‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 49 sur 193 · NS LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

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nous disons avec progrès, car i! n’est plus question d’une assimilation possible de l’homme et de la bêle. Comme les chrétiens à l’égaid de leur purgatoire, les Indiens croient à la puissance des prières pour délivrer les âmes de la renaissance dans d’autres corps. Il est dit dans les Védns qu’on peut, par le mérite des œuvres et surtout de la vie contemplative, abréger les purifications subies dans les inondes inférieurs, non-seulement pour soi-même, mais encore pour ses parents et ses amis1; toutefois, malgré le

1. Les pratiques les plus minutieuses, les plus arbitraires, ont été prescrites sur ce point par les Brahmanes qui en tirent protH. L’abus brutissant (lu chapelet a, chez les Hindous, la plus haute antiquité. D’innombrables livres, qui formeraient une vast» bibliothèque, ont été composés sur la nécessité de eet usage; la répétition trop fréquente des mêmes prières que la bouche prononce et que le cœur ne sent pas, atrophie l’intelligence, tue l’adoration et glace l'enthousiasme. Il faut avouer que les Indiens dépassent en ce point toutes les pratiques snperstiliçuspsqui ont parfois envahi le christianisme, malgré la divinité de son origine. Le chapelet convient parfaitement aux solitaires de l’Inde, aux agrégations de cénobites pour occuper une oisiveté qui pourrait être sans cela dangereuse; à celle exception près, c’est le plus souvent une prière sans etticacité et sans mérite incapable de satisfaire ceux qui aiment et connaissent Dieu. «On n’aperçoit, dit le mission- « naire Dubois, dans celui qui fait le Sandia, rien qui puisse porter à « croire que cet exercice lui soit suggéré par un esprit de dévotion. Il « ressemble alors à l’écolier qui débite rapidement la leçon qu’il a « apprise par cœur, et n’agit évidemment que par manière d’acquit... « c'est que partout où les prêtres ont substitué des prières détermi- « nées aux élans naturels de l’àmc qui implore la divinité quand elle « en sent le besoin, les prières ne tardent pas à dégénérer en un « marmoltage ridicule/et inattenlif, une récitation de mots incompris, « et cela chez les Hindous comme chez les chrétiens. » ( Religion de l’Inde, par Alfred Maury et Histoire du Brahmanisme, par Eugène Pelletan, page 307 ). Les Indiens ont non-seulement leur purgatoire (la naissance dans d’autres corps et d’autres mondes inférieurs), mais encore leur paradis avec ses quatre fleuves çt son arbre de vie; leur eufer

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progrès, le dogme catholique n’est pas explicite sur le mode et les conditions des purifications; il semble même nier, après la vie terrestre, le mérite et la liberté. Or il faut dire que l’àme, sous peine de l’absorption en Dieu partout enseignée dans la théologie indienne, a été créée libre et doit rester éternellement libre, pour ne pas être déchue de la personnalité qui la constitue.

En résumé, quelle a été la cause des erreurs qui ont été mêlées au dogme vrai des existences successives? C’est, à notre avis, l’ignorance de la loi des épreuves et de l’initiation progressive. Si cette loi avait été connue des Indiens, de Pythagore, d’Empédocle et de Platon, auraient-ils condamné les âmes à revêtir des corps de hôtes, expiation sans but, puisque l’animal n’a ni mérite ni démérite et suit les règles fatales de l’instinct, sans éprouver jamais la satisfaction de la vertu, ni les angoisses du remords1. Ne voit-on pas qu’entre l’homme et la bête il y a un abime? Dans l’homme, il y a tout uu ordre de faits nouveaux, les faits de conscience. Pour l’homme seul, sur cette terre, il y a des droits et des devoirs; pour l’homme seul il peut y avoir récompense ou châtiment, épreuve, initiation, progrès. Sans doute nous croyons que par l’effet de sa faute l’homme peut déchoir au rang d’étre inférieur, clc môme que par son mérite il peut s’élever dans l’échelle de la création; mais partout, quelque infime que soit l’état auquel il s’est réduit, quelle que soit l’énormité de sa chute, dans son avenir comme dans son passé, le jeu volontaire de ses fa-

lemporaire avec un tableau e (Trayant île supplices très-souvent pareils aux descriptions de Dante, le sombre poCte du moyen âge catholique. (Voyez le même ouvrage, chapitres 22 et 2U).

1. Le ligro déchire sa proie el dort, l'homme tue et veille. (Chateaubriand.)

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cultés et l’exercice complet de sa liberté lui sont assurés. Laissons donc à jamais de côté les trois mille ans égyptiens, ou les mille ans platoniciens d’existence bestiale; reléguons cette opinion parmi les plus déplorables aberrations de l’esprit humain. Le système de la pluralité des existences tel que nous l’affirmons, quoique se rattachant au passé par de grossières ébauches, est donc entièrement transformé par l’enchaînement des détails et par les développements1; il présente la solution la plus logique, la plus satisfaisante des difficultés que la conciliation du mal moral et de la bonté divine ont offertes de tout temps aux disputes et aux invcstigationsdes philosophes. Plusieurs penseurs modernes ont proclamé que la loi de la société humaine est le progrès. Cette grande idée, devinée par des philosophes anciens et par des Pères de l’Eglise 2, ne pouvait être cependant vérifiée, et passer à l’état de vérité démontrée qu’après une série suffisante de siècles3. Or il en est de l’individu comme de l'humanité. Le but de la création est le progrès pour

1 . Que dott-on exiger d’un système ? qu’il rende compte des phénomènes dont il détermine la loi. Ces phénomènes sont ici lesaltributs de Dieu et ceux de l'Ame, et les rapports qui en résultent tels qu'ils nous sont révélés pâr le sens intime et par la conscience de l’humanité. On n’agit pas autrement pour les sciences physiques. Or, la logique est une, et les procédés de l'esprit humain sont identiques, quel que soit l'olijet des sciences auxquelles il s’est appliqué.

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