‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 152 sur 181 · ALPHONSE ESQUIROS · texte numérisé non relu

ALPHONSE ESQUIROS

les docteurs se Ibiit de la prédestinaiiou. Selon cette doctrine qui a ouvert la voie à toutes les aristocraties, les uns naissent' assures contre la damnation éternelle, les autres y sont, au conraire, promis dès le ventre de leur mère. Les impénétrables deseins de Dieu ont fixé, antérieurement à la naissance, le sort de ces deux classes d'hommes, les élus et les réprouvés.

« Cette vue tliéologiquesur la division des peines et des récompenses éternelles ne saurait nous satisfaire. Chacun de nous est 1 auteur, et, pour ainsi dire, l'ouvrier de ses destinée* futures. Tout vicc, toute dégradation est une souffrance. Le mal n'est, en effet, qu une privation, et cette privation augmente à mesure que la souveraine beauté et le souverain bien s'éloignent de l'intelligence et du cœur. Il n'est donc pas besoin de recourir à une intervention directe et merveilleuse de la Divinité pour séparer le sort des justes du sort des méchants. Une loi de gravitation nature le détermine le mouvement de l'àme vers les récompenses ou les châtiments dans ce monde-ci comme dans Tautre. Une sorte de nécessité enchaîne l'homme à ses œuvres; il y a dans ces œuvres accomplies, bonnes ou mauvaises, quelque chose d'impérissable qui s'incorpore à la vie future. Voila dans quel sens chacun de nous prépare ou empêche en lui-même le règne de Dieu. « Il y a des âmes qui sortent du corps mortel sans s'être jamais connues, d'autres qui se sont niées elles-mêmes avec passion. d autres enfin qui ont contracté dans le commerce avec la matière une espèce d'engourdissement; elles ne sauraient participer a la résurrection dans une mesure égale avec les âmes des croyants et des philosophes. La vie future ne sera, sous ce rap- • port, qu'une suite d'inégalités éternelles, dont Torganisme plus ou moins parfait marquera toujours la limite.

« L'enfer et le paradis se retrouvent, avec des variations, Clans les croyances religieuses de tous les peuples qui habitent le monde. Chaque race a empreint son imagination sur le symhohsme de nos destinées futures. A part les inventions, à part le merve.lleux des figures et des rêves, à part la mvthologie de 1 avenir, cette idée d'un état heureux ou malheureux succédant

ALPllOKSE ESQUIROS.

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à la vie présente et continuant, sous forme de peine ou de récompense, la condition de l'existence actuelle, est une idée irrécusable. Les caractères de notre immortalité se calquent sur les traits de notre conscience. Chacune de nos actions porte en ellemême ses conséquences pour le présent et pour l'avenir. Il existe donc un enfer et un paradis philosophiques. Nous entendons par là un système naturel qui lie étroitement les effets aux causes, en deçà et au delà du temps. L'ignorance, l'inquiétude, le remords, la souffrance physique et intellectuelle sont les résultats inévitables du mal, comme la lumière, la paix intérieure, la satisfaction du cœur, le bien-être sont les fruits du bien. Quiconque se replie dans son cgoïsme, borne, pour cette existence-ci et pour les autres, les limites de sa nature morale, et amasse autour de lui des ténèbres qui le suivront douloureusement dans ses destinées ultérieures. Mourir est un acte grave. Le caractère des maladies qui précèdent généralement cette terminaison fatale est de renouveler l'intelligence. Qui de nous ne se souvient d'avoir revêtu, dans une de ces défaillances de la nature, une lucidité d'esprit particulière aux malades, et qui s'obscurcit peu à peu avec la convalescence ?

« L'homme qui meurt frappé dans une circonstance héroïque supplée à cette préparation lente du dernier soupir, en poussant, si l'on ose ainsi dire, son âme vers l'immortalité par l'exaltation féconde de ses sentiments généreux et par le désintéressement de la vie.

u L'expiation, sous diverses formes qui varient de contrées en contrées, tel est le dogme inaltérable sur lequel les croyances religieuses ont établi l'idée des punitions et des épreuves après la mort. La douleur absorbe le mal. De là, chez tous les peuples anciens et modernes, l'idée plus ou moins nette d'une rédemption. Les êtres se rachètent eux-mêmes de leurs fautes ou en sont rachetés à l'aide du sacrifice. Ce qu'il y a de vrai dans les mystères de l'enfer et du purgatoire, c'est l'accomplissement de cette loi naturelle, la purification par la souffrance. La mort est une de ces épreuves par lesquelles l'être se régénère en sortant de

ALPHONSE ESÔUIROS.

la vie; elle est la contre-partie de la naissance, qui, elle aussi, fait sentir à l'enfant, dans le sein de la mère, tous les tourments et les angoisses d'une initiation douloureuse. Nous faisons en mourant les couches de la vie future.

