Voir la Pluralité des mondes habités de Flammarion
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EMILE BARRAULT.
EMILE BARRAULT.
dans Tespace par un souffle divin ; là où nous nous plaisions à voir une clarté blanchâtre sur l'azur, nous découvrons des germes de nouveaux mondes et l'allaitement de nébuleuses innombrables, et la vie partout, Dieu partout ; et voici qu'en baissant les yeux devant ces magnificences, ou qu'en osant les suivre de nos regards effarés, nous sentons je ne sais quelles hymnes sans parole» s'agiter dans notre pensée et mourir sur nos lèvres. Oh ! alors, que pouvons-nous faire? Que tomber à genoux ^t crier: Seigneur l Seigneur î nous ne vous avons point connu !
« N'est-il pas temps que nous rendions au Seigneur, au Créateur, au Père, un hommage viril? Non, je ne veux plus qu'on fasse entrer Dieu dans une chronologie bornée, dans une géométrie limitée ; c'est un dieu fait à mon image, c'est une idole, ce n'est pas Dieu ; vous me le cachez, vous me le dérobez, rendezmoi le vrai Dieu ! Faites circuler devant ma pensée des millions de mondes, d'étoiles, de planètes, de satellites, dans les champs de l'espace sans bornes ; entassez des milliards d'années sur des milliards de siècles dans l'abîme sans fond du temps; l'infini du temps et l'infini de l'espace sont les signes sensibles de l'infini ilivin, et c'est seulement aujourd'hui que je respire à l'aise, sans m'épouvanter de la petitesse de notre terre, qui semble n'entrer dans le ciel que pour s'y perdre comme un atome; je n'en sens que davantage la bonté de Dieu qu i daigne nous aimer, la grandeur de mon àme qui est ftiite pour le comprendre et l'imiter. Voilà mon Dieu, le Dieu de la science, le Dieu des chrétiens, oui, des chrétiens eux-mêmes ! N'est-ce pas la longue familiarité de l'esprit humain avec les abstractions divines qui le disposent à la recherche des lois générales dans l'étude des phénomènes? N'est-ce pas la contemplation habituelle de l'infini qui l'invite à en poursuivre la perspective dans toutes les directions de l'univers? Ahi ne regrettons plus d'avoir tenu nos regards si longtemps attachés aux voûtes du ciel comme aux frontières de notre patrie; au delà de ces voûtes que nous avons brisées, c'était Ditu qîîc nous cherchions dans cette sphère aux millions de sphères* dans le ciel où vit tout ce qui se meut, tout ce qui respire.
« Oui, c'était Dieu que nous y cherchions, et l'homme. Nous avons cru que Thabitant de la terre était la créature unique du Seigneur, excès d'orgueil; mais nous ne l'avions cru digne que d'un douloureux séjour, excès d'humilité ; l'homme est innombrable et il habite les cieux. Nous nous étions nommés le peuple de Dieu, les gentils sont en masse dans les astres qui nous entourent. De même qu'au quinzième siècle nous fûmes saisis d'étonnemcnt en apprenant qu'il y avait d'autres races dans ua autre continent, aujourd'hui nous regardons à travers cet océan d'éther qui nous enveloppe, et nous y devinons avec ravissement de nouvelles populations ; que dis-je ? d'autres familles du genre humain qui remplit l'espace, afin que partout Dieu soit connu, servi, glorifié. La science n'élargit nos horizons que pour nous permettre de découvrir des frères là où elle ne découvre que des mondes.
«Hélas! que de débats, que de déchirements avant que la science et la religion aient conclu leur alliance 1 Nos savants nous font connaître le temple, mais ils méconnaissent le Dieu ; nos théologiens aiment le Dieu, mais ils s'obstinent à mesurer le temple d'après leurs versets, tant ils ont peur que nous n'adorions le temple et cessions d'adorer Dieu. Épreuve douloureuse dont je ne m'alarme pas. Si la religion est le nœud de tous les amoui-s, craindrons-nous de la faire passer par la science, c'est-à-dire par la connaissance des lois de Dieu dans l'univers et dans l'homme? Est-ce la religion qui deviendra athée, n'est-ce pas la science qui prononcera enfin ce nom de Dieu dont elle ne fait encore qu'épeler les lettres? Oui, leur alliance se conclura; œuvre immense réservée à une légion d'esprits supérieurs qui ne sont pas encore nés peut-être ici-bas^ que sais-jc? à des conciles vraiment œcuméniques où siégeront les représentants de tous les sacerdoces et de toutes les académies, afin de refaire la Genèse et de refaire ensuite le catéchisme. »
Admirons et approuvons.
