‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 5 sur 193 · Horizons du ciel, douzième soirée · texte numérisé non relu

Horizons du ciel, douzième soirée

INTRODUCTION

faction; afin que le sacrifice, quel qu’il soit, fait à bonne intention, trouve sa récompense \

La providence de Dieu, l’immortalité de l’âme s’impliquent mutuellement, se confondent dans une même pensée, sont l’irréfutable preuve l’une de l’autre. Elles rendent compte du besoin incessant de bonheur qui nous agite et nous anime; elles répondent à ces mouvements intimes, profonds qui portent vers la patrie inconnue les élans de nos désirs; car tout nous dit que ce monde que nous traversons n'est qu’une halte d'un jour, et nos cœurs, pleins d’espérance, volent au delà des horizons pour atteindre cette félicité durable que nous cherchons vainement ici-bas.

La justice est un attribut de Dieu, et cette justice, dont nous ne voyons sur la terre que de pâles reflets, suffit pour nous garantir la persistance après le trépas.

Un raisonnement tiré de la nature et de l’essence de l’âme, qui, par sa partie intellectuelle, est faite à l’image de Dieu. et reproduit sa ressemblance, fait le fonds de la démonstration de Porphyre dans son Traité de l’âme, dont les fragments nous ont été conservés par Eusèbe. Citons un beau passage tiré du livre XI, chapitre xxvm de la Préparation évangélique. Voici les propres expressions du philosophe néoplatonicien.

« Il faut discuter longuement pour démontrer que « l’âme est immortelle et à l’abri de la destruction2. « Mais il n’est pas besoin d’une savante discussion pour « établir que, de tout ce que nous possédons, l’âme est

t. Mémo auteur, lieu cité.

2. Porphyre fait ici allusion à l’argument des contraire», qui a excité dan» l’antiquité une si vive et si longue controverse. (Voyez M. Cousin, Fragments de philosophie ancienne, p. 4 1 0. )

INTRODUCTION

« ce qui a le plus d'analogie avec Dieu, non-seulement « à raison de l’activité constante et infatigable qu’elle « nous communique, mais encore à cause de l’intelli— « gence dont elle est douée. C’est cette remarque qui « a fait dire au physicien de Crotone (Pythagore) que « Pâme étant immortelle, l'inertie est contraire à sa na- « ture comme elle l’est à celle des corps divins (des « astres). Que l’on songe une bonne fois à l’essence de « notre âme , à l’intelligence qui préside en nous , qui « provoque souvent des réflexions et des désirs d’une « nature si relevée, et l’on sera persuadé de la ressem- « blance qu’a notre âme avec Dieu. Si l’on fait voir « clairement que l’âme est de toutes choses celle qui a « le plus de ressemblance avec Dieu, qu’est-il besoin « d’avoir recours aux autres arguments pour “démontrer « son immortalité ?. Ne suttit-il pas de mettre en avant « cette preuve, qui a une valeur toute particulière, pour « convaincre les gens de bonne foi que l’âme ne parti- « ciperait pas aux actes qui conviennent à la divinité, si « elle n’avait pas elle-même une nature divine? Contem- « plez l'âme, en effet : elle est enfouie dans un corps « périssable, dissoluble, dépourvu par lui-même d’intel- « ligence, qui n’est qu'un cadavre par lui-même, qui « sans cesse tend à se corrompre, à se diviser et à périr; « cependant elle le façonne, l’informe, et elle en tient « les parties liées ensemble; elle fait preuve d’une essence « divine, quoiqu’elle soit gênée et entravée par cette « carapace mortelle; que serait-ce donc si, par la pensée, « on séparait cet or de la terre qui le couvre? L’âme ne « montrerait-elle pas alors clairement que son essence « ne ressemble qu’à celle de Dieu? Par ce fait que, n^ême « dans sou existence terrestre, elle participe à la nature

INTRODUCTION

mm

« de la divinité, qu’elle continue de l’imiter par ses

« actes, quelle n'est pas dissoute par l’enveloppe inor-

« telle dans laquelle elle se trouve emprisonnée, ne fait— « elle pas voir qu’elle est à l’abri de la destruction?

« L’àme paraît divine par la ressemblance qu’elle a « avec l’être qui est indivisible, et mortelle par ses points « de contact avec la nature périssable. Selon qu’elle « descend ou quelle remonte, elle a l’air d’être mortelle « ou immortelle. D’un côté, il y a l’homme qui n’a « d’autre occupation que la bonne chère, comme les « brutes. D’un autre côté, il y a l’homme qui, par son « talent, sauve le navire dans la tempête, ou rend la « santé à ses semblables, ou pénètre la vérité, ou dé- « couvre la méthode qui convient à chaque science, ou « invente des signaux de feu, ou tire des horoscopes, « ou, par des machines, imite les œuvres du Créateur. « L’homme n’a-t-il pas en effet imaginé de représenter « ici-bas le cours des sept planètes en imitant, par des « mouvements mécaniques, les phénomènes célestes1? « Que n’a pas inventé l’homme en manifestant l’intelli- « gence divine qu’il renferme en lui-même? Certes, « celle-ci prouve bien par ses conceptions hardies quelle « est véritablement olympienne, divine, et tout h fait « étrangère à la condition mortelle; cependant, par suite « de son attachement pour les choses terrestres, attache- « ment qui le rend incapable de reconnaître cette intel- « ligence, le vulgaire, prononçant d'après les apparences « extérieures, s’est persuadé quelle est mortelle. Les « gens de cette espèce n’ont, en effet, qu’un moyen de

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