« C'est une question à se faire, si les talents, les bonnes et les mauvaises inclinations que l'homme apporte à la naissance ne seraient pas la suite des lumières acquises, des qualités et des vices recueillis dans une ou plusieurs existences précédentes. Y a-t-il une vie antérieure dont les éléments ont préparé les conditions de la vie qui^ s*accomplit en ce moment pour chacun de ncu>? Les anciens le pensaient ainsi. Les dispositions innées, si diffère ntes chez les enfants, les ont fait croire à des traces laissées par les existences antérieures dans le germe impérissable de l'homme. Dès les premiers jours où l'intelligence des enfants commence à paraître, elle dessine en effet chez eux, en traits confus, un sentiment général des choses qui ressemble à une réminiscence. D'après ce système, nul ne serait étranger aux éléments qu'il apporte en venant dans ce monde.

« Occupons-nous maintenant de ceux qui, ayant accompli dans une ou dans plusieurs existences successives un premier ordre d'épreuves, se trouvent appelés à une vie différente de la nôtre. Quel est le théâtre de cette vie inconnue, qui suppose une nouvelle combinaison de la matière et de l'esprit ?

« C'est une idée très-ancienne, dont on retrouve l'origine dans les traditions des Celtes, nos ancêtres, que les morts, délivrés de leur enveloppe grossière, continuent d'habiter les régions élevées de notre globe, qu'ils assistent sous une forme invisible à nos luttes, à nos épreuves, qu'ils aident môme de leur concours et de leur influence voilée les progrès du genre humain. Ils demeureront ainsi enveloppés dans la vie générale du globe jusqu'à la consommation dernière, c'est-à-dire jusqu'à l'événement prédit qui doit changer les conditions de notre planète et transformer toute la nature. Leur présence au milieu de nous ressemble à celle des dieux homériques; mêlés à nos révolutions, ils jouissent des événements et des résultats qu'ils ont préparés. La part d'action qu'ils

PATRICE LARROQUE

prennent au mouvement de l'histoire n'est peut-être pas médiocre. Si la diliéreace des organismes met entre eux et nos sens une distance malérielle, elle n'empêche point la communion des âmes.

tt Celte présence des trépassés, leur influence sur les destinées de notre globe, auquel ils demeurent attachés pas d'indissolubles liens, tout établit entre eux et nous une intimité de rapports. Tous les peuples de la terre ont cru au pouvoir qu'exercent les morts sur les vivants. Bannie de la froide raison, cette idée se réfugie dans le sentiment, dans l'instinct, duus les mœurs populaires.

« Ce qui a manqué aux ro.i^rju* nciennes, c'est l'idée du progrès; de là, chez les peuples ue l'iude, la croyance à une métempsycose aveugle; de là, chez les chrétiens d'Occident, le sentiment de l'immobilité dans le bonheur. Il existe, selon nous, des cercles d'épreuves dont les âmes sortiront successivement par la mort, et qui constituent les degrés d'une perfection toujours nouvelle. Le progrès est partout, le terme nulle part. Il est dans la nature de certaines âmes d'aspirer au repos absolu. Fatigués du nioude qui les repousse et les meurtrit dans leur sensibilité délicate, les mystiques ont une tendance à ensevelir toute la nature en Dieu.

« La raison ne peut admettre ce bienheureux anéantissement, cette disparition des êtres créés dans le sein du Créateur, ce Mi. vana qui est , suivant les idées indiennes, le terme de la félicité. »

Les vues de M. Alphonse Esquiros sont, comme on le voit, intéressantes et remarquables, et méritaient à ce titre d'être rapportées ici.

Un philosophe plus autorisé, M. Patrice Larroque, doit aussi nous apporter le résultat de ses consciencieuses et libres méditations. Nous avons, dans un autre écrit, énergiquemcnt repoussé ses conclusions rationalistes; nous l'avons blâmé de nier l'éducation de Thumanité (er-

JL^

PATRICE LAIlROQUfi.

rcsirc par Diea, au moyen d'une révélation progressive et CCI laine \ comme d'avoir révoqué en doute le mouvement providentiel de l'histoire, qui a consisté à tout prépare^en vue de la venue du Messie, et, depuis cette venue, à tourner les regards des penseurs et des hommes plus avancés vers le règne futur et l'avènement de l'esprit. Mais ces réserves faites, et nous y persistons, nous n'avons que des éloges à donner à ce qu'on va lire contre le do^me de l'éternité des peines.

