CHATEAUBRIAND
siècle marqué, la ramène par des voies mystérieuses dans le foyer du soleil.
« Le poëte chrétien est seul initié au secret de ces merveilles. De globes en globes, de soleils en soleils, avec les Séraphins, les Trônes, les Ardeurs qui gouvernent les mondes, l'imaginalion fatiguée redescend enfin sur la terre, comme un fleuve qui, par une cascade magnifique, épanche ses flots d'or à l'aspect d'un couchant radieux*. »
« Nous n'avons pas d'enfer chrétien traité d'une manière irréprochable. Ni le Dante, ni le Tasse, ni Milton, ne sont parfaits dans la peinture des lieux de douleurs. Cependant quelques morceaux échappés à ces grands maîtres prouvent que, si toutes les parties du tableau avaient été retouchées avec le même soin, nous posséderions des enfers aussi poétiques que ceux d'Homère on de Virgile*.»
« On avouera que le purgatoire offre aux poètes chrétiens un genre de merveilleux inconnu à l'antiquité. Il n'y a peut-être rien de plus favorable aux muses que ce lieu de purification, placé sur les confins de la douleur et de la joie, où viennent se réunir les sentiments confus du bonheur et de l'infortune. La gradation des souffrances en raison des fautes passées, ces âmes plus ou moins heureuses, plus ou moins brillantes, selon qu'elles approchent de la double éternité des plaisirs et des peines, pourraient fournir des sujets touchants au pinceau. Le purgatoire surpasse en poésie le ciel et l'enfer, en ce qu'il présente un avenir qui manque aux deux premiers ^ »
« Le trait qui distingue essentiellement le paradis de l'Élysée, c'est que, dans le premier, les âmes saintes habitent le ciel avec Dieu et les anges, et que, dans le dernier, les ombres heureuses sont séparées de l'Olympe. Nous avons fait voir, dans plusieurs endroits de cet ouvrage, la différence qui existe entre la félicité des élus et celle des mânes de l'Élysée : autre est de danser ef
1. Génie du ChriUianhme, t. II, p. 102, — 2,Ii'jrf., p. 215'. ^ 3. r&Jd.,p. 225.
■ivjgr^iw