‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 110 sur 181 · Dans son traité sur V Esprit familier de Socrate · texte numérisé non relu

Dans son traité sur V Esprit familier de Socrate

2f0 CYRANO DE BERGERAC.

lant d'eux, ne fait pas de difficnltés de les loger dans la lune? Je ne sais si, lorsque Platon tient les Démons invisibles, il pourrait favoriser le récit que le sieur de Bergerac nous fait de son corps^ qui devient transparent à mesure qu'il approche du soleil; car^ par ce moyen, toutes ses facultés pouvaient être tellement épurées qu elles ne fussent point tombées sous le sens grossier de nous autres qui sommes ici-bas. Quoi qu'il en soit, Apulée, Platon, Aristote et notre auteur, dans son roman, conviennent en ce (lu'ils croient que les démous sont formés de la plus subtile des matières du monde.

« Robert Fludd estime qu'ils ont un corps intérieur et un corps extérieur, que le premier est le feu, et se conserve par le second, qui est formé de l'air le plus pur de la partie supérieure du monde, pour les rendre plus agiles. Gela étant, notre auteur n'at-il pas eu raison de chercher leur origine dans le soleil? Si tu voulais lire le traité que ce philosophe a fait, tu verrais qu'il les reconnaît pour des corps subtils et vivants *qui ont le pouvoir de Je dérober à nos yeux et de se faire voir quand ils veulent. Il me semble qu'il prouve qu'ils tirent le premier avantage d'une façon de se mettre qu'il nomme dilatation; qu'ils possèdent le secours d'une autre qu'il appelle condensation, et qu'il en est d'eux comme des autres corps qui n'ont de la force qu'en nombre.. « D'où vient, dit-il, que les étoiles ne brillent que parce qu'elles sont formées d'un amas de cette matière, laquelle assemblée et unie peut envoyer des rayons suffisamment pour frapper la vue et pour faire naître en nous ce sentiment qu'on nomme lumière?» Ces corps spirituels, pour se servir des termes de Fludd, je veux dire les Démons, ne pourraient-ils pas donner une telle figure à toutes leurs parties qu'ils ne seraient point aperçus?»

Ce passage remarquable de la préface devance les notions de la philosophie nouvelle sur la possibilité, pour les esprits, avec la permission de Dieu, de solidiûer leurs corps par une certaine condensation, ce qu'on a nommé les

CYRANO DE BERGERAC

apparitions stéréotytes. Cette explication est d'autant plus notable à l'époque où elle a été donnée, qu'elle est encore valable aujourd'hui. Examinons à présent la qualification de DéDQon donnée par Cyrano de Bergerac aux esprits qui se manifestent, et voyons ce qu'elle signifiait dans les temps anciens d'où notre auteur Ta tirée.

Un poëte de la Grèce fort ancien , et qui passe pour avoir exprimé au vif les cosmogonies antiques , Hésiode soutenait qu'après que les hommes s'étaient débarrassés de la matière terrestre, ils devenaient Démons,

Plutarque, conformément à cette opinion, ne doute point

qu'il n*y en ait immédiatement sur nos têtes et à Tenlour de

nous, et qu'enfin ils ne se plaisent avec les hommes, par un

reste d'amour qu'ils ont pour leur première nature. « S'ils

ne se communiquent, dit-il, au commun des hommes que

par des signes, il arrive aussi que, lorsqu'ils en trouvent

d'un esprit élevé, ils leur parlent familièrement, leur font

part de leurs secrets, et leur impriment certaines marques

dont le vulgaire ignorant n'a aucune connaissance ^ » Déjà

donc, du temps de Plutarque, les manifestations des esprits

étaient connues; mais allons au fait. De ce que les Démons

n'étaient autre chose que les hommes sortis de cette terre,

il s'ensuivait rationnellement qu'il y en avait de bons, mais

et en plus grand nombre de mauvais; delà les appellations

usitées d'agotho-démons {bons esprits), et de caco-démons

{mauvais esprits). La théorie fausse de la chute des anges

n'avait pas infecté le paganisme, de môme que la Bible en

était aussi exempte. C'est le thalmud seul, rédigé après la

captivité de Bahylonc, qui a introduit cette absurde opinion

dans le monde. Cyrano de Bergerac était un philosophe trop

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