SON ANTIQUITÉ
s’altérant avec le temps, arrivèrent enfin de Palestine en Europe vers la fin du treizième siècle.
« Nous espérons que cette opinion, qui n’a été exprimée jusqu'à présent qu’avec timidité et sous forme de conjecture, aura bientôt lé caractère et tous les droits de la certitude.
« D'abord, comme l’a remarqué déjà l’auteur de la chronique intitulée la Chaîne de la tradition, et le s’accorde paifaitement avec l'histoire de tous les autres monuments religieux du peuple juif; c'est aussi en réunissant des traditions de différents âges, des leçons de divers maîtres, liées cependant par un principe commun, qu’on a formé la Misehnu,. et leThalmud de Jérusalem, et le Thalinud de Uabylone. Elle ne s’accorde pas moins avec une croyance qui, d’après l’historien que nous venons de citer, doit être assez ancienne.
*< J'ai, dit-il, appris par tradition que cet ouvrage était tellement volumineux, que, complet, il aurait suffi à la charge d’un chameau. « Ou ne peut pas supposer qu’un homme, quand même il « passerait sa vie à écrire sur de telles matières, puisse laisser « de sa fécondité une preuve aussi effrayante. » Enfin, on lit aussi dans les suppléments du Znhar, écrits dans la même langue, et connu? depuis aussi longtemps que le Zohar lui-même, que ce dernier ouvrage ne sera jamais entièrement publié, ou, pour traduire plus fidèlement, qu’il le sera à la fin des jours1. »
Plus d’un siècle après que le Zohar fut publié en Espagne, il existait encore des hommes qui ne connaissaient et ne transmettaient que par tradition la plupart des idées qui . en sont la substance. Tel est Moïse Botiil, qui, en 1409, ainsi qu’il nous l’apprend Jui-môme 3, s’exprime ainsi sur la Kabbale et sur lps précautions avec lesquelles il faut l’enseigner :
t. La Kn'>bale, pages 122 et 123.
2. Voyez son Commentaire sur le Sepher ieizirah, édit. Mantoue, fol. 46.
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' SON ANTIüUlTK.
« La Kabbale n’est pas autre chose qu’une philosophie plus pure et plus sainte; seulement le langage phi osophique n’est pas le môme que celui de la Kabbale *... Elle est ainsi appelée, parce qu’elle ne procède pas par raisonnement, mais par tradition. Et lorsque le maître a développé ses matières à son disciple, il ne faut pas encore que celui-ci ait trop de confiance en sa sagesse; il ne lui est pas permis de parler de cette science, si d’abord il n’y a été formellement autorisé par le maître. Ce droit lui sera accordé, c'est-à-dire qu’il pourra parler de la Mercaba, s'il a donné des preuves de son intelligence , et si les germes déposés dans son sein ont porté des fruits. Il faudra, au contraire , lui re- ' commander le silence, si l’on ne trouve en lui qu’un homme extérieur, et s’il n’est pas encore arrivé au nombre de ceux qui se distinguent par leurs méditations*. »
Après comme avant le treizième siècle, le système dont Simon-ben-Jochaï peut être considéré au moius comme le plus illustre représentant, s’est principalement conservé et propagé par une multitude de traditions, que les uns se plaisaient à écrire, tandis que les autres, plus fidèles à la méthode de leurs ancêtres, les gardaient religieusement dans leur mémoire. Dans leZohar se trouvent seulement réunies celles qui ont pris naissance depuis le premier jusqu’à peu près vers la fin du septième siècle de l’ère chrétienne. En effet, nous ne pouvons pas faire remonter à une époque moins reculée, je ne dirai pas la tradition, mais l’existence de ces traditions si semblables ou si fiées entre elles par l’esprit qui les anime; car alors on connaissait déjà la Mercaba, qui n’est pas autre chose; comme uous savons, que cette partie de la Kabbale à laquelle le Zohar est spécialement consacré; et Simon ben Jochaï nous apprend lui-
t. Commentaire sur le Sepher ietzirah, fol. 3t.