Ou n*a pas tout fait quand on a démontré la pluralité des
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mondes habités, il faut encore aller plus loin, admettre non-seulement la solidarité de toutes les demeures du ciel, mais encore leur pénétration réciproque et l'ascension progressive des âmes dans ces divers séjours, plus ou moins enviables, plus ou moins parfaits, selon qu'ils s'approchent ou s'éloignent de Dieu, cet aimant universel de la création spirituelle, ce centre auquel tendent tous les êtres doués d'amour, d'intelligence et de volonté. Emile Barrault, dans son livre, va plus loin aussi; il conçoit la liaison réciproque et la pénétrabilité des sphères de l'univers. Écoutez ces sublimes paroles :
f Osons porter nos regards au delà de la terre. Les habitants de notre planète font partie d'un groupe que nous nommerons l'humanité solaire. Toutes ces populations, quelles que soient leurs organisations diverses, ne composent au fond qu'un seul peuple, le genre humain, qui comprend tous les degrés de l'intelligence, de l'activité, de l'amour, depuis le rang où il confine encore à la hôte, jusqu'à celui où il revêt la nature angéhque ^ Sans nul doute, il est des mondes supérieurs au nôtre, d'autres sans doute lui sont inférieurs. S'est-il formé parmi nous de si hautes vertus, s'y est-il développé de si hautes facultés qu'elles aient été jngées dignes d'une assomption dans des astres privilégiés? Y a-t-il eu parmi nous des scènes si criminelles qu'elles aient dû descendre dans un lieu d'épreuves plus formidable? Serait-ce là une transformation du ciel et de l'enfer des chrétiens? D'une autre part, nous est-il permis de supposer que notre terre a été visitée par des âmes appartenant à des mondes meilleurs, qui ont voulu remplir -parmi nous un apostolat de lumière ou de bonté, payé d'ingratitude peut-être? Un sujet si nouveau soulève bien des conjectures, provoque bien des divinations ; nous nous bornerons à affirmer, au nom du Dieu vivant,
1. Voir noire dernier ouvrage, les Bardes druidiques, synlhcse, tic.
que les nations de l'univers ne sont pas destinées à demeurer étrangères les unes aux autres ; un jour peut-être elles communiqueront librement entre elles. Cependant il nous semble qu'actuellement les peuples du groupe solaire sont encore dans des conditions d'affinité spéciale qui restreignent nos excursions ordinaires à l'orbite du système. Regardons les planètes, sœurs de la terre, comme leurs habitants regardent la nôtre ; ne sont-ce pas les stations diverses de toutes les âmes de notre terre qui ne sont pas exceptionnellement élevées? ■
La transmigration des ûmes dans une sphère proportionnée à ses mérites, leur ascension progressive, telle est la vérité morale qu'il faut joindre à la vérité matérielle de la pluralité des mondes, et c'est pourquoi nous avons écrit sur ce sujet, après le bel ouvrage de Camille Flammarion qui s'était chargé de démontrer scientifiquement et philosophiquement la première partie des doctrines de notre âge. Il s'est acquitté de sa tâche magistralement, nous avons fait aussi notre possible pour la deuxième partie qui nous était confiée, mais nous n'avons pu résumer avec le talent incomparable d'Emile Barrault les raisons lumineuses qui militent en faveur de la préexistence et des réincarnations; c'est donc avec bonheur que nous donnons les fragments qu'on va lire :
« Si la destination de chacun de nous est de réaliser en lui le type humain dans sa perfection, une vie est bien courte; il en faut plusieurs avec la diversité des conditions de milieu, de telle sorte que les aptitudes encore latentes soient provoquées à paraître et que celles qui ont jeté leur éclat soient remises au repos, comme un fonds acquis qui ne peut plus se perdre; que le chemin soit ouvert à la vertu qui n'a pas d'issue , jusqu'à ce que l'organisation soit heureusement équilibrée.
« Combien sont morts pleins de jours eu se disant : Nous
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n'avons point fait ce que nous projetions de faire; nous nous étions tracé une voie et nous en avons été divertis. Nous ne sommes point ce que nous voulions être; nous n'avons point réalisé cet idéal que nous nous étions proposé aux jours de notre jeunesse, et voici que nous mourons, nous n'avons point assez vécu. Chez les meilleurs, en effet, certaines facultés sont comme amoindries par le surcroît d*exercice des autres. Il est des vertus extrêmes qui supposent des vices, des surabondances qui correspondent à des lacunes, des reliefs qui veulent des creux. Aucun homme ne se peut compléter sans avoir passé par toutes les situations; personne ne se connaît bien s'il n'a été expérimenté sous toutes les faces. Tel a su être pauvre, aurait-il su être riche? Tel a su être riche, aurait-il su être pauvre? Celui-ci a dignement supporté l'humilité, aurait-il échappé à l'enivrement du pouvoir? Celui-là a vécu sur le sommet d'une colonne, comment aurait-il vécu sur la place publique? Un autre a régi sa chair dans un cloître, l'aurait-il aussi bien gouvernée au milieu des amorces du monde? Et véritablement, ont-ils été hommes, ces saints qui n'ont jamais connu le pudique amour d'une femme ni son influence vivifiante? Ne manquc-t-il rien enfin à ces métaphysiciens qui n'ont jamais adoré Dieu, à ces physiciens qui raillent les problèmes de la métaphysique, aux savants et aux industriels qui professent un mépris réciproque de l'industrie et de la science, sauf à mépriser en commun la poésie?
