LES CONCILES
trine d’Origène, qui ont été condamnés par le concile de Chalcédoine et plus tard par le cinquième concile de Constantinople. Ces conciles frappent d’une juste réprobation : 1°le dogme de la préexistence, tel que l’entendait Origène lorsqu’il enseignait que les hommes étaient des anges déchus, et que le point de départ avait été pour tous la nature angélique; 2° le dogme de l’incarnation du Christ sans humanité; 3° le dogme de la destruction des corps; 4° le dogme de l’absorption finale en Dieu; 5° le dogme de la nature angélique et non divine du Christ; 6° la déchéance possible des élus. Nous adoptons complètement cette décision, non-seulement parce qu’elle émane de deux conciles, mais parce qu’elle est conforme à la vérité, telle qu’elle apparaît du moins à notre raison. Nous ne comprenons pas le dogme de la préexistence comme Origène. La perfection qui résulte de la sagesse n’a pas • existé au point de départ, mais seulement l’innocence qui n’a pas résisté à l’épreuve et a failli en vertu de son libre arbitre. Sans celte faute, après des épreuves plus ou moins longues, la créature aurait conquis la vie éternelle et l’infaillibilité de la volonté sans subir la mort, c’est-à-dire la transformation et le passage à des stations diverses. Nous expliquerons phis tard le sens profond caché dans le
mythe d’Adam, le péché originel, c’est-à-dire la solidarité, la transmission du funeste héritage de la faillibilité. Mais jamais nous n’admettrons la préexistence fabuleuse, comme disent les conciles, d’une pureté angélique contraire à la loi du progrès que nous avons exposée; à la vérité, nous pensons que le point de départ des âmes a été l’égalité, parce que nous ne trouvons aucune raison d’une différence imméritée et opposée à la justice de Dieu 1; mais c’est une
I . On a fait une objection à notre doctrine. Si les âmes sont égales,
égalité d’innocence qui est évidente avant l’épreuve, puisqu’il ne peut sortir rien que de bon des mains du Créateur.
Loin d’enseigner la destruction des corps, nous croyons à leur résurrection pour conserver l’identité des êtres et le souvenir; et comme les théologiens les plus orthodoxes1, comme les Pères de l’Église, nous croyons à la résurrection, non pas du corps actuel ou de l’un de ceux que l’âme peut revêtir, mais du corps dans son essence la plus pure, dans sa substance même qui est autre chose que ce que nous touchons et voyons avec nos sens 2, d’un corps spiri-
d'où viennent plus tard les différences? Quelle est la cause de leurs mouvements divers? Celle cause est dans le libre arbitre. Les dilTé- . rences proviennent de ce quo telle on telle âme a plus souvent failli ou plus souvent triomphé.
1. C’est ce qu’enseigne saint Augustin, que l’on ne suspectera pas d’origénisme : « Les corps des élus ressuscileront sans aucun défaut, sans aucune difformité. Ils seront exempts de toute corruption, de toute pesanteur, de toute difficulté â se mouvoir. La facilité d'agir sera aussi • parfuile que la félicité dont ils jouiront. C’est pour cela que les corps, après la résurrection, sont appelés corps spirituels, quoiqu’il soit certain que ce seront des corps et non des esprits. Ce corps est maintenant appelé chair, parce qu’il est sujet à la corruption ; il n’en sera pas de même alors : notre corps devenu incorruptible ne sera proprement plus chair, mais un corps aussi incorruptible que le.s corps célestes. C’est ce qui fait dire â saint Paul que la chair elle sang ne posséderont pas le royaume de Dieu. Expliquant sa pensée, l’apôtre ajoute :
La corruption ne possédera pas ce qui est incorruptible. Mais quoique
la qualité de nos corps soit changée, leur substance sera toujours la même, et en ce sens seulement ils seront encore chair après la résurrection. Pourquoi donc l’apôtre dit-il qu’on met en terre comme une semence un corps animal et qu'il ressuscitera corps spirituel, o (Saint Augustin, Manuel, ch. XXVI.)
2. Je crois aussi bien à l’hnmortalité du corps qu’à celle de l'âme.
Si notre âme persistait seule nous ne serions pas dans l'avenir le même être. L’âme sans le corps, le corps sans l'âme, ce n’est pas le moi. Ce qui meurt, ce n’est pas l’essence du corps, c’est sa forme, qui n'est autre chose que sa mobile manifestation. La substance, même oorpo-