« Cette proposition : Dieu peut justement punir le péché tant qu'il n'est pas expié, est incontestable. Mais, à la faveur de ce principe, on essaye de faire passer, comme si cela devait aller de soi, une autre proposition qui contient l'idée la plus fausse, à savoir : que le péché mortel demeure inexpiable pendant toute l'éternité. La raison qu'on en donne, c'est que.le p(?ché éteint pour toujours la charité sans laquelle la justice de Dieu ne saurait être fléchie. On suppose dès lors que l'âme humaine peut être réduite à un état où il lui soit à jamais impossible d'aimer Dieu. Or cette supposition n'est pas soutenable. Que l'homme éloigne sa pensée de Dieu tant que dure l'entraînement de la passion, cela se voit et se conçoit; mais que l'homme qui applique actuellement sa pensée à l'idée de Dieu, c'est-à-dire à l'idée de l'être iniiniment bon, puisse ne pas l'aimer ! que l'homme qui a péché, et parce qu'il a péché, ne puisse pas, lorsque le vertige de la passion a cessé, lorsqu'il sent l'aiguillon poignant de la peine que lui améritée sa faute, lorsque par là môme son intelligence est plus vivement que jamais ramenée à Dieu, plus clairement que jamais illuminée de l'idée du bien, qu'il ne puisse pas aimer Dieu, et qu'il ne le puisse pas môme pendant une éternité de souffrances! cela non-seulement

1. Dans le Prccurstiw religieux, p. 155 elsulv., et dans Saint Jean- Dopiisic,

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ne se comprend pas, mais est monstrueux. Quelle idée vous faites-vous donc de la justice divine? Elle ne saurait être fléchie, dites-vous. Mais d'abord qui vous parle de la fléchir? C'est là une expression qui n'appartient qu'à votre langue. Pour nous, la justice divine doit être nécessairement et parfaitement satisfaite, que nous le voulions ou non, que nous le demandions ou non. Mais, parce qu'elle doit être nécessairement et parfaitement satisfaite, cela implique-t-il qu'elle ne le sera jamais? C'est le contraire qui est évident. Parce qu'elle exige que le péché soit expié, cela implique-t-il qu'elle ne fasse jamais cesser l'expiation du pécheur, qu'elle ne se lasse point de le voir, pendant toute une éternité^se débattant en vain dans les tortures de la souiTraucc, eu un mot, qu'elle ne puisse jamais se satisfaire ?

« On vient d'entendre la théologie préparant, dans les séminaires, ses jeunes lévites à exercer le ministère sacré au milieu d'un siècle qu'ils ne connaissent pas et où ils marchent à tâtons. La voici maintenant essayant de se présenter sous des formes moins sèches et de s'accommoder au goût plus délicat des gens du monde. Avec un peu d'attention, il sera facile de reconnaître que c'est toujours la même théologie ; car le linge fin et la soie qui l'enveloppent mnllement déguisent mal ses allures propres et ses mouvements anguleux.

« Dans la grande peine du péché, dit Bossuet, celle qui lui est « seule proportionnée, c'est la mort éternelle, et cette peine du « péché est enfermée dans le péché même. Car le péché n'étant « autre chose que la séparation volontaire de l'homme qui se rett tire de Dieu^U s'ensuit de là que Dieu se retire aussi de l'homme « et s'en retire ipour jamais, Tliomme n'ayant rien par où il 0 puisse s'y rejoindre de lui-même; ^e sorte que, par ce seul « coup q lie se donne le pécheur, il demeure éternellement séparé « de Dieu, et Dieu forcé par conséquent à se retirer de lui, jus- « qu'à ce que, par un retoui de sa pure miséricorde, il lui plaise « de revenir à son infidèle créature. Ce qui n'arrivant que par « une pure bonté que Dieu ne doit point au pécheur, il s'ensuit « qu'il ne lui doit autre chose qu'une éternelle séparation et sous-

PATRICE LARROQUE

« traction de sa bonté, de sa grâce et de sa présence; mais dÙF « la son malheur est aussi immense qu'il est éternel ». »

« La plus longue vie humaine, comparée à l'éternité, pouvant justement être appelée un instant, ce raisonnement filandreux disons le mot, ce sophisme si peu digne d'un écrivain de cet ordre' peut se traduire ainsi : « Dans un instant d'égarement et au milieu « des étourdissements de sa vie actuelle, l'homme sort du droit « chemin; donc il n'y pourra jamais rentrer, même quand, après * le rcveiUJa peine le forcera à reconnaître son égarement. » Ou mieux encore : « Une créature faible, ignorante et exposée à « toutes les sollicitations de la passion, oublie momentanément « son Créateur; donc celui-ci, dont la science est infinie, la force « souveraine et la bienfaisance inépuisable, doit non-seuleraent « 1 abandonner pour toujours, mais lui infliger d'éternels sup- « plices. « On a remarqué que Bossuet mêlait à cette théorie impitoyable les mots de miséricorde et la bonté de l'Être tout-puissant « Ouvrez, dit à son tour l'abbé de Genoude, les deux grands <« livres du monde, la nature et la Bible, vous y voyez la justice « divine écrite partout en lettres de sang; el, sans cela, les hom. « mes n'y auraient jamais cru; ils se seraient dit ce qu'on entend « môme encore aujourd'hui, au milieu d'un monde sillonné par « la fondre : Dieu ne saurait punir d'un supplice éternel l'offense « d'un moment; comme si Dieu n'était pas infini, comme s'il y « avait rien en Dieu qui ne fût Dieu, sa puissance comme sa jus- « tice, sa justice comme son amoui I... Qu'importent des années « des siècles de souffrances? Il y a des volontés qui braveront «des supplices temporaires plutôt que de fléchir. Dieu sera « vamcu par l'homme... L'Enfer n'estiil pas seul en proportion « avec le choix monstrueux qui renferme implicitement la haine « ou le mépris de Dieu? Dieu ne se doit-il pas à lui-même de " punir éternellement une volonté qui demeurerait éternellement « son ennemie? Dieu juge l'homme non d'après la durée de sa

1. hIéiaUom ù Dieu sur les mystères, VI» semaine, li» éliivallon, t. X. Paris 17 13.