« Mais sortons de l'exception. Vous semble-t-il que ces générations qui se sont succédé dans la misère, dans l'ignorance et dans tous les vices nés de l'indigence de l'esprit et du corps, aient donné la mesure de ce qu'elles peuvent être? Et que n'aurionsnous pas à dire de la masse des populations étrangères à la famille chrétienne? Que n'aurions-nous pas à dire surtout de ceux qui meurent à la fleur de l'âge entre la naissance et la puberté, de celte multitude d'enfants et d'adolescents qu'on peut évaluer à un tiers de l'espèce humaine, dont la plus grande partie, privée du baptême, est vouée au bonheur négatif dans les limbes, ce quatrième lieu que l'Église inventa pour abriter tant de morts encore inno-
cents? Dieu a donc créé le tiers du genre humain pour le pétrifier dans l'enfance? Dieu! le Dieu vivant leur a donné l'être pour les réduire à l'état d'avortons pendant l'éternité?
« Il y a par siècle des centaines de millions d'individus qui n'ont été que des ébauches de l'humanité, tandis que tant d'antres, avec leurs appétits de brute ou de bête sauvage, n'ont passé parmi nous que comme des monstres.
« Le vieux paganisme n'a rien trouvé d'efficace pour le retour des exceptions à la règle commune, pour le redressement du grand nombre, pour le perfectionnement des meilleurs. Après le paganisme, qu'est-ce qu'on a fait? Le ciel et l'enfer, qu'on nous passe l'expression triviale, sont deux cuh-de-sac ; le bien s'arrête dans l'un, le mal dans l'autre. Quant au purgatoire, c'est un pénitencier qui ne fournit pas au repentir les moyens de la réparation, qui laisse Tintentiou de mieux agir sans effet; comme si la vie se régéhciait par la contemplation et par la solitude seulement, comme s'il n'y fallait pas Yacte et le contact? Dieu veut que chacun de nous achève sa création par lui-même et par le concours de ses frères. Dieu veut que tant d'individualités indécise?, molles, flottantes encore à celte heure, acquièrent leur existence et se fassent une effigie; que tant d'autres individualités tranchées, rudes, blessantes, soient polies et cultivées. Dieu veut aussi que les meilleurs ne cessent de s'améliorer. Qui a monte doit monter encore; qui est dans l'infimité s'élèvera; du plus petit au plus grand, chacun de nous a son desideratum. Chacun de nous, en portant la main à sa tête ou sur son cœur, doit se dire qu'il y a là quelque chose qui n'est point encore sorti. Oui, chacun de nous naît avec un péché originel qu'il doit corriger, avec des mérites originels qu'il doit développer; et c'est pourquoi Dieu nous accorde à tous le bienfait d'une vie toujours nouvelle. »
Peut-on trouver plus de clarté et de précisiou dans les raisonnements, plus de vraie grandeur à la forme et au fond?
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Citons encore :
« Nous n'avons encore bien vécu, ni entre nous ni avec notre planète. C'était dans un ciel incorruptible que se formait la société durable ; ici-bas tout était transitoire, nous passions comme des voyageurs impatients d'arriver au terme de la course , ne nouant entre nous que des liens éphémères, haletants du désir de nous précipiter dans l'empyrée. Aujourd'hui, quelles que soieut nos destinées ultérieures, nous avons à constituer une société sur notre globe, à y consommer l'unité de notre espèce, et la théorie de la vie éternelle doit être en rapport avec cet idéal terrestre. Or, s'il est admis que ce sont les générations présentes qui revivront dans les générations futures, l'humanité n'est plus comparable ni à une succession de flots qui vont s'engloutir dans l'Océan, — ni à l'arbre qui se dépouille et reverdit sans que le printemps se pare des feuilles tombées en automne, — ni an corps qui se renouvelle insensiblement dans ses molécules, demeurant semblable à lui-même, et n'a rien retenu de ses éléments primitifs; non, l'humanité se rajeunit incessamment, et ne perd rien de sa substance; les relations de ses membres sont diversifiées par leurs transformations, jamais interrompues; sa solidarité ne souffre d'aucun déficit; aux heures solennelles où elle évoque ses ancêtres et sa postérité, où elle jure par leurs cendres et par leurs germes, elle sent vibrer en elle tous les anneaux d'une chair vivante. Donc, croyons l'humanité unie à ses pères, unie à ses fils, afin qu'elle accomplisse sa mission avec une vaillance inconnue. Ses pères sont en elle comme un sénat qui l'avertit et qu'elle entraîne ; ses fils comme une plèbe qui la pousse et qu'elle modère. Heureux ceux qui naîtront après nous, heureux nous-mêmes, lorsque tous seront pénétrés de cette foi t Chacun de nous saura qu'il est déjà venu ici, et qu'il y reviendra; qVil n'y est pas un hôte campant sous une tente qu'on dresse aujourd'hui, et qu'on abat demaiu ; qu'il y doit fonder son avenir par ses travaux, par ses amitiés, par son attachement à la cité, et personne ne se préoccupera de se faire à la hâte un bon-
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heur égoïste dont il ne retrouverait plus que les débris au retour. Semons ici-bas, c*est ici-bas que nous habiterons * ; mettons le gland en terre, nous nous asseoirons à l'ombre du chêne. Mais pratiquons la justice, ou craignons d'ôtreun jour jugés par nos victimes. Tout^e que nous prendrons nous sera ôlé; tout ce que nous donnerons nous sera rendu. Nous ne pouvons rien pour nous-mêmes, qu'à la condition de vouloir pour tous, et nous ne nous élèverons dans une sphère plus lumineuse qu'avec cette liTimanité à laquelle Dieu nous associe*.
