MADAME DE GASPARIN
Bible. L'autre, que les hommes ont fait aussi bien qu'ils l'ont pu, étonne plus qu'il ne réjouit. C'est de celui-là que les meilleures âmes se donnent frayeur.
« Il n'a rien de nettement accusé; et ce vague me pénètre de crainte. ;
« Regardez le ciel de Dante
« De la lumière, oui, une belle intensité de lumière... Il y a de l'extase dans l'air qu'on y respire.... Mais des cercles, toujours des cercles!.,. Un carrousel à remplir les cieux, lancé par la main qui jeta les mondes dans l'élher...
« Ne rêvez pas une autre félicité : chanter trois paroles que les siècles redisent aux siècles; resplendir, tournoyer, perdu dans l'ivresse des clartés et du tourbillon, voilà vos joies.
« Dans la sphère transcendante, les âmes immobiles, rangées, j'allais dire piquées sur les gradins de l'amphithéâtre, siègent noyées dans la lumière; au centre. Dieu; trois cercles de dimensions égales : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
« Que sentez-vous? moi je sens de l'épouvante.
« Se perdre dans l'océan de la vie, ou s'anéantir, ce m'est tout un. S'absorber dans l'unité, ou pâlir jusqu'à l'anéantissement, ce m'est tout un.
a Rester impassible, l'ensemble de mes facultés dans une seule: l'adoration, identique chez tous, cela est si contraire à ce que j'ai connu, si opposé à ce que Dieu met en moi, que mon être entier s'en trouve révolté, attristé, je subis pourtant ce ciel-là. »
Après avoir exhalé ces plaintes contre le paradis imaginé par les hommes, le sage, le poète, le croyant se réveille et s'écrie :
« Béni soit mon Dieu, il a compris l'esprit autrement. Son paradis, j'en connais les bords ; et de ces bords émergent tant de clartés ardentes, que mon cœur brûle en moi. Son paradis, je m'y retrouve, perfectionné, sanctifié, avec mon âme, avec mes affections, avec mes souvenirs. Sjn paradis, oh ! qu'il est
MADAME DE 6ASPAIIIN.
plus Simple et plus splendide, à la fois pHis grand et plus voisio de moi. La yie dans le définitif, l'indiYidualité dans l'harmonie f C'est mon pays, ce n'est pas une terre étrangère ; c'est la maison de mon père, ce n'est pas le temple d'une divinité indifTércnte. Je n'y vois pas errer des fantômes uniformes, j'y rencontre mes frères, mes bien^aimés. Ali ! voilà le bonheur qu'il me fallait. Je veux émigrer vers cette contrée; l'apercevoir de loin me donne du courage ; là, je me reposerai, comme on se repose dans le logis du père, en le servant; aller dans votre ciel me donne le frisson; y voir aller mes proches m'accable de tristesse ; ce il'est un bonheur ni pour eux ni pour moi; je ne parviens pas à me consoler. — La superstition, hôte des âmes crédules comme des esprits timorés, crée aussi son paradis; elle y transporte volontiers les passions de la terre. Le ciel légendaire a ses côtés burlesqodp ; il a ses profondeurs effrayantes ; il a des joies d'un éclat blafard... Imaginations désolantes, désolées, non, vous n'êtes pas le ciel de mon Dieu,... - Que sont les déchirements de la séparation, au prix des joies mensongères de sou paradis ? Mieux vaut regretter toujours que d'être ainsi consolé. - L'amertume des larmes, quand c'est un racheté qu'on pleure, la >voilà presque tout entière ; perdu pour moi, le fùt-il dans la sérénité des cieux, je pleurerai. Si vous voulez relever mon âme, dites-moi qu'il vit, que c'est bien lui, que je le reverrai ; que je l'aimerai d'un amour entièrement soumis à Dieu, tirant de lui toutes ses flammes (aucun autre ne me satisferait); dites-moi que mon individualité ne meurt pas, ni ma mémoire; dites-moi que la mort c'est la vie, que ce n'est pas la catalepsie, que ce n'est pas l'anéantissement; alors mon front se tourne vers les cieux ; alors mes jointures se raffermissent ; alors je poursuivrai mon pèlerinage. Mais annihilé, mais réduit à l'état de zéro flamhoyant, si vous me dites cela, je reste foudroyé, n
« Debout, frère chéri, donnons-nous la main, c'est vers le ciel que nous marchons. Otez-moi l'éternité des affections, donnez-moi des enfants, une femme, un père à aimer, avec la condition que c'est pour le temps; prouvez-moi que le cercueil so