‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 161 sur 181 · ORIGINE DE L'AME · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'AME

« Il est vrai de dire cependant qu'il est impossible de concevoir deux hommes dans une position tellement identique que l'on puisse conclure de l'un à l'autre; si donc de légères différences se faisaient seulement remarquer, elles pourraient être attribuées à la variété des milieux dans lesquels ils auraient été placés ; mais il en est autrement. Il y a des intelligences si faibles, si bornées, que, même en les soumettant aux meilleures conditions d'éducation, il est impossible de les faire arriver au niveau d'autres intelligences qui sont restées sans culture. D'un autre côté, on rencontre quelquefois des hommes tellement supérieurs, qu'on les salue du nom de génies. Il faudrait donc soutenir qu'un idiot à qui on a pu à peine enseigner les choses les plus communes serait devenu aussi grand que Newton ou Leibnitz placé dans les mêmes conditions. Cette conséquence parait si absurde, elle révolte tellement le bon sens, que nous n'hésitons pas à proclamer l'inégalité des intelligences sur cette terre comme une vérité admise par la conscience du genre humain. Le principe contraire n'a été qu'un paradoxe auquel n'a pas même cru d'une manière absolue celui qui l'a émis.

« Expliquons bien notre pensée, qui pourrait être mal cornprise. Nul n'a contesté ni pu contester que les intelligences fussent inégales sur la terre. Jacotot, dont le nom n'est pas indigne de figurer dans cet écrit, reconnaissait cette inégalité comme un fait, mais il l'attribuait à la différence des milieux de l'existence actuelle. Il y a dans l'erreur de Jacotot le germe d'une grande vérité. L'erreur vient de ce que ce philosophe croit expliquer suffisamment la variété quelquefois énorme des intelligences par les seuls faits antérieurs de l'existence terrestre actuelle, qui sont impuissants à en rendre compte. Mais, en même temps, il exprime une très-belle et très-juste idée quand il admet au point de départ l'égalité des facultés et une puissance intellectuelle identique. Ainsi que nous l'avons démontré, l'inégalité d'essence ne peut se tirer ni de l'âme avant sa manifestation, ni de Dieu souverainement équitable. Cette idée est même contradictoire avec la notion des êtres. Puisque l'âme avant ses manifestations

PRÉEXISTENCE

est une simple essence, il faudrait dire qu'il y a autant d'essences d'une espèce différente que d'individus, ce qui est insoutenable.

d Or, la distance immense qui sépare les idiots des hommes de génie indique clairement que les âmes n'arrivent pas sur cette terre avec le même degré de puissance et au même point d'initiation. La différence d'éducation et la variété des milieux sont des motifs impuissants à en rendre compte. Pour soutenir régalité des âmes au commencement de leur existence actuelle, il faudrait, je le répète, soutenir qu'un crétin à qui, malgré une position sociale brillante, on n'a pu enseigner les plus vulgaires éléments des sciences, aurait pu, se trouvant dans les mêmes milieux que Napoléon, concevoir et exécuter des œuvres aussi grandioses. Cette opinion est repoussée par la conscience même

de l'humanité.

« S'il était possible de distinguer et de réunir des âmes qui fussent à leur venue sur la terre au même degré de développement, on ferait de curieuses observations, en les soumettanti peu près à la m'orne éducation et aux mêmes influences. A. la vérité, les progrès varieraient, car, quoi qu'on fasse, les milieux ne peuvent être complètement identiques; mais la différence de l'une à l'autre serait peu sensible, et ne constituerait jamais les notables distinctions qui séparent les individus pris au hasard et assemblés par les événements terrestres auxquels préside toujours la Providence divine. Le rôle de la Providence consiste surtout dans une distribution des âmes, de telle façon que le progrès soit toujours assuré, et que l'htimanité marche d'un pas cerlain à la conquête de ses destinées.

« L'inégalité des âmes qui arrivent dans notre globe ne provient pas, nous l'avons établi , d'une inégalité d'essence ni d'une volonté particulière de Dieu; elle ne peut trouver sa raison que dans une série plus ou moins longue d'existences antérieures.

« Ainsi les dispositions de l'âme, qui sont l'effet des manifestations précédentes, forment le point de départ de l'existence acluellc.