PATRICE LARROQUE

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(i faute, mais d'après la disposition de son cœur. Les peines sont « éternelles, parce que le pécheur a une volonté éternelle dans « le plaisir du péché. Dieu lui aurait donné des millions d'an- « nées qu'il ne serait pas sorti de son péché, il aurait, dit saint « Augustin, souhaité de vivre éternellement dans son crime... « L'homme est si grand qu'il ne faut rien moins que des peines « infinies pour punir le mauvais usage de sa liberté ^ »

« Ainsi, pour que les hommes crussent à la justice divine, il fallait qu'elle fût écrite en lettres de sang! Le mauvais u?age de la liberté humaine demandait des peines éternelles, soit parce que Dieu est infini, soit parce que l'homme est grand ! Il y a des volontés qui eussent bravé des supplices temporaires plutôt que de fléchir, et Dieu eût été vaincu ! Dieu se doit de punir éternellement le pécheur dont la volonté est éternelle dans le plaisir du péché l

« Ramenée à sa dernière expression, cette argumentation ne présente plus que des affirmations gratuites et inintelligibles. Est-ce chose compréhensible, par exemple, que la volonté humaine, parce qu'elle s'écarte momentanément de l'ordre, puisse être éternelle dans le plaisir du péché? Une semblable théorie, pour être empruntée à saint Augustin, n'en a pas plus de sens et ne s'en prêle pas davantage à une discussion sérieuse.

« J'arrive à ces étranges raisonnements : Dieu est infini, donc l'offense qui lui est faite doit être punie d'un supplice éterneh L'homme est grand; donc il faut des peines infinies pour punir le mauvais usage qu'il fait de sa liberté. Il y a des volontés qui braveraient des supplices temporaires, et alors Dieu serait vaincu ; il se doit donc de punir éternellement. Mais qui donc a jamais prétendu que l'homme arriverait à sa fin, au bonheur, tant que sa volonté rebelle refuserait de se soumettre à l'ordre? La peine ne continue-t-elle pas de durer tant que dure l'égarement de la volonté humaine? Comment donc ose-t-on dire que Dieu serait vaincu parce que les supplices auraient une fin? Mais, encore

1. Nouvelle Erposition du dogme catlioliquCf ch. xil. Paris, 184?,

PATRICE LARROOUE.

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une fois, ces supplices ne finissent qu'après que la volonté humaine a expié ses fautes, qu'après qu'elle a cessé de braver Dieu, pour nous servir un instant de la langue des théologiens; car il faut remarquer les expressions qui reviennent constamment dans leurs discours : offense faite à Dieu, braver Dieu, Dieu vaincu par l'homme, haine ou mépris de Dieu, Dieu se doit à lui-même de punir, volonté ennemie de Dieu, Ces expressions mômes et d'autres semblables disent assez qu'ils se représentent Dieu ôomme blessé directement et personnellement par le pécheur, comme irrité contre lui et comme vengeant par les supplices qu'il lui inflige les offenses qu'il en a reçues. Ils ne voient pas que les fautes de l'homme ne peuvent pas plus troubler l'inaltérable sérénité de la cause souveraine, que nos bonnes actions ne peuvent ajouter à sa félicité infinie.

La théologie chrétienne oublie toujours que Dieu est parfaitemment désintéressé, qu'il punit le péché pour le bien du pécheur, qu'il se propose par le châtiment de purifier l'âme humaine de ses souillures et de la rendre digne du bonheur qu'il lui destine, et qu'ainsi, lors même qu'il châtie justement, il ne cesse pas d'ôtre le Dieu infiniment bon. Si donc vous êtes croyants, vous ne sauriez rien faire de mieux que d'imiter ces théologiens tout d'une pièce, qui restant fidèles à leur principe, n'éprouvent aucune répugnance à regarder les éternelles tortures infiigées par un Dieu bon à un nombre infini de es créatures, comm€ un assaisonnement des plaisirs de quelques béats. C'est ce qu'enseigne saint Thomas d'Aquin, transportant ainsi dans la félicité céleste un sentiment des plus terrestres ^ Qui ne reconnaît là, en effet, ce sybaritisme de quelques privilégiés de