« D'ici, je voudrais pouvoir penser que tous ceux qui ont souffert dans le passé espèrent aujourd'hui; que tous ceux qui espèrent dans le présent jouiront dans l'avenir; que tous ceux dont les facultés se sont atrophiées dans des crânes étroits revivent ou revivront avec ce front qu'un cerveau dilaté élargit et fait rayonner; que tous ceux qui ont souillé leurs mains de sang tendront
un jour à leurs frères une main fraternelle Et moi-même, je
voudrais pouvoir m'endormir avec le mot de Gœlhe sur les lèvres : De la lumière^ encore de la lumière; et, de sommeils en sommeils, de réveils en réveils, arriver à ce point où la lumière nous est donnée dans la plénitude. »
Passant de ces considérations sublimes à Tappréciation de la foi enfantine de nos Pères, notre éminent auteur combat par des raisonnements auxquels il n'y a rien à répliquer les fausses notions sur le péché originel, l'enfer et le purgatoire vulgairement entendus. Il conclut ainsi :
« N'hésitons plus à remplacer l'antique hypothèse par une doc trine conforme à l'état naturel de nos connaissances et de nos sentiments. Selon l'hypothèse biblique, l'homme créé parfait est précipité du monde de l'esprit dans le monde de la matière, d'où H doit se relever; selon les données de la science, l'homme ar-
1 Tant que nous n'aurons pas mérité un plus heureux séjour. 2, Sauf les ascinsions individuelles et selon le* mérites.
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rive da monde de la matière au monde de l'esprit pour continuer à s'élever. Là les termes de l'ancienne théorie sont renversés. Selon l'liypoth(>se biblique, la chute est une suite de l'initiation à la science du bien et du mal, que l'homme ne peut acquérir sans descendre du rang d'essence supérieure; selon les données scientifiques, l'homme ne s'élève au-dessus de l'innocence de la brute que par le discernement du bien et du mal, que par la conscience de sa responsabilité; ce qu'on nomme sa faute est la lin do sa confusion avec les êtres inférieurs. Et les termes do l'ancienne théorie sont une seconde fois renversés. Enfin , selon l'hypothcse bibliiiue, l'homme, après avoir reçu le souflle divin, entre en communication avec le serpent, symbole des instincts terrestres ; selon les données scientifiques , l'homme commence par un long engagement avec le serpent avant de recevoir l'empreinte de son caractère. Et les termes de l'ancienne théorie sont renversés une troisième fois. Nous étonnerons-nous de ce que la vérité se soit présentée à nos pères dans un sens inverse de celui que nous adoptons? Nos pères plaçaient à l'entrée l'idéal que nous plaçons au lerme de la carrière, parce qu'ils ignoraient la vertu progressive de notre espèce, démentie par le témoignage de leurs yeux, que le spectacle de tant de maux affligeait.
a Le dualisme du ciel et de l'enfer me parait correspondre au dualisme des principes du bien et du mal. Alors la récompense du bien s'égale à la durée de Dieu, le mal demeure inexpiable comme Satan; alors il y a deux humanités, l'une élixir réservé au ciel, l'autre sorte de caput mortuum bon à jeter aux flammes éternelles. Le Christ n'a point aboli notre croyance aux deux principes; il a dit simplement ce que nous pouvions porter; sans attendrir la dureté de nos cœurs ni dissiper les ténèbres de nos esprits par une révélation intempestive, il nous a laissé le méîite d'aller au delà de la lettre en nous conformant à son esprit. Et c'est ce qui fut fait par l'Église, lorsqu'elle s'inspira de quelques paroles du Sauveur pour ajouter aux deux lieux qu'il avait désignés, l'enfer et le ciel, un troisième lieu, qui créa entre les réprouvés cl les '^lus la classe intermédiaire des éligibles, qui
idmit des peines temporaires et fructueuses à côté des peines stériles et éternelles; le purgatoire fut le tempérament d'un régime effroyable, et nous avons à la glorifier d'avoir alors cherché. Que se passe-t-il ensuite? Le monde réforme sa pénalité; il en vient à ne considérer comme légitime que le châtiment qui amende le coupable; il se convainc qu'il est possible de maintenir l'ordre sans questionner, rouer, écartcler ou brûler les gens;; enfin, il s'indigne des châtiments qu'on prêche au nom de Dieu» et il reproche à l'Église de persévérer dans la barbarie dont il s'affranchit, d'être moins chrétienne que lui. Rome demeure muette; mais notre grande Église fourmille de petites églises. Nos théologiens, poussés par l'opinion publique, élargissent la voie du paradis et travaillent à faire un sentier du grand chemin de la perdition; quelques-uns plus hardis, émus des inspirations laïques sur ce thème de la vie future, les transposent dans le ton sacerdotal... Tout le monde va donc cherchant, n'est-ce pas qu'il y a quelque chose à trouver? Et moi aussi je cherche; à l'âge où je suis, le présent touche moins que le passé ou l'avenir. Nous avons beau ignorer où, comment, sous quelle forme nous persistons au delà delà tombe, nous voulons être immortels; nous nous demandons ce que nos morts sont devenus, ce que nous deviendrom>nousmcmes, ce que Dieu réserve à tant de générations qui viennent et s'en vont, paraissent et disparaissent, mais qui ne périssent pas. Ce qui finit recommence; nous sommes aujourd'hui, nous serons demain. Notre essence ne se noie pas dans l'ombre, elle ne s'abîme pas dans la lumière; ce qui a une fois aimé aimera toujours...
