MADAME DE GASPARIN
de faire des festins, autre de connaître la nature des choses, de voir les révolutions des globes, enfin d'être comme associé à l'omniscience, sinon à la toute-puissance de Dieu. Il est pourtant extraordinaire qu'avec tant d'avantages les poëtes chrétiens aient échoué dans la peinture du ciel. Les uns ont échoué par timidité
« Il est dans la nature de Thomme de ne sympathiser qu'avec les choses qui ont du rapport avec lui, et qui le saisissent par un certain côté, tel, par exemple, que le malheur. Le ciel, où règne une félicité sans bornes, est trop au-dessus de la con-' dition humaine, pour que l'âme soit fort touchée du bonheur ' des élus ; on ne s'intéresse guère à des êtres parfaitement heureux.
a Pour éviter la froideur qui résulte de l'éternelle et toujours semblable félicité des justes, on pourrait essayer d'établir, dans le ciel, une espérance, une attente quelconque de plus de bonheur, ou d'une époque inconnue dans la révolution des êtres. On pourrait rappeler davatage les choses humaines, soit en tirant des comparaisons, soit en donnant des affections et même des passions aux élus. L'Écriture nous parle des espérances et des saintes tristesses du ciel *
L'auteur des Horizons célestes exprime et développe à son tour la même pensée :
« Qu'on ait peur du jugement dernier, dit madame de Gasparin, cela se comprend; qu'on ait peur du paradis, cela ne se conçoit pas. Et cependant, lorsqu'on y regarde de près, rien de plus justifié qu'un tel effroi.
« Il y a deux paradis : celui de Dieu, et celui des hommes.
« L'un, parfait en beauté, devrait exercer sur nous une attraction irrésistible; mais on ne le connaît guère; peu de gens prennent la peine d'en aller chercher le reûet aux pages de la