1. « Ltbcalitudo sanctorum eîs magis complaceal et de ea uberiores gratias Deo aganf, datur eîs ut pœnam impiorum perfcclo vi- «Icanl... Beat! qui erunt in glom millam compassionem ad dainnaloi habebunt. Sancli de pœnis inipiorum gaudebunt, conaiderando in ei,i divinœ jusliliîE ordinem et giwm liberalioneui de qua gaudebunt. » {Summa thcolofjica, Supplementum ad terliam parlem, quœst. xcxiv, 4irt. i,2el3. Paris, 1C17, tomell.)

la fortune, qui savourent leur bien-être personnel d'autant plus voluptueusement qu'il contraste davantage avec les souffrances des autres hommes, et qui, trouvant dans le contraste même une sorte de condiment pour leurs propres jouissances, se gardent de travaillera atténuer le mal général et font au contraire tout pour le perpétuer? L'enseignement du Docteur angélique sur ce point est atroce ; mais, encore un coup, il est logique. Un autre théologien, développant cet enseignement, ajoute que les bienheureux jouiront des supplices de leurs parents mêmes*. Ainsi, celui qui est admis en paradis voit parfaitement les indicibles et éternels tourments qu'endurent ailleurs son père, ou sa fille, ou son frère, ou son épouse, et non-seulement il n'y compatit point, mais il en jouit ! Et Dieu veut qu'il en soit ainsi pour que ses élus trouvent leur félicité plus exquise'. Quand on lit d'aussi horribles impiétés, on est tenté de se dire que, si l'enfer pouvait exister, ce serait pour ceux qui les ont écrites ou enseignées. Les insensés l ils ont plus besoin de pardon que ceux qu'ils damnent si lestement.

Après ces autorités rationalistes, on nous permettra de citer un catholique orthodoxe, M. d'Orient, qui, devançant M. de Mirville lui-même, a comme lui écrit quatre volumes pour prouver que le magnétisme est dû exclusivement au démon ; et que toute intervention des esprits, dans Tanliquité et de nos jours, doit être rangées dans les manifestations sataniqucs. Mais, avant ces quatre volumes regrettables, il en avait écrit un, Destinées de rame, où il soutient avec énergie la préexistence, la pluralité des existences. C'est une trop bonne fortune pour que nous la dédaignions, d'autant

1. « Beati cœlites non tantum non cognatorum, sed nec parenlum Bcmpitemis suppUciis ad uUam miserallonem Irahentnr; lune lœlebunlur jusli cum viderinl vindiclam; manus suas lavabunt in sanguine peccitorum. » (Drexelius, De xterno damnalorum Canere et Rogo^ épîlre dédicatoire au nonce apostolique Carafa. Munich, 1G30.

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plus qu'il se sert d'argumen 's invincibles. M. d'Orient est plus juste et plus conséquent qu'une multitude de théologiens, qui veulent nous damner pour une seule faute; lui n'admet l'enfer et le jugement qu'après une évolution indéfinie d'épreuves; seulement l'arrêt des épreuves est arbitraire chez lui, comme il Test pour tous ceux qui méconnaissent la grande loi de Dieu. Nous extrairons do son livre : 1° un passage qui explique le péché originel par la préexistence; S® un autre que nous recommandons spécialement à nos lecteurs, sur saint Augustin et sa doctrine touchant les enfants morts en bas ûge (nous attachons à cette discussion une importance révélatrice et capitale); 3** un fragment sur la distribution providentielle des âmes, où nous sommes loin d'approuver tout, mais dont nous reconnaissons la sublime vérité quant aux principes et à l'ensemble. Cela dit, commençons nos citations:

« Sans parler de l'inégalité si considérable des rangs et des fortunes qui frappe de tous côtés les regarJ?, ni rappeler tant (le malheureux qui manquent absolument de pain, quand Tabondance et les délices entourent les favoris du siècle, combien d'autres inégalKcs de toutes sortes entre les fils infortunés d'Adam! Les uns doués de tous les avantages de l'esprit et du corps; les autres privés dès leur naissance des dons les plus nécessaires de la nature, ceux-ci muets et sourds, ceux-là aveugles ou bossus, ou bancals ou estropiés, défigurés de toutes les manières rcrétins, goitreux, imbéciles , apportant avec l'existence les germes de mille affreuses maladies; toute cette immense variété, enfin, des dons naturels que saint Augustin s'est plu à signaler comme de purs effets de la volonté de Dieu, dont la raison devait être cherchée dans la même cause que l'inégale dispcnsation de ses grâces *.