« Ne m'attribuez aucune prédilection pour les méchants; permettez-moi seulement de ne pas voir en eux des êtres à part, marqués du sceau de la réprobation ; ce sont des êtres inférieurs appartenant encore à l'âge de l'humanité bestiale^ et ils en sortiront, dussent-ils y être forcés par des châtiments qui leur fassent crier merci. Eu combien de tours de cadran, Dieu le sait. La limitation de l'épreuve à une seule existence est un simple règlement disciplinaire de l'Église, qui semble actuellement injurieux
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à l'indélassable miséricorde de Dieu et au bon sens. Quoi I Dieu est le bien même, et Dieu voudrait la perpétuité du mal, puisqu'il scellerait leurs âmes dans l'impénitence sans fin et les ensevelirait dans leur crime à tout jamais? Le mal n'est que la négation du bien, comme saint Augustin l'a dit, et il plairait à Dieu d'en faire quelque chose de réel en lui attribuant l'éternité? Chose étrange! L'homme est lent à faire son éducation, et on brusque sa destinée; Dieu est éternel, et on le fait avare du temps. Et quel est le prétexte de cette justice précipitée et inexorable? Une sorte de roman sur le libre arbitre et la grâce; la grâce qui provoque le libre arbitre et épuise ses avances, le libre arbitre qui tantôt conspire avec la grâce , tantôt se dérobe à elle et la répudie ; Dieu accepté sauve. Dieu refusé perd, et ce drame terrible s'accomplit selon la règle des vingt-quatre heures, pour tous indistinctement. La bonté de Dieu ne désespère pas des désespérés eux-mêmes. Vivants ou morts, ici ou ailleurs, nous sommes tous appelés à nous améliorer, c'est la fin de Vètre humain ; tous, dis-je , il n'y a qu'une seule espèce d'humanité, nous sommes tous responsables les uns des autres, tous solidaires ; si un seul est damné, tous le seront; mais si un seul est sauvé, tous le seront, tous doivent l'être!
a Un jour peut-être nous aurons le secret de nos prodigieuses inégalités; nous saurons pourquoi les uns naissent avec la pente au bien et le dégoût du mal, les autres avec l'aversion du bien et l'inclination au mal ; pourquoi plusieurs naissent dans un milieu qui fait fleurir les heureuses dispositions et neutralise les mauvaises, tandis que plusieurs sont excités par toutes les influences extérieures au déchaînement du vice; pourquoi cette distance qui sépare le paria du brahmine, le Papou de l'Européen, et, sous les enseignes d'une civilisation commune, les chrétiens incultes des chrétiens cultivés. Jusqu'à présent le mystère nous échappe; mais ce que nous savons, c'est que ces inégalités doivent s'efi'acer; l'humanité n'aura rempli sa tâche que lorsque tout ce qui porte le cachet lamentable de l'infériorité sera élevé au rang occupé aujourd'hui par ses élus. Qu'est-ce à dire, sinon que la
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création de notre espèce se continue, et ne sera achevée qu'à l'heure où tous les hommes seront consommés dans l'unité. »
ContinuoTis notre analyse et nos citations :
« Lorsque notre doctrine (la pluralité des existences) sera admise, il nous arrivera de voir plus distinctement en nous. Quelquefois, vous le savez, nous pensons reconnaître des lieux auxquels nous faisons une première visite; d'autres fois, en apprenant une science, nous pensons ne faire que la rapprendre ; d'autres fois, nous nous sentons comme interrogés jusqu'au fond de nous-mêmes par le récit d'un événement, et nous répondons : « Nous étions là ! » Un jour nous aurons des traits de lumière plus pénétrants sur ce que nous fûmes. Jusqu'à présent, nous sommes forcés d'avouer que nos existences antérieures ne nous laissent aucune réminiscence; mais qu'en pouvons-nous conclure contre leur réalité? Chacun de nous doit revenir sur la terre dans \^ plénitude de sa liberté pour y obéir à des inspirations nouvelles, à de nouvelles attractions; à moins d'une interruption de nos souvenirs; notre présent aurait à subir l'obsession de notre passé. Cependant, de même qu'il nous est donné de revivre avec le bénéfice de l'oubli, il y a sans doute des instants où, dans la limite de ce qui importe à nos progrès, nous constatons notre identité sous les formes diverses que nous avons revêtues, de telle sorte que le moi se perd et se ressaisit à travers ses transmigrations, comme il se dissipe et se retrouve à travers les vicissitudes du sommeil et de la veille, de la nuit et du jour. Est-ce à dire que nous sommes condamnés à cette défectuosité à tout jamais? A mesure que nous nous élèverons dans la hiérarchie des êtres, la mémoire se développera en même temps que nos autres facultés; nous aurons une conscience plus nette de notre histoire. Alors nous lirons en nous-mêmes le livre qui contient nos gestes, le livre que nous écrivons page par page, souvent en efTaçaut, souvent en arrachant ce que nous avons tracé et ce que nous vouâ.ions abolir; tous les feuillets revivront sous nos yeux, et nous
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ENFANTIN
saurons d'où nous sommes partis, quels événements, quelles stations ont marqué notre itinéraire; au point où nous serons parvenus, nous lirons tout sans lionte, sans douleur, sans effroi, tout aura été glorieusement réparé, et nous porterons notre livre de vie comme une excitation et non comme un fardeau. Le moine se possède pas qu'il ne se sache ; mais nous sommes encore trop imparfaits pour être déjà si favorisés ; soyons patients et méritons. « Maintenant, est-ce un chagrin que d'avoir vécu? puisque nous nous promettons une immortalité au delà de la tombe, ne nous dénions pas une immortalité en deçà du berceau. Pourquoi refuserions-nous de reparaître sur cette terre où nous sommes aussi près de Dieu que dans tout autre coin de l'univers?
