‹ La pluralité des existences de l'âmeChapitre 87 sur 193 · I . Serin · texte numérisé non relu

I . Serin

CHATIMENTS

s’est gorgée d’une abondance de méchantes actions, au temps voulu, celle agglomération de dangereux éléments entre en effervescence, et, s’enilammant, détermine la peine et le supplice.» Alors la conscience, par une disposi-, tion de la puissance divine, reprenant mémoire de tout ce dont il s’était gravé en elle certaine impression à chacun de ses précédents péchés, croit exposé devant ses yeux chaque acte sale, honteux, impie, dont elle s’est souillée, et en quelque sorte l’histoire de tous ses crimes. C’est ainsi qu’elle est tourmentée et blessée par ses propres aiguillons, et que, rendant témoignage contre elle-même, elle devient son propre accusateur. Je pense que c’est là ce qu’a entendu l’apôtre lorsqu’il dit : « Leurs pensées s’accuseront ou se défendront l’une l’autre, au jour où Dieu jugera, selon l’Evangile, par Jésus-Christ, ce qui est caché dans les hommes. Cela marque, en effet, que certains tourments sont engendrés dans la substance même de l’àme par le fait des affections coupables des pécheurs. Et pour que ceci ne paraisse pas trop difficile à comprendre, on peut se reporter aux maux qui sont habituellement causés à l’àme par les mauvaises passions, lorsqu’elle est brûlée par les flammes de l’amour, rongée par les feux de l’envie et de la jalousie, agitée par la colère, aliénée dans une immensité de folie ou de tristesse, au point que quelques-uns, ne pouvant supporter de si grands maux, regardent la mort comme un bienfait en comparaison de leurs tortures1. »

Origène, tout en acceptant au fond ces tortures de l’enfer, dont on a fait tant d’abus chez les théologiens et les poêles, est donc demeuré à leur égard dans le sentiment juste et hardi que son prédécesseur Philon avait si bien

Page 1