U De Corropiione et Gratia, cap. VU, n. 19 j Contra Julian. Pclag, lib. IV, cap. i:i, n. IG,

Combien de personnes ne voyons-nous pas qui ne peuvent avancer ni réussir en rien, que Dieu semble avoir prises pour but à ses coups les plus douloureux et les plus rudes, et qui sont constamment dans l'infortune et la peine, sans qu'on puisse en découvrir la cause! Pourquoi tant d'enfants qui naissent dans la maladie et la souffrance, et qui souvent ne jettent qu'un cri jusqu'à l'heure prématurée de leur mort? Saint Augustin en était étonné lui même : lui, le docteur de la prédestination gratuite, c'est-à-dire des inégalités et des privilèges, Wue concevait pas, sous un Dieu juste, ces peines imposées à l'enfance; et on a vu que c'était là le principal motif qui lui faisait rejeter l'opinion que les âmes fussent créées exprès pour chaque corps. Car, dit le saint docteur, » sous un « Dieu souverainement équitable et bon, personne ne peut soufa frir qu'il ne l'ait mérité*. »

« Le péché originel d'Adam, par lequel on voudrait expliquer tous les maux et tous les désordres qui se succèdent sur la terre, ne peut avoir ici d'application, car le péché originel est le même pour tous, et il s'agit d'inégalités. Or, quelle cause plus juste et plus raisonnable assigner à ces inégalités, que l'inégalité même des expiations qui sont dues par chacune des âmes pour des péchés antérieurs; en d'autres termes, que la diversité des mérites ou des démérites qu'elles ont acquis dans une première existence? Car rien dans cet univers, ouvrage d'une infinie sagesse, n'arrive par un pur jeu de hasard : rien, sous un Dieu juste, ne se fait sans une souveraine justice : comme tout bien recevra sa récompense, tout mal doit avoir son châtiment ; et celui qui a dit qu'un verre d'eau froide donné en son nom ne perdra point son légitime salaire a dit aussi au prévaricateur : « Tu ne sortiras point de là que tu n'aies payé jusqu'à la dernière obole. » C'est cette variété des dons de la nature et cette diversité d'états, dans les êtres intelligents et libres dont se compose l'universalité du monde,

1. « Sub Deo summe juslo et aummc bono, nemo miser, nîsi mereatur, esse polesi. n

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qui aTnit porté Tillustre Origène à conclure, afin qne la justice de Dieu, dit-il, parût en tout, « qu'il n'y a point d'autres raisons « à doBner de son exisience que la diversité des chutes de ces « êtres, qui ne sont pas séparés en la même sorte de l'unité en « laquelle ils avaient tous originairement été créés. »

« Le sort si différent de ces enfants qui meurent sans avoir reçu ',e baptême, et de ceux qui, au contraire, ne quittent la vie qu'avec la régénération de ce sacrement, a été la grande difficulté qui a constamment arrêté les hommes de' foi qui ont cherché à «concilier, avec la justice de Dieu, les grâces de préférence et lection et les prédestinations gratuites, et la pierre étemelle >^^achoppement où sont venus se briser tour à tour les systèmes (les scmi-pélagiens et des molinistes, qui, à douze siècles d'intervalle, ont vainement essayé d'en trouver et d'en expliquer l'accord. Ici, dit saint Augustin», échouent et viennent se perdre toutes les forces de l'argumentation humaine. Car s'il n'y a pas eu, avant la vie actuelle, une autre vie où les enfants que la privation du baptême fait tomber en la puissance du démon ont pu pécher, la raison, étonnée d'un si rigoureux sort, sera toujours en droit de demander : Où est la justice de Dieu de punir, par d'éternels supplices, ceux qui n'ont fait d'eux-mêmes aucun mal? Si la race entière du genre humain, à cause du péché d'Adam, déplaisait à sa parfaite pureté, qu'il la détruisit, à la bonne heure; mais que ses vengeances ne poursuivent points pour la transgression d'un autre, des innocents. Ou bien faut-il dire avec l'impie Luther, ce qui est la plus sanglante critique qu'on puisse faire de la doctrine des prédestinations gratuites* : « Que si nous trouvons bon que Dieu couronne des indignes, il. « ne faut pas trouver moins bon qu'il damne des innocents. » \ Ils ne sont pas innocents, répond saint Augustin, ces enfants qiL

L « Nempe lotas vires a'giimenlationis humanœ in parvulis perdunt. » {Epist. aJ Slxt., 190, alias 105, cap. vil, n. 31.)

2. Vojcz le Deuxième averliisemcnt de Doisuel sur les Icllrcs du ministre Juriez arl, IV,

meurent sans la grâce du baptême, puisqu'ils tiennent de leur origine le péclié d'Adam * . C'est ce qu'il écrivait au prêtre Sixte, élevé plus tard à la suprême dignité de l'Église, en lui expliquant, contre l'hérésie de Pelage, sa doctrine sur la prédestination et la grâce. Dans la lettre où il discutait les opinions différentes répandues dans son temps sur l'origine des âmes, cette damnation des enfants qui mouraient sans le sacrement du baptême ne lui paraissait pas juste, si c'étaient des âmes toutes neuves créées exprès pour chaque corps. Avait-il oublié alors la justice du péché originel? Point du tout, puisque c'est à cause de ce péché même qu'il comprenait que ces enfants, en qui le baptême ne l'avait point effacé, devaient être inévitablement réprouvés, tenant très-fermement, comme au fondement de la foi, à la doctrine constante de l'Église, que môme les enfants récemment nés ne peuvent être délivrés que pa r le sacrement du Christ de la damnation éternelle à laquelle nous sommes tous, dans notre naissance, universellement condamnés ^.^ Et toutefois, malgré cette croyance si ferme, il demande, il ne cesse de demander dans toute cette lettre, qui n'a point d'autre but , qu'on lui montre quelle est la juste cause d'un si grand mal que Dieu fait souffrir à ces enfants * ?