« Nous est-il si doux de croire que nos morts se désintéressent de notre globe, et les aimons-nous mieux à l'état d'ombres, de simulacres, de fantômes, qu'à l'état actif militant? L'Église a consacré entre les vivants et les morts une réciprocité d'influences, nous ne faisons que développer ces liens eu affirmant que nos relations sympathiques, au lieu de s'exercer à distance, s'exercent par une communication immédiate. Tout est plus réel que nous ne pensons ; nous croyons trop aux abstractions, pas assez à la vie* « Le sang des martyrs était une semence de chrétiens, » a-t-on dit ; cela est vrai ; mais n'est-ce pas que tous ces martyrs, que la piété populaire voyait monter au ciel en tuniques blanches et les palmes aux mains, revivaient dans leurs frères pour les animer de leur courage éprouvé, pour vaincre dans ce grand combat de la persécution auquel ils s*étaienl immolés ? Nous disons aussi qu*on ne tue pas les idées ; ne nous expliquons-nous pas mieux la chose en supposant que les générations auxquelles ces idées étaient chères ressuscitent pour les défendre par ellesmêmes ou par les leurs? Ouij les morts reviennent, les vivants ont pratiqué la mort, après avoir terminé l'opposition du monde mystérieux et du monde visible. Croyons, croyons fermement que tout homme est un résumé d'existences antérieures ; il est luimême la longue suite de ses ancêtres et les actes de sa vie sont Tengendrement d'un rejeton qui s'ajoute à son arbre généalogique^
En un mot, tout homme se compose de nombreux personnages qui n'en font qu'un, qui sont d'autant plus lui qu'il a été soumis à de nombreuses épreuves, d'autant plus responsable qu'il a eu les occasions de s'éprouver. Chacun de nous a fait sa destinée; chacun de nous revit avec son doit et son avoir; il dépend de lui d'avoir un lourd passif ou un gros actif, et de faire, à sa honte ou à sa gloire, son inventaire et sa liquidation. Aucun lien ne périt, toute chose se retrouve à son heure, et le développement de la sympathie générale ne ruine ni les attaches personnelles ni les affinités électives. Nos amitiés sont nouées pour l'éternité, voilà la douceur; ce qu'on ne peut éterniser, c'est la forme sous laquelle elles paraîtront. Tantôt, ainsi qu'on l'a dit, le mort se choisit pour tombe un des vivants qui le pleurent ; tantôt il vit non loin d'eux ; d'autres fois, il se dérobe à leurs regrets et ne trahit sa présence que par une voix intérieure, une lueur fugitive, un arôme. Aimons et fions-nous à Dieu. »
Que conclure de tout cela? — Que les temps sont proches, puisque toutes les généreuses doctrines semblent prêtes à s'unir avec la nôtre; que celle-ci est la préparatrice de ravénement nouveau de l'esprit, puisque toutes les voix des penseurs distingués s'accordent dans les mêmes affirmations.
Les yeux levés au ciel, dans une ferme foi, espérons et attendons I
Emile Barrault n'a du reste fait que développer admirablement la pensée de son maître Saint-Simon, dont nous avons cité en commençant un passage décisif. Et plusieurs autres disciples ont aussi enseigné les mêmes doctrines. Contentons-nous de rapporter deux passages, le premier, extrait de la Vie étemelle d'Enfantin, le second, d'un écrit de Louis Jourdan :
« Je ne veux pas, comme le matérialiste athée, que ma person-
ENFANTIN
nalité finisse en bois mort, en cadavre; je veux, comme le spiritual iste croyant, qu'elle se perpétue, mais non dans des conditions incompatibles, contradictoires avec la vie elle-même, et qui la priveraient de tout ce qu'elle aime. En un mot, plus ambitieux plus logique et j'ose dire plus moral que tous les croyants à la vie future, je la veux telle qu'elle est, et non telle qu'on la rêve contrairement à ce qu'elle est; je la veux me reliant de plus en plus indissolublement à mes semblables, avec la terre, avec l'univers^ entier; je la veux progressant et faisant progresser tout ce qui n'est pas elle, grandissant sans cesse en souvenirs et en espérance?, mais aussi en réalité vivante; je la veux perfectible et non parfaite, parce que je suis homme et non pas Dieu; je la veux aimante et aimée, parce que c'est la seule voie qui rapproche l'homme de Dieu, qu'il n'atteindra pourtant jamais et qu'heureusement il ne verra jamais face à face, parce qu'alors il serait lui-même un Dieu, et qu'il y en aurait deux, ce qui serait absurde. •
« Mon pauvre frère, empoisonné par les miasmes de Pœstum, et dont la poussière est à Naples, ils diront que je l'ai oublié, que je ne suis pas allé le visiter dans son tombeau; ils croient qu'il est là, les idolâtres! Eh bien! je l'ai mille fois entendu depuis dans la voix de Félicien David, et n'est-ce pas pour cela que cet enfant m'est si cher?