PRÉEXISTENCE

a En venant occuper un corps humain, l'âme imprime à la matière une manière d'être correspondante au degré d'initiation qu'elle a antérieurement conquis. Gall a démontré en effet, par l'invention de la science phrénologique, qu'une disposition cérébrale particulière répond à chaque penchant, à chaque faculté de l'intelligence. On a pu critiquer ce résultat dans ses applications, dans ses détails, tandis que les travaux de Gall, considérés en principe et dans leur ensemble, sont inattaquables; peutêtre ce savant a-t-il commis quelques erreurs de pratique qui seront ou qui ont été rectifiées par ses successeurs ; mais un système vrai en lui-même ne saurait être détruit par de fausses désignations qui résultent d'une observation incomplète à l'enfance d'une science. Si cet état du cerveau est indépendant de l'âme, on conçoit que la volonté doit se trouver dans certains cas irrésistiblement dominée. La liberté serait quelquefois anéantie, toujours amoindrie. L'assassin- (ici je ne parle pas de celui qui aurait commis un meurtre sous l'influence d'une vive passion) présente constamment le développement cérébral indiqué par les phrénologues. En suivant l'opinion ordinaire, qui consiste à dire que nous naissons pour la première fois sur la terre, et que nous serons jugés sur cette seule épreuve, ne voit-on pas que d'insurmontables difficultés s'élèvent contre la justice divine et la justice humaine? Quoi ! Tenfer (ainsi qu'on le dit) s'ouvrira pour un homme qui a été maîtrisé par son penchant, qui n'a pas été libre, ou, si l'on veut, qui a eu une demi-liberté ! Que signifient nos cours d'assises et nos échafauds? La condamnation de cet homme est un assassinat juridique; le juge serait le seul assassin. Pour prouver au meurtrier qu'il. a eu tort, qu'il était libre, vous le tuez; belle logique I Plaignez-le plutôt, et enchaînez-le comme une bête féroce. Cruauté et injustice de Dieu ; barbarie de la société, voilà les conséquences auxquelles on arrive nécessai-» rement; et ces conséquences sont évidemment fausses, il est impossible que la justice humaine et la justice divine n'aboutissent qu'aune perpétuelle iniquité. A cette question insoluble, que répondent les théologiens? Dieu demandera à chacun selon qu'il

PRÉEXISTENCE

lui a été accordé. C'est-à-dire que, si le penchant a été irrésistible, il n'y a })Qs crime punissable ; c'est reculer la difficulté sans la résoudre ; c'est renverser toutes les lois de la société liumaine. En effet, qu'un meurtrier se présente avec un effrayant concours de proéminences cérébrales, on ne pourra le condamner; le crime dans ce cas est indifférent en soi; il y a nécessité, la liberté disparaît. D'un autre côté, supposons un homme dont le cerveau est admirablement conformé, qui possède au plus haut degré toutes les bosses de la bienveillance, du sens moral, de la religiosité, quel mérite peut-il avoir à bien faire? Fait-on un mérite à l'agneau de sa douceur? Non, pas plus qu'on ne dirait : le tigre est criminel. Après les découvertes phrénologiques, pour qu'il y ait encore place au mérite ou au démérite, il faudrait que chaque penchant se trouvât contre-balancé par un penchant contraire; qu'ainsi, par exemple, le développement de l'organe de la bienveillance pût annihiler le développement de la bosse du meurtre. L'expérience dément ce résultat : presque toujours la tête des scélérats présente à la science phrénologique un affreux assemblage de mauvaises passions et de brutalité. L'inégalité morale, comme l'inégalité intellectuelle, ne peut donc s'expliquer que par une succession d'existences antérieures *. »

Jusqu'à présent nous avons considéré l'âme actuelle dans son intelligence et dans sa moralité. Jetons un regard sur rexlériorité qui lui est unie. Où l'âme va-t-elle présentement, éclater? dans le monde de la terre. Mais si elle y vient neuve et sans fautes antérieures qui lui fassent mériter ce sé}our, ne peut-elle pas se plaindre à bon droit à Dieu qui lui a réservé une si rude épreuve? Pourquoi cette épreuve n'aurait-elle pas eu lieu sur un autre globe de la création? Est-ce que la terre où domine encore le mal serait le meilleur des mondes? Ensuite, quels organes obtient-elle pour s'y manifester et y exercer sa vie ? Ils sont lourds et 'gros-

Page 1