a 11 est donc certain, par le témoignage même de saint Augustin, que si toutes les âmes sont créées séparément, si elles ne proviennent pas de la seule âme d'Adam, elles ne peuvent être responsables de la faute que le premier homme a commise, ni punies

1. a Neque cnim damnantur qui non peccaverunt, quandoquidcai illud ex une in omncs pertransiit, in quo aute propria in singulii quibusque pcccata omncs communiler peccaverunt. » {Epist. ad Sixt.t zai>, VI, n. 27.)

2. « Non adversari robiislisshnîE ac fundalissima; fidci, qna Chrisli îcclcsia ncc parvulos Iiomines reeenlissiaie nalos a damnalione crédit,.

i lis! pcr graliain noiniiiis Chrisli, quara in suis sacramenlis commanluvif. possc libcrari. » [Epist. ad S. Ilicion. IGG, alias 28, suit hicm.

3. « Tanlum crgo malorum, quic fiunl In purvulis, causa jusla di* calur. » {/Z/id., cap. vi, n. 10.)

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avec justice pour un péché qui, en ce cas, leur est étranger à elles-mômes. Et cependant il est de foi, et c'est le fondement sur lequel le saint évoque a établi toute sa doctrine de la grâce, que ks enfants qui meurent sans être lavés dans, l'eau régénératrice du baptême, exclus pour toujours du royaume des cieux, sont voues à une damnation éternelle. Or, puisque Dieu ne peut damner personne'qui n'ait péché, la conséquence est sûre, dit saint Augustin S c'est qu'ils ont commis quelque faute. Et ainsi nous sont acquises, par son propre aveu, deux vérités importantes : la première, c'est que tous les enfants qui naissent ont péché; la seconde, c'est que, si leurs âmes ne sont pas tirées de la seule âme d'A'lam, ce péché en vertu duquel ils sont damnés justement, lorsqu'ils meurent sans la rémission du baptême, ne peut être le péché d'Adam, dont la punition sur ces âmes serait injuste et tout à fait indigne de Dieu, qui les a appelées à naître.

« Si le péché qui les fait damner justement n'est pas le péché d'Adam, il reste à dire que les âmes ont péché personnellement dans une vie antérieure. C'est ce que nous soutenons. Mais le Docteur de la grâce raisonne différemment. Puisqu'ils sont damnés, dit-il, et partant coupables, Dieu ne pouvant damner injustement qui que ce soit», et que d'ailleurs il est impossible de montrer en ces jeunes enfants aucune faute qu'ils aient pu commettre avant qu'ils fussent parvenus à lage de raison, il faut reconnaître, selon lui, qu'ils ont contracté, par leur naissance même, le péché originel d'Adam, et que c'est ce péché du premier homme qui a rendu damnable toute sa race. C'est-à-dire qu'il prétend prouver parla punition, admise comme article de foi, la transmission de ce péché à tous les descendants d'Adam ; mais qu'il n'a nullement prouvé, par la certitude démontrée de cette transmission, laquelle il avoue qui ne se peut comprendre, la justice de la punition même qu'il lui attribue.

i, « Non aulera damnari poFsenI, si peccatum utiqiie non haberent. » {De Peccator, meritis et remiss. ^Vib, III, cap. iv, n, 7.) 2. • Nec divino judicio injuste posse aliquera damnari, [Ibid^

« En effet, pour expliquer celte transmission, qui rendrait juste à son sentiment la damnation des enfants qui n'ont fait par euxmêmes aucun péché, il veut qu'on croie que toutes les âmes, comme il s'exprime, ont été un seul homme dans Adam», el qu'elles ont toutes été tirées de la substance viciée de son âme, comme des branches qui sortent et se produisent d'une même et mauvaise souche, le péché se trouvant transmis dans les enfants par le vice de leur naissance de la même manière, pour ainsi parler, que la sève est transmise du tronc dans tontes les pousses de la ramification d'un arbre. Mais comment il se pourrait faire que les intelligences, créées libres, naquissent ainsi comme par bouture les unes des autres, de même que la branche, qui n'a pas de volonté propre, naît par une loi toute mécanique de l'accroissement et de la reproduction de la tige, comment, en un mot, on peut assimiler dans leur génération des choses qui sont aussi distinctes et aussi éloignées l'une de l'autre, comme le dit Euler, que le ciel l'est de la terre, c'est ce qu'il faudrait d'abord qu'on eût nettement expliqué et prouvé, c'est ce qu'il faudrait qu'on eût rendu clair et intelligible à la raison.