« Est-ce qu'ils croient que j'aimerais Mozart, Haydn, Beethoven, Rossini et Weber, comme je les aime, si Auguste ne vivait pas en moi?... (soit par inspiration, soit même par union sympathique). Je n'd jamais été musicien, moi, mais il savait par cœur tous ces grands maîtres qui vivaient en lui; il les chantait comme leur digne enfant... il les chante en moi, je l'entends encore!...
« Pourquoi Coignet, Hébert, Cabanel, Gleyre, M"»» O'Counell, Pérignon, Appiau, Roubaud, m*écoutent-ils quand je leur parle peinture ou sculpture? Est-ce que je suis artiste, est-ce que j'ai jamais dessiné autrement qu'au compas, à la règle et au tireligne? Ah ! voilà le mystère I ils croient que je leur parle, tandis
LOUIS JOURDAN
que c'est Auguste, vivant en moi, qui leur parle par ma bouche. Merci, frère, c'est par toi que je les comprends et que je les aime! »
Et plus loin :
« J'ai tellement foi en la bonté parfaite de Dieu à l'égard des êtres imparfaits, que je crois de tout mon cœur que Dieu tient également compte de ce double jugement de leur conscience, c'est-à-dire de leur réprobation du mal et de leur approbation du bien, et que sa justice éternelle nous donne progressivement le pardon du mal jusqu'à l'oubli, et la récompense du bien jusqu'au souvenir éternel! » . ,
Voilà bien, avec un vif sentiment de la communion des vivants et des morts, la pluralité des épreuves successives et du progrès des existences enseignée. Voyons maintenant Louis Jourdan.
« Ce que je sens profondément, c'est que Dieu nous a faits libres; nous nous élevons, ou nous nous abaissons suivant l'usage que nous faisons de cette liberté, non pas seulement dans notre vie présente, mais dans toute la série des existences que nous avons à parcourir. La , mort n'est quune étape; la mort est le seuil mystérieux de la vie. La meilleure vie est celle qui prépare le mieux à la mort. Mais qu'est-ce que la mort? Que de fois je me suis posé cette question redoutable I Toujours je l'ai résolue dans le sens de la vie. Je m'explique : La mort est à la fois une fin et un commencement. Nous sommes partis de nous ne savons quelle profondeur pour nous rapprocher progressivement de Dieu, c'est-à-dire de la perfection infinie que nous n'atteindrons jamais.
« La route que nous parcourons se divise en une innoynbrable ^érie d'étapes. La naissance et la mort sont les deux termes de chacune de ces étapes mystérieuses. Croire que la mort est l'entrée dans le néant, c'est blasphémer Dieu. Croire qu'après quel*
ENFANTIN
nal.té finisse en bois mort, en cadayre; je veux, comme le spirituahste croyant, qu'elle se perpétue, mais non dans des condilions .ncompatibles, contradictoires avec la vie elle-même, et qui la priveraient de tout ce qu'elle aime. En un mot, plus ambitieux plus logique et j'ose dire plus moral que tous les crevants à la vie future, je la veux telle qu'elle est, et non telle qu'on la rêve contrairement à ce qu'elle est; je la veux me reliant de plus en plus indissolublement à mes semblables, avec la terre avec l'univers entier; je la veux progressant et faisant progresser tout ce qui n'est pas elle, grandissant sans cesse en souvenirs et en espérances, mais aussi en réalité vivante; je la veux perfectible et non parfaite, parce que je suis homme et non pas Dieuje la veux aimante et aimée, parce que c'est la seule voie qui rapproche l'homme de Dieu, qu'il n'atteindra pourtant jamais et qu heureusement il ne verra jamais face à face, parce qu'alors il serait lui-même un Dieu, et qu'il y en aurait deux, ce qui serait absurde. »
« Mon pauvre frère, empoisonné par les miasmes de Pœstum et dont la poussière est à Naples, ils diront que je l'ai oublié, que je ne suis pas allé le visiter dans son tombeau; ils croient qu'il est là, les idolâtres! Eh bien! je l'ai mille fois entendu depuis dans la voix de Félicien David, et n'est-ce pas pour cela que cet enfant m'est si cher?
« Est-ce qu'ils croient que j'aimerais Mozart, Haydn, Beethoven, Rossini et Weber, comme je les aime, si Auguste ne vivait pas en moi?... (soit par inspiration, soit même par union sympath.que). Je n'ïi jamais été musicien, moi. mais il savait par cœur tous ces grands maîtres qui vivaient en lui; il les chantait comme leur digne enfant... il les chante en moi, je l'entends encore!...
