n’est pas un fait qui, bien interprété, ne puisse lui venir en aide et la mettre en plus vive lumière.
Quelle est la lin de l’homme, si ce n’est la perfectibilité? Eh bien! la perfectibilité est lille du labeur. Le progrès atteint est le prix du combat. Sans cesse l’homme désire et il désire le bonheur. Se fixera-t-il dans sa marche progressive et continue à un point de l’espace? Non, car au delà il y a le mieux, et c’est le mieux vers lequel il porte ses regards. Il y tend de toutes ses facultés, de toutes les énergies de son âme, de toutes les aspirations de son cœur, et il va vers Dieu le souverain bien, Je bien „£gar excellence, et aussi la félicité suprême!
Une croyance en l’autre vie ; une croyance pour toutes les infortunes, pour tous les cœurs aimants, pour toutes les vertus, pour tous les dévouements ignorés, pour toutes les affections incomprises ou malheureuses, pour tous les espoirs déçus; une croyance en l’autre vie, afin que toutes les conditions de bonheur et d’amour puissent se réaliser, afin que tout mérite ait sa rémunération, tout labeur son salaire; afin que les aspirations de ceux qui aiment, pleurent, prient, ne restent pas sans satis-