ORIGÈNE. — SON SYSTÈME
D’après saint Augustin, c’est surtout l’opinion des retours périodiques de l’àme dans une éternelle alternative de béatitude et de misère qui a fait peser sur Origène la juste réprobation de l’Église. « En effet, où était donc.sa commisé- « ration, lorsqu’il condamnait les saints aux souffrances « réelles de l’expiation, et au mensonge d’une vaine béate titude en leur refusant la joie véritable, la sécurité dans « la possession éternelle du souverain bien? Or, bien dif- « férente est l’erreur de cette généreuse commisération qui « n’admet la souffrance temporaire des damnés que pour « les réunir tous, après une délivrance plus ou moins tarte dive, dans une éternelle félicité. » Ainsi, saint Augustin trouvait beaucoup plus condamnable l’opinion qui niait la sécurité des bienheureux, que celle qui révoquait en doute la perpétuité des peines.
Origène ne comprenait pas la loi de l’initiation progressive, ni comment un certain terme de développement étant arrivé, la volonté en possession du vrai, du bien et du beau, ne pourrait plus rétrograder malgré la persistance du libre arbitre. Aussi admettait-il la création coéternelle à
Dieu, non dans l’ordre logique, mais dans l’ordre chronologique; il reconnaissait avant le monde actuel une série infinie d’autres mondes qui l’avaient précédé, et une autre
au quatrième monde. D’un autre côté, quelques-unes de ces créatures auront tellement dégénéré, qu’au premier de ces mondes nouveaux elles deviendront des dénions. (Lib. IV, art. .Y.)
Ce qui a occasionné toutes les erreurs d’Origène à ce sujet, c'est l'ignorance de la loi du progrès indéfini qui existe toujours pour l’àtne même après son arrivée, à un tel point, que la perfection de sa volonté l’empêche do faillir. Persuadé que le mouvement est notre loi et que l’immobilité est impossible à supposer dans un être fini, Origène a eu recours à l'hypothèse de la création indéfinie de nouveaux inondes, exprimant que peut-être nous ne sommes pas au. premier.
ORIGINE DES AMES. • 137
série également infinie après la (destruction du présent univers.
Gomme les créatures raisonnables ont été douées de la faculté du libre arbitre, cette liberté de volonté a conduit chacune d’elles, soit au mouvement en avant par l’imitation de Dieu, soit au mouvement en arrière par la négligence; et telle a été la cause, comme je l’ai déjà dit, de la diversité des créatures raisonnables, diversité qui lire aussi son origine, non de la volonté ou du jugement de leur auteur, • mais du progrès, effet de leur liberté. Mais Dieu, qui dès lors a trouvé juste de traiter ses créatures suivant leurs mérites, s’est servi de la diversité des esprits pour cons-* truire l’ordonnance du monde, qu’il a créée avec ces âmes et ces esprits, comme une maison dans laquelle il doit y avoir non-seulement des vases d or et d aigent, mais ues vases de bois et d’argile, et les uns pour les services d’honneur , les autres pour ceux d’ignominie. Ce sont là, à ce que je pense, les causes qui ont amené dans ce monde la diversité, la divine Providence y ayant donné à chacun une position relative au caractère de ses mouvements. Par là, le créateur ne doit point paraître injuste, puisqu il a ié* tribué chacun, d’après des causes précédentes, en vertu de ses mérites, et par conséquent, le bonheur ou le malheur, enfin les conditions quelconques de naissance ne doivent pas non plus être considérés comme les accidents fortuits, ni le créateur comme un être inégal, ni les âmes comme des natures différentes (Per. II, 9).
Ainsi, en résumé, de même qu’il est impossible d’admettre que Satan ait été créé dans la méchanceté, ni que l'enfer soit son lieu natal, et que la mythologie chrétienne est obligée de lui concevoir une vie antérieure d’une durée
suffisante pour la production de son crime; de môme qu il
ORIGINE DES AMES
est impossible de croire qu’Adam soit né dans la fcondition malheureuse où nous sommes, et^que la mythologie est forcée de lui attribuer aussi une vie antérieure durant laquelle il ait mérité par son péché les afflictions de son existence; par la raison qu’il y a blasphème et contradiction à rapporter à Dieu l’initiative d’aucune chose qui ne soit de toute bonté, Origène veut que tout ce qui se voit de mauvais chez l’homme, dès sa naissance, soit le fait, non de la Providence, mais de l’homme lui-même. Il établit donc une analogie parfaite entre l’histoire particulière de chacun de nous, et ce qu’enseigne l’Eglise de l’histoire de Satan et de celle d’Adam. Ainsi que tous les anges qui ont suivi Satan dans l’abîme se sont attirés leur châtiment par les déterminations de leur volonté, tous les hommes qui ont suivi Adam sur la terre se sont attiré aussi par euxmémes, et dans la mesure de leurs désobéissances passées, les peines qu’ils y endurent* Il est incontestable que le dogme de la chute personnelle de tous les hommes aboutit à détruiie celui de leur chute solidaire dans Adam. On l’efface en effet implicitement dès qu’on le rend imftile; et lors même qu’on ne pousserait pas plus loin l’entreprise, ce serait avoir assez préparé son renversement que d’avoir coupé de cette manière ses racines. C’est ce qu’a fait Origène, car, bien qu’il n ste permis de dire que les hommes, ayant déjà mérité leur sort par leur propre conduite, ont pu cependant se trouver encore compromis de quelque autre façon dans le péché de leur père, cette complicité involontaire n’est plus dès lors qu’une superfétation que rien n’appelle, qui ne s’enchaîne à rien, et qui n’a d’autre sens que celui d’une satisfaction accoidée en passant à une ancienne tradition que l’on n’ose ouvertement mépriser. Aussi est-ce sur ce point que l’école de saint