« Pourquoi Coignet, Hébert, Cabanel, Gleyre, M- O'Connell Péngnon, Appian, Roubaud, m'écoutent-ils quand je leur parle peinture ou sculpture.^ Est-ce que je suis artiste, est-ce que j'ai jamais dessiné autrement qu'au compas, à la règle et au tireligne? Ah ! voilà le mystère ! ils croient que je leur parle, tandis
LOUIS JOURDAN
que c'est Auguste, vivant en moi, qui leur parle par ma bouche. Merci, frère, c'est par toi que je les comprends et que je les aime! »
Et plus loin :
« J'ai tellement foi en la bonté parfaite de Dieu à l'égard des êtres imparfaits, que je crois de tout mon cœur que Dieu tient également compte de ce double jugement de leur conscience, c'est-à-dire de leur réprobation du mal et de leur approbation du bien, et que sa justice éternelle nous donne progressivement le pardon du mal jusqu'à l'oubli, et la récompense du bien jusqu'au souvenir éternel! » . i
Voilà bien, avec un vif sentiment de la communion des vivants et des morts, la pluralité des épreuves successives et du progrès des existences enseignée. Voyons maintenant Louis Jourdan.
« Ce que je sens profondément, c'est que Dieu nous a faits libres; nous nous élevons, ou nous nous abaissons suivant l'usage que nous faisons de celte liberté, non pas seulement dans notre vie présente, mais dans toute la série des existences que nous avons à parcourir. La rnort n'est quune étape; la mort est le seuil mystérieux de la vie. La meilleure vie est celle qui prépare le mieux à la mort. Mais qu'est-ce que la mort? Que de fois je me suis posé cette question redoutable I Toujours je l'ai résolue dans le sens de la vie. Je m'explique : La mort est à la fois une fin et un commencement. Nous sommes partis de nous ne savons quelle profondeur pour nous rapprocher progressivement de Dieu, c'est-à-dire de la perfection infinie que nous n'atteindrons jamais.
« La route que nous parcourons se divise en une innombrable térie d'étapes. La naissance et la mort sont les deux termes de chacune de ces étapes mystérieuses. Croire que la mort est l'entrée dans le néant, c'est blasphémer Dieu. Croire qu'après quel*
LOUIS JOURDAN
ques instants passés snr ce globe nous pouvons prétendre à une récompense étemelle, on redouter un châtiment éternel, c'est méconnaître la justice de Dieu. Je me représente la mort comme une amie austère qui, à un moment donné, nous prend dans ses bras, nous endort sur son sein, et retrempe nos forces dans un sommeil momentané; je crois que nous préparons nous -mômes dans notre vie présente, suivant le bon ou mauvais usage que nous faisons de notre liberté, le bonheur ou le malheur de notre vie future,
« Voilà ce que je crois ; mais je respecte fort toute croyance qui n*est pas la mienne. Chacun de nous a le droit de choisir, dans le nombre infini d'hypothèses dont le mystère de la mort est entouré, celles qui lui apportent le plus de consolations, (jui le fortifient et l'améliorent le plus dans le* éprcutcA de la vie...
« Ne vous est-il pas arrivé de rencontrer dcTtnt une ^lUc un corbillard, une voiture de mariage emportant une rbirtNo jeune fille couronnée de fleurs d'orangers, locooi^gnée 4t tM mari et de ses parents, et, en même temps, OM Mg^lHMBie portant dans ses bras un nouveau-né qu'elle slbit ff^ÊtSiitr aux fonts baptismaux?
n Une pareille coïncidence n'est pas rare, elle m'a sovTc^it frappé. Ne sont-ce pas là en réalilé les trois ph&scs le» plus fo- Icnnelles de la vie, la naissance, le mariage cl U n>ort7 D'ot vient-il ce nouveau-né? D*oû viendront-ils ceux ^ui natirunf de l'union de ce jeune couple? Où va-l-il celui dont tant iJ< pttreoCft et d'amis affligés accompngncnt la dépouille iDortclleT
« Ils viennent de Dieul Ils vont vers Dieu! Ce ûoMe mourc' ment ne s'clTectuc pas au hasard, il s'elTcclttC en vertu d'une loi générale qui régit la créature entière, depuis ratooe impalpable et impondérable jusqu'aux astres iamcsscs grottpt*^ pdf myriades infinies dans l'étendue fnng limites. Celle loi, c'cfl U liberté de bien faire ou de mal faire que rÉteroe! cr<^4«eiir tïoui a donnée; et rcxercicedc cette liberté est r<'glé par un priiKÎpe Eouveroin que le Christ a fuimulé en ces Icnncs : « Nu fah
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pas aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit à nous-mêmes; faisons-leur tout le bien que nous voudrions qui nous fût fait. y>
« Toute la sagesse, toute la science, toute la philosophie, toute la religion est dans ces quelques mots.
« Ceux qui arrivent à la vie, aussi bien que ceux qui la quittent, viennent ou vont conthmer leur mission et recueillir ce qu'ils ont semé... »
Quelle netteté de style ! quelle justesse de pensée l
SPIRITISME