EMILE BARRAULT. — SAINT-SIMON ENFANTIN. — L. JOURDAN
Depuis la première édition de notre ouvrage, Emile Barrault a publié, sous ce titre magnifique : le Christ y une série de dialogues trop confîrmatifs de notre philosophie et de notre doctrine pour que nous n'y insistions pas.
Emile Barrault est un ex-saint-simonien.
Or on sait qu'une des idées favorites que le saint-simonisme a répandues dans le monde est celle de la perfectibilité indéfinie du genre humain. Saint-Simon fut l'ami de Condorcet, dont il approuva hautement l'ouvrage intitulé : Tableau des progrès de Vhumanité, Un des livres traduits et commentés avec amour par les disciples de Saint-Simon est V Éducation du genre humain de Lessing, opuscule dans lequel le philosophe allemand représente Dieu comme élevant et instruisant l'humanité par une révélation progressive.
La doctrine saint-simonienne admet aussi la pluralité des mondes et la solidarité universelle.
Voici un passage sur la pluralité des existences tiré d'un de ses traités :
« Repos éternel pour l'homme après la mort, est-ce là ce que
EMILE BARRAULT.
« demandera l'EgliGe de l'ayenir ? Non, non, la vie est une œuvre « joyeuse, l'enfance est un agréable réveil, la vieillesse un endor- « missement délicieux, et la mort le prélude d'uue vie nouvelle, « d'un nouveau progrès. Il ne s'agit donc plus pour nous du ju- « gement dernier et du petit nombre des élus, car nous sommes « tous enfants de Dieu, et l'enfant prodigue lui-même ne doit-il « pas tôt ou tard rentrer sous le toit paternel? »
Ce passage est extrait textuellement de la Religion saintsimonienne {Morale, page 99); on trouve là, et dès 1833, tous les principaux dogmes de notre philosophie sur la destinée. Mais jamais nous ne saurions rencontrer confirmation plus éclatante de tous les points de notre chère doctrine que dans les citations qui vont suivre, extraites du livre d'Emile Barrault, récemment publié.
Avant de passer à l'analyse résumée de ce que dit notre auteur sur la pluralité des mondes habités, quelques mois nous seront permis sur l'importance de cette question en ce qui concerne la vérité pubère et les enseignements de l'esprit.
Nous avons fait voir, dans le cours de notre ouvrage, qu'aux gentils dans les mystères, aux juifs dans le Zohar, aux chrétiens par certaines paroles du Christ recueillies et commentées dans Origène, cette vérité matérielle avait été, soit explicitement, soit implicitement enseignée, comme assise préliminaire, indispensable aux conditions de la vie future, c'est-à-dire à la pluralité des épreuves dans des existences diverses. Même après le remarquable et complet traité de Flammarion, on lira encore avec intérêt quelques-uns des passages magnifiques et vraiment splendides qu'Emile Barrault consacre au développement des mêmes idées, avant de passer à son tour aux questions de la préexistence et
EMILE BARRAULT.
des réincarnations, et de confesser entièrement nos doctrines.
Voici ce qu'il dit :
tt Que faisions-nous de Dieu lorsque nous voulions qu'il se fut longtemps complu dans l'isolement au milieu des vides infinis, qu'il ne se fût arraché à la torpeur et à l'inaction que pour créer la terre, en signe de sa toute-puissance, et en faire le centre de l'univers?
« Notre terre, qui n'a pas plus de trois mille lieues de diamMre. et dont un fil électrique fait faire en un clin d'œil le tour à notre pensée ; — notre terre, que tous les vieux empereurs ont voulu porter dans leur main comme le jouet de leur puissance, et qui ne suffit pas àl'ambilion des derniers de nos moines; —notre terre, disions-nous et disons-nous encore, a rempli les méditations de Dieu jusqu'à il y a six mille ans environ, et nous avons t^uu pendant une éternité Dieu en contemplation devant un grain de poussière. Et comme si ce n'était pas assez, depuis le jour où l'homme a été mis en possession de son domicile, Dieu se repose, sa fécondité est épuisée ou sommeille, en attendant que la terre et la voûte étoilée soient replongées dans le néant pour laisser face à face l'homme et Dieu !
a 0 enfants que nous sommçs 1 nous avons tout rapporté à nous avec un intérêt égoïste ; nous nous jugions les seuls habitants (de l'univers infini).
« Mais voici que l'architecture des cieux se montre à nous dans des dimensions que nous n'avions pas soupçonnées », avec une splendeur dont nous sommes éblouis; là où nous ne pensions voir que des gerbes d'étincelles, nous découvrons des globes plus vastes que notre terre ; là où nous nous contentions d'admirer une poussière d'or, nous découvrons une longue traînée de soleils plus puissants que le nôtre ; là où nous supposions l'immobilité, nous découvrons un enchevêtrement de systèmes qui sont emportés