« L'embarras de ces explications fait assez voir la difficulté où les hommes les plus savants et les plus pieux ont cté de toiit temps d'accorder, avec la justice et la clémence de Dieu, la réprobation éternelle à laquelle on a cru que les enfants qui mouraient sans la rémission du baptême étaient voués. Nous avons des sentiments difîérents et des pensées plus hautes de celui qui ert la source de toute bonté et de toute perfection véritable : nous no pouvons croire qu'il ait une charité plus tendre pour les contempteurs de nos villes, qui font baptiser leurs enfant?, que pour de malheureuses créatures dont tout le crime serait de naître à quelques mille lieues de ces églises qu'ici on profane; et j'avoue qu'en entendant les récits de ce merveilleux zèle qui va chercher, pour le baptiser, jusque dans les entrailles de la mère

1 . « Ortincs illœ unus home fucrunt. « (De Peccator. merit, et rcnùss.t lib. I, cap. x, n. 11.)

D'ORIENT

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Morte, l*enfant près d'expirer, je n*ai pu m'empêcher d'admirer que l'homme, cette imparfaite créature, ait voulu, ait cru avoir plus de miséricorde que le Créateur môme, comme si ce Dieu si puissant et si juste faisait dépendre la vie étemelle d'un coup de dé! »

M. d'Orienl en conclut que ceux qui sont morts non baptisés renaissent à la vie sous une autre forme pour recevoir la grâce et le salut du baptême, et, ayant obtenu la régénération, pouvoir travailler sûrement, dans ces autres existences, à mériter la vie éternelle.

a Tout s'enchaîne et se tient dans celte doctrine, d'ailleurs si fondée en raison, la prescience de Dieu et son accord avec la libre volonté de l'homme. Cette énigme, jusqu'ici indéchiffrable, n'a plus de difficullé, si l'on veut entendre que, connaissant avant sa naissance, par ses œuvres antécédentes, ce qu'il y a dans le cœur de l'homme \ Dieu l'appelle à la vie et l'en retire dans toutes les circonstances qui conviennent le mieux à l'accomplissement de ses desseins. Contemplée de cette hauteur, la scène mouvante du monde se développe sublime et vaste, à l'aide de l'intelligence,, sans obscurité et sans mystère, dans toutes les phases diverses de ses révolutions, depuis les premiers temps de l'histoire jus« qu'à nos jours : sa variété n'apparaît plus, aux regards soudai- Tiement éclairés, que comme un vivant et merveilleux tableau, dont Dieu détermine à sa volonté tous les traits, c'est-à-dire les personnages et les actes, en plaçant au poste précis qu'il sait convenir chacun des êtres intelligents et libres dont il en compose l'admirable spectacle, et qui, par leur valeur propre et la di-

1, « Intellexîsti cogîlaliones mcas de longe. Scmilam meam et fimicultim meum invesligasli et omnes viaa mcas prœvidisli. » (Ps.CXXXVill, v. 3-4.)

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versilé éprouvée de leurs caractères, qu'il connaît parfaitement sont dans ses mains toutes-puissantes.

« Ou comprend comment Dieu est ainsi le maître de tous les événements généraux du monde, dont la connaissance qu'il a des ^mes par leur vie antérieure, et la puissance qui est en lui de disposer de toutes et de chacune en la manière qu'il lui plaît, lui permettent de prévoir dans son infinie science et d'ordonner selon ses desseins toute la suite, à peu près aussi aisément que le talent d'un ouvrier ingénieux et adroit conçoit et dispose, à l'aide de la variété des couleurs, la vive représentation d'un:^ mosaïque, d'un tableau, d'une pièce quelconque de marqueterie : oncomprend toutes ses prévisions de l'avenir, et comment Daniel a pu prédire si exactement la grandeur et les conquêtes d'Alexandre et Isaïe appeler Cyrus par son nom *, bien des siècles avant que ces conquérants fussent venus troubler et effrayer la terre de leur gloire, et comment il est dit que Dieu, pour faire éclater sa puissance parmi les nations, et y répandre la renommée de son nom, a endurci le cœur rebelle et suscité la volonté opiniâtre de rh^raon»; car il suffisait à l'Éternel, pour produire ces effets divers, de rappeler à l'existence certaines âmes qu'il savait nalu Tellement propres à la fin qu'il se proposait d'atteindre. C'est ce qui est expressément marqué dans ce passage de l'apôtre saint Judc, où il semblerait, à le prendre dans le sens qui s'offre directement à l'esprit, qu'un décret de réprobation éternelle de certaines âmes est positivement indiqué , « qu'il s'est introduit dans « l'Eglise des hommes impies qui avaient élé autrefois désignés M pour ce jugement,» ou dont il avait été écrit qu'ils se l'attireraient.

« Ainsi tombe etdisparait la plus grande difficulté de la doctrine de la grâce, qui élait d'expliquer comment il se pouvait faire que Dieu fît miséricorde aux uns et qu'il endurcit les autres, snns

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