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encore en vain, si l’on entend que ces naissances ne sont pas de simples expiations correctives, mais des dégradations de nature, et surtout si l’on va jusqu’à prétendre que la grandeur des démérites doit être mesurée par la distance qui sépare l’état suprême de perfection de l’état d’infériorité dans lequel nous sommes.
Comment supposer que Dieu, qui est l’auteur de notre libre arbitre comme du fond même de notre être, nous le veuille jamais ôter? Pourtant, comme cette faculté est si essentiellement inhérente à notre nature, qu’il ne dépend pas plus de nous de l’en arracher que de nous anéantir, c’est à Dieu lui-même qu’il faudrait rapporter la détérioration. Mais Dieu, on doit le dire sans crainte, annihilerait plutôt l’univers que de consentir à la méchanceté de la dernière des créatures. Il se peut que nous cessions, par l’effet de nos péchés, d’être dignes de recevoir ses grâces, mais nous ne cessons jamais d’en être capables; de même qu’il ne cesse pas non plus, dans sa miséricorde infinie, de vouloir que nous revenions tôt ou tard à les accepter. C’est comme si, par notre nofichalance, nos paupières prenaient l’habitude de retomber sur nos yeux, et nous interceptaient ainsi la lumière : nos yeux subsisteraient cependant, et Dieu n’attendrait pour nous les rouvrir que le moment où cette réparation nous serait définitivement profitable. Telle est l’image des pécheurs. Comme on en voit sur la terre, et îles plus grands et des plus endurcis, fatigués des tortures de leur existence, dégoûtés du crime par l’excès même de leurs crimes, se prêter de nouveau à Dieu, céder, tantôt petit à petit, tantôt coup à coup , à ses insinuations, et rentrer enfin pleinement dans la jouissance de ses grâces^ il se fait aussi de pareilles conversions dans l’enfer. Le spectacle de nos méchants nous donne ici même le spectacle de toutes
Diqitized t
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les sociétés de damnés. Que ce soit dans un monde ou dans un autre, les procédés de la Providence, à l’égard de ceux qu’elle corrige, ne peuvent manquer d’étre les mêmes, et les divers mondes sont apparemment liés les uns aux au-' très pour cet objet : le crime commis en l’un d’eux ne s’expie souvent que dans un autre, pour ne se remettre totalement peut-être que dans un suivant. Si la justice divine exige que toujours les criminels soient punis , la bonté qui * est inséparable de celte justice veut que la punition serve à les amender et à préparer leur réconciliation. Dieu est si bon , que les peines mêmes auxquelles il soumet les créatures deviennent pour elles de nouveaux motifs de reconnaissance. Il ne les châtie qu’utin de les avertir et de les redresser, et ce châtiment, en fournissant une satisfaction pour le péché, achève d’en effacer toutes les suites. On peut donc dire, en empruntant le langage mythologique du moyen âge, que des flammes mêmes de l’enfer il s’échappe une lumière divine qui Unit par éclairer les damnés et les aider à retrouver le chemin du ciel. Pour mieux dire, il n’y a pas d’enfer, s’il faut prendre ce mot dans'le sens inhumain de saint Augustin et de la scolastique : il n’y a dans l’univers, pour y faire la part de la pénalité à côté de l’immensité des récompenses, que les corrections salutaires du purgatoire. Tel est, au fond, le sentiment d’Origène, et il s’ensuit que, pour lui, les régions occupées par le mal n’ayant aucun caractère absolu ne sauraient opposer aucun obstacle à la restauration générale de la création.
Quelqu’un demandant à Solon si les lois qu’il avait données aux Athéniens étaient les meilleures possibles, le législateur répondit qu’elles étaient les meilleures pour eux. «L’instituteur de la religion chrétienne, dit à ce propos Origène avec une grande, profondeur, pourrait répondre de
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la même manière : J’ai donné le meilleur système qu’ait pu recevoir la multitude pour l’amélioration de ses mœurs ; j’ai fixé une règle; j’ai menacé les coupables de peines et de supplices. Ces supplices ne sont point imaginaires, mais certains, et leur ostentation était nécessaire pour corriger les obstinés. Toutefois ceux-ci ne sont en état de comprendre ni l’intention de Celui qui les châtie, ni le fruit qui doit résulter pour eux du châtiment1. » C’est là, en effet, ce que le théologien doit viser à entendre plus savamment que le vulgaire. Mais ce Dieu , que les peuples, lui faisant injure, se représentent communément en bourreau, le devoir du théologien est aussi d’amener tout le monde, même les plus humbles, à savoir le bénir dans ses répressions comme un héroïque médecin. C’est ce qu’Origène n’a peut-être pas assez dit; car, possesseur de la richesse, il n’a cependant pas toujours eu suffisamment la vraie libéralité, c’est-à-dire la prédication pour ses inférieurs. « Bien des choses nous sont cachées, dit-il encore ailleurs dans le même esprit, qui sont reconnues de Celui qui est le médecin de nos âmes. Si, pour rétablir la santé de nos corps et remédier aux infirmités que nous avons contractées par le dérèglement de nos boissons et de notre nourriture, nous avons besoin de temps en temps d’un médicament ferme et mordant; quelquefois, si la force du mal * le demande, de la rigueur du fer et de l’âpreté des sections; et même, si, en dernier lieu, lorsque la maladie résiste à ces moyens, on a recours à l’application du feu, combien n’y a-t-il pas plus de raisons de penser que notre divin médecin, voulant remédier aux infirmités spirituelles que nous avons contractées par la multiplicité de nos péchés et